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L’âge ingrat

Summary:

Hyôga avait toujours respecté et vénéré son maître. Il ignorait que son entrée dans l’adolescence, avec les hormones qui allaient avec, n’allait arranger en rien les choses.

Notes:

Disclaimer : Saint Seiya ne m'appartient pas.

Si j'adore la relation Camus & Hyôga de façon platonique et qu'elle me fait fondre autant que le cosmos de Shun avec le corps gelé de Hyôga dans la maison de la Balance, il m'arrive parfois de les shipouiller. Rien qu'un peu. Et j'imagine très bien Hyôga se découvrant un béguin embarrassant pour son maître au début de son adolescence, et ne pas savoir s'y retrouver entre ce béguin et son admiration sans borne pour un maître qu'il voit aussi comme figure paternelle, ou presque divine. J'ai essayé d'écrire un tel scénario.

Bonne lecture ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, ça fait toujours plaisir ;)

Work Text:

Hyôga était malade.

 

Du moins, c’est ce qu’il pensait.

 

Ses symptômes étaient certainement évocateurs. Le cœur qui battait plus vite qu’à l’accoutumée, cette sensation de chaleur sur son visage et dans sa poitrine, avec cette étrange sensation de papillons dans le ventre. Parfois, son sommeil était perturbé, et il lui arrivait de manquer d’appétit. Il se sentait parfois anxieux et préoccupé, sans en comprendre précisément la raison. Il avait parfois même des difficultés à se concentrer, ce qui lui avait valu des remontrances de Camus lors des entraînements.

 

Tantôt, il se sentait euphorique, tantôt il se sentait anxieux.

 

C’était à ne rien y comprendre.

 

Il n’avait pourtant pas l’impression d’être vraiment malade. Il ne se sentait ni nauséeux, ni courbaturé, comme cela lui arrivait lorsqu’il tombait malade. Il n’était pas terrassé de fièvre ou de fatigue au point de devoir garder le lit. Alors que lui arrivait-il ?

 

— C’est peut-être l’adolescence, suggéra Isaak. Maître Camus m’a dit une fois que le corps changeait pendant cette période.

 

— Ah oui ? l’interrogea Hyôga. Qu’est-ce qu’il a dit exactement ?

 

— Pas grand-chose, avoua Isaak. Il a dit qu’il attendrait que ça arrive pour nous en parler plus en détail. Mais les garçons du village m’ont parlé de ce qui arrivait. La voix mue, on a des poils qui poussent partout, et il y a une drôle d’histoire autour des hormones qui ferait réagir bizarrement, et que je n’ai pas bien compris.

 

— Ça n’a pas l’air très marrant, dit Hyôga en faisant une moue dubitative. Tu es sûr qu’on va avoir ça ?

 

Isaak lui répondit par l’affirmative.

 

— Quand ?

 

— Je ne suis pas sûr. Maître Camus a dit que ça dépendait. Chez certains, ça arrive tôt, genre vers 10 ou 11 ans. Pour d’autres, ça arrive plus tard, vers 13 ans.

 

Hyôga réfléchit un instant, les sourcils froncés. Il était dans la tranche d’âge, pour autant il n’était pas très convaincu. Cette histoire d’adolescence et d’hormones lui paraissait étrange et obscure.

 

— Ça ne ressemble pas à ce que j’ai, dit-il, dubitatif.

 

Isaak haussa des épaules.

 

— Tu es peut-être malade alors. Tu devrais aller voir le maître. Il saura, lui.

 

Hyôga opina. Son ami avait raison. Maître Camus était intelligent et savait beaucoup de choses. Il saurait trouver ce qu’il avait, et proposerait une solution.

 

Lorsqu’il le trouva au salon et lui confia qu’il pensait être malade, Camus ne dit rien mais il fronça des sourcils avec un air préoccupé. Il s’approcha de son élève et posa une main froide sur son front, tâtant la température. Pour une raison inexpliquée, le cœur de Hyôga se mit à battre à la chamade et il sentit la chaleur lui monter au visage.

 

— Tu n’as pas l’air d’avoir de fièvre, murmura Camus d’un ton songeur. Quels sont tes symptômes ?

 

Hyôga ne répondit pas tout de suite, venant de comprendre que son corps réagissait à la proximité de son maître, sans en déterminer la raison. Il n’avait jamais été nerveux face à Camus, sauf la première fois qu’il l’avait rencontré, ou quand il devait avouer une bêtise. Pourquoi cette soudaine nervosité ?

