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Merlin savait se battre.
Et non seulement il savait se battre, mais il maniait les armes avec un talent et une dextérité égalant voire surpassant la plupart de ses chevaliers.
Quand Arthur fut frappé par cette soudaine réalisation, il se sentit idiot. Ça n’aurait pas dû être une telle surprise. Bien sûr que Merlin savait se battre, il le savait déjà inconsciemment, mais jusque-là il s’agissait d’une constatation qui était restée terrée et cachée dans son subconscient, sans la formuler et la réaliser pleinement.
Mais aujourd’hui, Arthur se demandait comment est-ce qu’il avait réussi à se convaincre pendant aussi longtemps que Merlin était totalement inepte au combat alors que, sérieusement, c’était Arthur lui-même qui l’entrainait depuis des années.
Bien sûr, les entrainements en question n’avaient jamais réellement été considérés comme tels. Merlin avait commencé comme cible pour l’entrainement d’Arthur, et avec le temps il était devenu plus fort, plus rapide, avait acquis de meilleurs réflexes et connaissances de l’art du combat aux armes, simplement à force d’observer et d’esquiver Arthur. Puis Arthur avait dû lui apprendre à parer et à se défendre, à améliorer sa posture de combat, afin d’être une cible plus crédible, et si par accident il pouvait acquérir quelques compétences lui permettant de sauver sa vie face à des ennemis, c’était encore mieux ! Il était naturel que Merlin se soit amélioré avec les années, il le savait, il n’avait juste jamais pleinement et consciemment réalisé à quel point !
Le fait que ses entrainements avec Merlin et ceux avec les chevaliers étaient deux occurrences bien distinctes avaient sans doute contribué à retarder cette réalisation, de la part d’Arthur lui-même ou de qui que ce soit d’autre.
Mais aujourd’hui, alors qu’il échangeait des coups avec Sir Léon pendant l’entrainement des chevaliers, il se surprit à avoir plusieurs pensées ressemblant à « Merlin n’aurait pas laissé cette ouverture » ou « Merlin aurait su parer ce coup ». Et le fait de formuler ces pensées le perturba plus qu’il ne l’aurait voulu. Léon était quand même loin d’être un écuyer, et il était même probablement le plus compétent de tous ses chevaliers. Alors pourquoi est-ce qu’une petite voix dans la tête d’Arthur ne cessait de lui souffler que Merlin aurait pu faire mieux ? C’était ridicule !
Non, il y avait sans doute une explication simple. Merlin connaissait Arthur par cœur, sa façon de bouger, de se battre et il ne s’était toujours entrainé qu’avec Arthur, aussi il était sans doute capable d’anticiper plus efficacement que n’importe qui les coups d’Arthur. Il serait sans doute complètement perdu face à un adversaire différent.
Oui, mais… curieusement, Arthur n’arrivait pas à se satisfaire de cette explication. Non ça n’était pas simplement ça. Il repassa dans sa tête les derniers entrainements avec Merlin, en se concentrant sur la manière dont Merlin se battait, les techniques de combat qu’il utilisait, et c’est là que la réalité le frappa de plein fouet. Parce que non seulement, Merlin avait dépassé le seuil de « cible mouvante » depuis bien longtemps, mais sans le réaliser, Arthur l’avait entrainé à se défendre et à attaquer, il l’avait entrainé à toutes les techniques de combat aux armes qu’il connaissait, il lui avait appris tout ce qu’il savait, il l’avait entrainé comme un chevalier.
En rétrospective, c’était évident. Si Arthur s’entrainait avec Merlin, c’était pour conserver et améliorer ses techniques de combats, et c’est pourquoi il était absolument nécessaire pour Arthur d’avoir face à lui un compagnon d’entrainement, un adversaire compétent, capable de le pousser à ses limites et de l’aider à les repousser. Et par un prodige inexplicable, Merlin était devenu cette personne, et il l’était resté pendant toutes ces années, au point que la pensée de trouver un nouveau compagnon d’entrainement plus apte n’avait jamais même effleuré Arthur, car il n’en avait jamais eu besoin. Merlin était parfaitement capable de l’aider à repousser ses limites.
– Sire ?
La voix de Léon ramena brutalement Arthur à la réalité et il réalisa qu’il s’était immobilisé avec les yeux dans le vague, perdu dans ses pensées, pendant un moment. Au milieu d’une passe d’arme. Et maintenant tous ses chevaliers le fixaient avec perplexité dans un silence pesant. Il leva les yeux pour croiser le regard confus et inquiet de Léon.
– Est-ce que tout va bien, Sire ? Demanda le chevalier.
– J’ai besoin de vérifier quelque chose, répondit simplement Arthur en prenant une décision.
Il ouvrit la bouche pour appeler Merlin, mais la referma bien vite en réalisant que ce dernier était juste à côté de lui, comme s’il l’avait accidentellement invoqué par la pensée, ou comme s’il avait deviné qu’Arthur allait lui demander quelque chose et s’était précipité à ses côté. Ce qui était tout à fait plausible, tout bien considéré.
– Merlin, va enfiler une côte de mailles, lui ordonna Arthur.
Un silence étrange plana sur le terrain d’entrainement après qu’il eut prononcé ces mots. Tout le monde le regardait avec incompréhension.
– Moi ? Vous voulez que j’aille enfiler une côte de mailles ? Mais c’est l’entrainement des chevaliers, c’est eux que vous êtes censé martyriser ! Protesta Merlin visiblement peu enjoué par la perspective de se faire taper dessus en dehors des heures prévues à cet effet.
Arthur leva les yeux aux ciel en essayant de retenir un sourire amusé. Comme à chaque fois que Merlin lui prouvait jour après jour qu’il ne se conformerait jamais aux protocoles dictant la façon dont les serviteurs étaient supposés se comporter face au roi, il adressa silencieusement une prière de reconnaissance aux Dieux pour l’avoir placé sur son chemin. Merlin ne saurait sans doute jamais à quel point Arthur avait besoin de lui dans sa vie, et pas en tant que serviteur.
– Tu sais que tu n’es pas censé contester les ordres de ton Roi ? Fit-il remarquer sur le ton de la conversation en haussant un sourcil interrogateur.
Merlin secoua la tête avec une moue pensive.
– Jamais entendu parler de cette règle… répondit-il avec une expression innocente mais un regard rieur.
– Et je suis certain que dans dix secondes tu auras de nouveau oublié son existence, répondit Arthur avant de répéter sa demande, va enfiler une côte de mailles et revient ici, Merlin.
Il se senti obligé d’ajouter la dernière partie, au cas où Merlin décidait soudainement que son ordre laissait de la place à l’interprétation.
_ À vos ordres, My Lord, répondit Merlin en s’inclinant tout sauf correctement et avec son talent bien à lui pour mettre du sarcasme dans toutes les formules protocolaires qu’il lui arrivait de prononcer.
C’était à se demander comment est-ce que Camelot avait pu survivre sans crouler sous les incidents diplomatiques depuis l’arrivée de Merlin, car bien entendu, le serviteur ne réservait pas son allergie au protocole pour Arthur, et ce dernier ne pouvait s’empêcher de tout faire pour protéger Merlin des conséquences de ses insultes qui, même si la plupart étaient involontaires, avaient failli le conduire plus d’une fois à l’échafaud. Protéger Merlin de lui-même prenait une place considérable dans les tâches quotidiennes d’Arthur. Et pourtant, il n’aurait, pour rien au monde, voulu que les choses soient différentes.
Une fois que Merlin eut tourné le dos pour aller exécuter ses ordres, les chevaliers se rapprochèrent pour le fixer avec insistance, attendant visiblement qu’il explique ce qui lui passait par la tête.
Arthur prétendit de ne pas le remarquer, après tout, il était le Roi et il faisait ce qu’il voulait, déjà, et aussi il était curieux de voir lequel de ses chevaliers allait craquer en premier et le questionner ouvertement sur ses intentions, au mépris du protocole. Peut-être était-ce aussi pour se rassurer lui-même quant au fait que ses chevaliers étaient honnêtes avec lui et n’hésitaient pas à exprimer leurs pensées à voix haute, surtout quand ils désapprouvaient ses actions. Arthur pariait sur Gwaine.
– Est-ce qu’il y a une raison particulière qui vous pousse à vouloir torturer Merlin, Sire ? Demanda Gwaine d’un air faussement désintéressé.
Gagné.
– Je veux vérifier les capacités de Merlin au combat, répondit Arthur.
– Vous vous entrainez tout le temps avec Merlin, ne connaissez-vous pas déjà ses capacités ?
– J’ai besoin d’une nouvelle perspective.
Les chevaliers échangèrent des regards d’incompréhension mais n’insistèrent pas. De toute façon, ce n’était pas comme si Arthur allait faire du mal à Merlin. Et si jamais il s’avérait que le Roi ait effectivement décidé de faire du mal à son serviteur – aussi invraisemblable que ça puisse paraître – ils étaient tous là pour l’empêcher d’aller trop loin. Au moins, ça leur permettait de faire une pause dans l’entrainement.