 

Hyôga cligna des yeux en croisant le regard de Camus. Son maître attendait une réponse.

 

— Ah… je… j’ai très chaud, parfois je ne me sens pas dans mon assiette, j’ai le cœur qui bat vite.

 

Les lèvres de Camus étaient pressées en une fine ligne, Hyôga les fixa longuement, presque hypnotisé, avant de réaliser ce qu’il était en train de faire, et il détourna le regard.

 

— Comment est l’appétit ? Le sommeil ?

 

— Pas toujours très bon, avoua Hyôga.

 

Après un instant de silence, Camus retira enfin sa main du front de Hyôga et celui-ci se surprit à regretter la perte de ce contact physique. Mais qu’est-ce qu’il lui arrivait ?

 

— Est-ce que quelque chose te préoccupe, en ce moment ?

 

— N… non, maître Camus.

 

— Tu es sûr ? insista son maître. Tu ne dis pas ça pour me rassurer ?

 

— Non maître Camus, il n’y a rien, voulut l’assurer Hyôga.

 

Son mentor le fixa longuement, comme s’il cherchait à sonder la vérité dans ses paroles. Après de longues minutes de silence pendant lesquelles Hyôga attendait avec nervosité, Camus soupira.

 

— Très bien Hyôga… Peut-être est-ce juste un peu de surmenage. Va te reposer, tu es dispensé d’entraînement pour cet après-midi.

 

Trop surpris d’avoir échappé à l’entraînement et à un interrogatoire plus poussé, Hyôga opina sans un mot.

 

Son cœur repartit dans une nouvelle danse lorsque la main de Camus se posa sur son épaule et qu’il se pencha pour être à sa hauteur.

 

— S’il y a quoique ce soit qui te tracasse, tu viens m’en parler. D’accord ?

 

— Oui, maître Camus. Ne vous faites pas de soucis pour moi !

 

— Je suis ton maître, Hyôga, c’est mon rôle, soupira Camus. Maintenant, va te reposer.

 

Hyôga retourna dans la chambre qu’il partageait avec Isaak, l’esprit ailleurs. Il repensait encore à l’étrange réaction de son corps face à sa proximité avec Camus, et il ne savait pas ce que cela voulait dire.

 

— Alors, qu’est-ce que tu as ? l’interrogea Isaak. Il a dit quoi, maître Camus ? C’est contagieux ?

 

— C’est… je… L’adolescence ! bafouilla Hyôga sans réfléchir.

 

Sa réponse sonnait fausse et stupide, mais il n’avait pas su quoi répondre dans l’immédiat. Il ne pouvait tout de même pas dire à son ami que son corps se mettait dans tous ses états lorsqu’il était proche de maître Camus !

 

Isaak siffla entre ses dents dans un air de compassion.

 

— Dur… Bienvenue dans « l’âge ingrat », mon ami !

 

Devant son air désemparé, il ajouta :

 

— Ça va aller, c’est juste une phase. Ça ne durera pas toute la vie !

 

C’était loin de consoler le jeune blond.

 

Il soupira, en tortillant ses doigts. Mais que lui arrivait-il réellement ?

 


 

Cela pris à Hyôga quelques nuits blanches et plusieurs jours pour comprendre enfin ce qu’il lui arrivait.

 

Non, il n’était pas malade. Il n’était certainement pas malade à cause de maître Camus (c’était absurde de toute façon, personne ne pouvait être malade à cause de quelqu’un d’autre !).

 

Il avait ressassé dans son esprit les derniers jours et même les dernières semaines, pour essayer de se souvenir quand étaient apparus les premiers symptômes. À ce jour, il n’était pas entièrement sûr de quand ils avaient commencé, juste quand il en était devenu conscient.

 

Il en était venu à la conclusion que son corps et son esprit réagissaient lorsqu’il était avec Camus, lorsque Camus lui parlait, et surtout quand il le touchait. Une simple main sur son épaule suffisait parfois à faire battre son cœur à la chamade. Il avait aussi remarqué, ces derniers temps, qu’il recherchait davantage l’attention de son maître, faisant tout son possible pour se faire remarquer de lui. Chaque rare sourire de son maître ou, mieux, un compliment, lui donnait l’impression d’avoir des papillons dans le ventre et le laissait euphorique des jours durant.

 

Il pensait de plus en plus à Camus, même quand il n’était pas avec eux, tant et si bien qu’il finissait souvent la tête dans les nuages et faisait moins attention au monde qui l’entourait. Isaak rouspétait à ce sujet, et même Camus lui faisait parfois des remontrances.

 

Il n’y avait pas prêté trop d’attention au début. Il avait toujours admiré et respecté Camus après tout. C’était son maître, quelqu’un qu’il aspirait à égaler, à devenir comme lui. C’était normal pour un disciple de vouloir impressionner son maître, et de vouloir son attention. Il avait toujours voulu le rendre fier de lui, et avoir son approbation.

 

Il n’avait pas compris que ses sentiments pour Camus avaient basculé vers autre chose, jusqu’à une discussion, une nuit, avec Isaak.

 

Il n’arrivait pas à dormir, cette nuit-là. Il n’arrêtait pas de se retourner dans son lit, son esprit trop occupé pour songer au repos. Il ne pouvait pas s’empêcher de repenser à maître Camus, et les étranges sensations qu’il avait quand il était avec lui. Il avait aidé maître Camus à faire la cuisine aujourd’hui, il avait même réussi à reproduire un plat plus élaboré que ce qu’ils avaient l’habitude de manger, sans avoir besoin d’aide ou que Camus ne le reprenne, ce qui lui avait valu un compliment de son maître qui avait félicité ses prouesses et avait serré affectueusement son épaule, ce qui lui avait valu d’avoir le cœur battant frénétiquement, et de ressentir une douce chaleur se répandre tout au fond de lui.

 

Ça ne pouvait plus continuer. Il devait comprendre ce qu’il lui arrivait. Ce n’était pas précisément quelque chose dont il pouvait parler à maître Camus. Il ne lui restait qu’une seule autre option.

 

Hyôga se retourna une nouvelle fois, cette fois en direction du lit d’Isaak.

 

— Isaak ? chuchota Hyôga, pour ne pas se faire entendre de maître Camus dont la chambre se trouvait à quelques pas de la leur.

 

Il entendit un froissement de tissu, puis le lit en face du sien grincer, signe que son ami se tournait vers lui.

 

— Quoi ? chuchota Isaak en retour.

 

Hyôga réfléchit un moment, veillant à bien choisir ses mots pour ne pas avoir l’air bizarre ou attirer les soupçons de son ami.

 

— Est-ce que… ça t’arrive de penser à maître Camus ?

 

— Ben oui, c’est notre maître.

 

— Non, je veux dire… est-ce que ça t’arrive de penser à lui… autrement ?

 

— Autrement comment ?

 

— Autrement que comme notre maître.

 

Ses joues étaient chaudes à présent, et son cœur tambourinait contre sa poitrine, attendant nerveusement la réponse d’Isaak. Il ne savait pas à quoi s’attendre, et cela l’intimidait.

 

— Oui, un peu, répondit Isaak. C’est un chevalier d’or. Parfois, je me pose des questions sur toutes les missions qu’il a dû faire, à quoi ressemble son armure, est-ce qu’il a déjà rencontré le Grand Pope…

 

Ce n’était pas tout à fait ce que Hyôga avait en tête. Il devait changer de tactique.

 

— Est-ce que ça t’est déjà arrivé de penser à quelqu’un et ça te donne des papillons dans le ventre et le cœur qui bat vite ?

 

Après un moment de silence, il ajouta précipitamment :

 

— Sans aucun rapport ! balbutia-t-il.

 

Il y eu un autre moment de silence, pendant lequel Hyôga attendit nerveusement. Il espérait qu’Isaak n’allait pas avoir de soupçons ou qu’il ne lui poserait pas de questions gênantes. Hyôga n’était pas sûr de comment il pourrait répondre, autrement.

 

— Oui une fois, avec une fille du village, répondit enfin Isaak. Elle était très jolie, avec des boucles rousses. J’avais le béguin pour elle.

 

Le ton d’Isaak était presque rêveur.

 

— Le béguin ? répéta Hyôga.

 

— Ouais, quand tu es amoureux.

 

— Ça fait quoi, d’être amoureux ?

 

— C’est quand tu aimes vraiment fort quelqu’un. Tu as envie de la voir, de la rendre heureuse et on a le cœur qui bat fort quand tu penses à elle. Tu es malheureux quand tu ne la vois pas, et tu te demandes souvent ce qu’elle fait.