Quand Merlin revint, équipé comme il avait maintenant l’habitude de le faire pendant leurs entrainements ensemble, il alla naturellement chercher un large bouclier pour faire la cible.
– Tu n’auras pas besoin de ça, l’interrompit Arthur en lui faisant signe de s’approcher.
Encore une fois, tout le monde le regarda avec incompréhension. Merlin s’exécuta cependant et reposa le bouclier avant de s’approcher de lui avec une moue perplexe.
– Si l’objectif c’est de me tuer, ce n’était vraiment pas la peine de me faire enfiler une côte de mailles, grommela Merlin avant de s’immobiliser avec incompréhension quand il constata qu’Arthur lui tendait son épée.
– Oh, wow, est-ce que ça veut dire que cette fois c’est moi qui frappe et vous qui courez ? Lâcha le serviteur en prenant l’épée avec un large sourire, c’est une excellente idée, Sire, le bouclier est là-bas… pointa-t-il du doigt.
– Ce n’est pas moi que tu vas affronter, idiot, lui répondit Arthur en reculant d’un pas avec un sourire en coin.
– Sir Léon ? Si vous voulez bien ? Déclara Arthur très sérieusement en faisant signe au chevalier de s’avancer face à Merlin.
Un long silence lui répondit durant lequel les chevaliers le dévisagèrent tous comme si une deuxième tête lui avait poussé, et attendant visiblement qu’il éclate de rire en disant que tout ceci n’était qu’une blague. Mais Arthur se contenta de confirmer son intention d’un signe de tête à l’attention des deux hommes. Pour être honnête, c’était assez amusant de les voir tous aussi perdus face à la situation. Il avait hâte de voir la tête des chevaliers quand ils verraient Merlin se battre.
– Sire ? Vous voulez que j’affronte Merlin ? Demanda Léon avec une moue incrédule.
De son côté, Merlin se contenta de soupirer et de se mettre en position, ayant visiblement décidé, et avec raison, que protester ne l’avancerait à rien, ce qui était plutôt rare, venant de sa part.
– En effet, Merlin est bien plus compétent qu’il en a l’air, n’ayez pas d’inquiétude, confirma Arthur.
Merlin se retourna vers lui avec les sourcils levés.
– Est-ce que c’était un compliment ?
– J’ai juste dit que tu n’es pas réellement complètement inepte et incapable de coordonner tes membres pour ne serait-ce que marcher droit, mais oui tu peux le prendre comme un compliment si tu le souhaites, répondit Arthur en haussant un sourcil amusé.
Les sourcils de Merlin retombèrent.
– Évidemment…
Et il se remis en position face à Léon qui leva à son tour son épée avec hésitation, visiblement toujours à moitié convaincu que tout ceci n’était qu’une vaste blague.
– Combattez, ordonna Arthur.
Les deux adversaires se regardèrent. Merlin était concentré et prêt à parer à toute attaque, tandis que Léon constatait avec une grande surprise que la position de ce dernier semblait parfaite et sans ouverture, et ça n’avait pas l’air d’être par accident.
Il souffla et se concentra. Arthur ne mettrait jamais volontairement Merlin dans une situation où sa vie serait en danger, il avait forcément une idée derrière la tête et confiance en les compétences de Merlin. Et Léon avait confiance en son Roi.
Léon attaqua.
Mais malgré lui, son geste était hésitant et retenu, car il ne voulait pas blesser Merlin.
Merlin esquiva d’un geste souple et contre-attaqua dans un mouvement absolument parfait.
Les épées s’entrechoquèrent.
Léon regarda, abasourdi au-delà des mots, son épée lui échapper des mains et atterrir au sol dans un bruit qui, malgré qu’il fut étouffé par le sable recouvrant le sol, résonna dans le silence religieux qui régnait.
– Qu’est qu’il vient de se passer ? Murmura l’un des chevaliers à côté d’Arthur qui ne parvenait à camoufler le sourire fier qui décorait ses lèvres.
Tous les chevaliers fixaient Merlin avec la bouche grande ouverte, hallucinés d’avoir vu Sir Léon, leur leader en l’absence d’Arthur, se faire désarmer en un coup par le serviteur du Roi.
Le sourire d'Arthur devint plus affectueux quand il constata que, de toutes les personnes présentes, Merlin était visiblement le plus surpris de ce qu’il venait de se passer.
– Comme je l’ai dit, intervint Arthur en rompant le silence, Merlin est bien plus compétent qu’il en a l’air, n’hésitez pas à attaquer, Sir Léon, Recommencez.
Une fois la surprise passée, Léon ramassa son épée et se remit en place face à Merlin, mais cette fois avec une concentration absolue. Il avait fait l’erreur de sous-estimer Merlin et de douter de la décision de son Roi, et il ne commettrait plus cette erreur.
Merlin se força à se reconcentrer en voyant que Léon avait visiblement décidé de se battre sérieusement, ce qui voulait dire qu’il devrait donner son maximum pour durer plus de quelques secondes. La seule raison pour laquelle il avait réussi à désarmer Léon était parce qu’il l’avait pris par surprise, et ça ne se reproduirait pas. Ce n’était pas un hasard si Léon était le meilleur chevalier de Camelot.
Cette fois-ci, lorsque Sir Léon attaqua, il n’y avait pas la moindre hésitation dans son geste.
Merlin leva son épée pour contrer.
Arthur observa avec beaucoup de fierté Merlin tenir tête à Léon pendant un moment. Et s’il avait d’abord pensé que Merlin perdrait ses moyens face à un adversaire qu’il n’avait jamais affronté, car il n’avait appris à se battre qu’en affrontant toujours la même personne, il fut rapidement détrompé. Passé les premières secondes, Merlin s’adapta sans problème au style de combat de Léon, modifiant ses habitudes, acquises face à Arthur, sans la moindre hésitation.
A ses côtés, les autres chevaliers étaient fébriles. Des encouragements pour les combattants commencèrent alors à fuser.
– Depuis quand est-ce que Merlin se bat aussi bien ? Demanda Perceval avec incrédulité.
Parce que non seulement il savait se battre, ce qui était en soi une grosse surprise pour les chevaliers, mais il était vraiment bon.
Là où Léon le surpassait clairement en force brute et en endurance, Merlin compensait par une rapidité et une souplesse surprenantes, ainsi que des réflexes proprement hallucinants. Et pour couronner le tout, il devenait de plus en plus évident, au fur et à mesure des secondes qui s’écoulaient, que Merlin n’avait absolument rien à envier à Léon du côté technique du maniement de l’épée.
L’expression d’incrédulité sur le visage de Merlin fut peu à peu remplacée par un sourire joyeux, tandis qu’il revenait de sa propre surprise quant au fait qu’il était effectivement capable de manier l’épée, et commençait à pleinement apprécier l’échange.
Arthur se mêla aux encouragement en criant des conseils aux deux hommes pour les aider. Enfin, pour être honnête, il les criait surtout à Merlin. Bon d’accord, il les criait uniquement à Merlin, mais personne n'oserait lui en faire la remarque.
Cela dit, pour sa défense, c’était la première fois qu’Arthur pouvait voir, de l’extérieur du combat, Merlin se battre à l’épée, aussi ce nouveau point de vue lui permettait de voir des choses qu’il n’avait pas remarqué de près, auparavant, et qu’il pourrait travailler par la suite avec Merlin à l’entrainement.
Au final ce fut l’expérience de Léon qui trancha en sa faveur après quelques minutes d’échange de coups, et il arrêta son épée juste avant de porter un coup qui aurait été décisif sur un champ de bataille.
– Je me rends, clama Merlin, essoufflé, avec un large sourire.
Léon se redressa en abaissant son épée, avant de le gratifier d’un sourire visiblement impressionné tandis que tout le monde se rapprocha d’eux pour commenter la prouesse de Merlin.
– Je dois admettre que tu es très impressionnant, Merlin, déclara sincèrement Léon, tu pourrais être un excellent chevalier.
– Et priver Arthur de son serviteur préféré ? Il serait perdu sans moi, répondit instantanément Merlin absolument pas intéressé par la perspective.
– Oui, je n’ose pas imaginer le cauchemar que ce serait, mes repas seraient servis dans les temps et mon armure serait rangée au bon endroit, railla Arthur.
En son for intérieur, il fut soulagé que Merlin ne manifeste pas le moindre désir de quitter sa position de serviteur. Il avait raison, Arthur serait perdu sans lui, mais il ne l’admettrait jamais à voix haute.
Merlin lui tendit son épée pour qu’il la récupère, mais Gwaine protesta énergiquement.
– Attendez ! Moi aussi je veux affronter Merlin !
Merlin haussa les sourcils et se tourna vers Arthur dans l’attente de son accord ou non.
Pas qu’il ait besoin de l’assentiment d’Arthur pour prendre des décisions dans la vie, mais vu qu’en l’occurrence, Arthur semblait visiblement en savoir plus que lui sur ses capacités au combat – il n’arrivait sincèrement toujours pas à croire qu’il s’était débrouillé aussi longtemps face à Léon, alors qu’il aurait dû s’en douter puisqu’il se battait très régulièrement contre Arthur lui-même pendant leurs entrainements, mais curieusement il n’avait jamais eu la sensation de s’entrainer – il lui semblait plus sûr de suivre l’avis d’Arthur pour éviter d’être inutilement blessé.
Arthur lui rendit son regard dans une autre question silencieuse. Merlin haussa les épaules, il n’avait personnellement pas d’objection particulière. Arthur hocha finalement la tête et se détourna en donnant son accord à voix haute.
L’entrainement se prolongea, chacun voulant affronter Merlin, jusqu’à ce qu’Arthur ne décide que cela devenait dangereux pour lui. Il n’était pas aussi endurant que les chevaliers qui avaient l’habitude de porter leur lourde armure en permanence et de se battre avec.
Aussi quand un Merlin haletant finit par perdre son épée face à Lancelot, Arthur avança vers eux d’un pas décidé en déclarant que c’était tout pour aujourd’hui et que l’entrainement était terminé.
Il se pencha sur Merlin qui s’était affalé sur le sol pour reprendre son souffle, et fit de son mieux pour ne pas avoir l’air inquiet.
– Toujours vivant ? Demanda-t-il d’un ton qui se voulait railleur.
Merlin se contenta de lever un pouce en l’air tout en continuant de reprendre son souffle. Arthur fronça les sourcils, un Merlin qui ne parlait pas était un Merlin blessé ou malade. Mais heureusement Merlin finit par répondre après quelques secondes pour les seules oreilles d’Arthur.
– J’espère que tu n’as pas l’intention de renouveler ça trop souvent, déclara-t-il entre deux halètements, parce que si tu croyais que j’étais un serviteur inefficace, tu n’as encore rien vu…
Soulagé, Arthur sourit largement et se permit même de rire à la pique.
– Si tu as assez d’énergie pour râler, c’est que tout va bien, allez debout, répondit Arthur en lui tendant la main pour l’aider à se lever.
Et parce qu’il adorait faire râler Merlin, il continua une fois que l’autre homme fut debout.
– Tu n’as pas le temps de faire la sieste, il faut me retirer mon armure, changer mes vêtements, nettoyer mes armes, sortir mes chiens, nettoyer les écuries… énuméra-t-il.
Naturellement, Merlin lâcha un geignement fort peu viril et commença à râler avec une énergie renouvelée.
Ils s’éloignèrent côte à côte vers le château, ayant tous les deux déjà complètement oublié l’existence des chevaliers sur le terrain d’entrainement qui les regardaient partir en secouant la tête avec des sourires indulgents.
Ils allaient attendre un peu avant de leur emboîter le pas, car aucun d’entre eux n’avait particulièrement envie de tenir la chandelle. Et quand bien même ils auraient été douze à les accompagner en groupe, ça n’aurait rien changé, Arthur et Merlin avaient ce talent particulier de transformer tout le monde en chandelier dès lors qu’ils étaient dans la même pièce.
Dans les mois qui suivirent, Merlin participa à nouveau plusieurs fois à l’entrainement des chevaliers, et commença à progresser encore plus rapidement, maintenant qu’Arthur l’entrainait en toute connaissance de cause.
Curieusement, ces évènements coïncidèrent avec l’arrivée de plusieurs rumeurs. L’une disait qu’il ne fallait surtout pas contrarier les serviteurs de Camelot parce que ces derniers étaient formés au combat et s’entrainaient avec les chevaliers. Et elle allait souvent de pair avec celle qui disait que les chevaliers de Camelot étaient si forts qu’intégrer les rangs était pratiquement impossible, mais que les prétendants, y compris de sang noble, n’arrivant pas à se hisser à leur niveau pouvaient, s’ils avaient de la chance, intégrer les rangs des serviteurs.
Merlin avait ri hystériquement pendant des heures après qu’un jeune homme soit venu se présenter pour tenter d’intégrer les rangs des chevaliers de Camelot, en précisant fièrement qu’il savait aussi passer le balai et entretenir des écuries.