 

Hyôga se figea. Ces signes lui semblaient affreusement familiers.

 

— Ça… ça t’arrive encore ? demanda-t-il dans un souffle.

 

— Avant oui, moins maintenant. Elle a dû partir avec sa famille il y a longtemps maintenant, et l’entraînement avec maître Camus m’aide à ne plus trop y penser.

 

— Ça n’a pas l’air facile à vivre…

 

— Non. C’est sûr, au début c’est difficile, mais je m’y suis fait. Pourquoi toutes ces questions, Hyôga ? Tu es amoureux de quelqu’un ?

 

Le sang de Hyôga se figea dans ses veines. Il avait l’impression d’avoir reçu une attaque de froid, comme à l’entraînement. Il savait qu’il devait répondre à Isaak, mais les mots lui manquèrent. Ses mains vinrent agripper à sa couverture, soudainement anxieux. Il ne pouvait tout de même pas lui expliquer la véritable raison de ses questions !

 

— Hyôga ? retentit la voix d’Isaak dans l’obscurité.

 

Hyôga invoqua toute la volonté nécessaire pour se forcer à parler.

 

— N… non, je… c’est ces histoires d’adolescence qui m’interrogent, mentit-il.

 

Puis, avant que son ami ne l’interroge à nouveau, il se hâta d’ajouter :

 

— On ferait mieux de dormir. Si maître Camus nous entend, ça risque de barder.

 

Et ça, ce n’était pas un mensonge. Camus n’aimait pas quand ils veillaient tard, surtout parce qu’ils devaient souvent se lever tôt le matin pour faire leurs corvées ou aller à l’entraînement ou aux cours plus théoriques que Camus leur donnait.

 

Hyôga se retourna et rabattit la couverture sur lui, comme si elle pouvait le protéger du regard inquisiteur que son ami devait sans aucun doute lui lancer dans l’obscurité.

 

— C’est toi qui as commencé, ronchonna Isaak.

 

Puis, après un bref moment de silence.

 

— Tu es sûr que ça va ?

 

L’inquiétude était palpable dans sa voix. Hyôga se sentit mal d’avoir eu à lui mentir.

 

— Oui, oui. Ne t’inquiète pas. Bonne nuit, Isaak !

 

— … Bonne nuit à toi-aussi, Hyôga.

 

Le reste de la nuit se passa dans le silence, mais il fallut à Hyôga encore une bonne heure avant que le sommeil ne vienne enfin le cueillir.

 


 

Camus avait dû s’absenter de l’isba.

 

Pour la première fois depuis des mois, Isaak et Hyôga se retrouvaient livrés à eux-mêmes pour une durée indéterminée. Leur maître avait été convoqué au Sanctuaire, et il avait l’intention de profiter de son départ pour réapprovisionner l’isba sur le chemin du retour. Dieu seul savait combien de temps ça allait prendre.

 

Je compte sur vous pour continuer à vous entraîner, leur avait dit maître Camus. Ne veillez pas tard, et restez sage. Je reviens dès que je peux.

 

Isaak et Hyôga avaient promis, et Hyôga avait essayé de ne pas prêter attention à la douleur qui élançait son cœur. Depuis tout petit, il supportait difficilement les absences de Camus. Cette fois-ci n’était pas différente, seulement il comptait en profiter. Puisqu’il n’arrêtait pas de penser à Camus, et que cela embrouillait son esprit, peut-être que son absence l’empêcherait d’être trop distrait par lui, et l’aiderait à y voir plus clair et faire le point sur ce qu’il ressentait.

 

Il avait quitté l’isba, prétextant vouloir s’entraîner. En réalité, il espérait qu’un peu d’air frais l’aiderait à mettre de l’ordre dans son esprit. Il s’était installé dans un coin verdoyant, non loin d’un troupeau de rennes flemmardant paisiblement. Hyôga ne prêta pas attention à eux, son esprit tourné vers la personne qui occupait si souvent cet espace depuis des jours.

 

Camus…

 

Qu’est-ce qu’il ressentait exactement pour Camus, au juste ? Est-ce qu’il était vraiment amoureux de lui ?

 

Jusqu’à présent, il avait toujours eu une vision très claire de ce qu’était Camus pour lui. C’était son maître, son mentor, son professeur. Une figure d’autorité qu’il respectait et admirait. Cela n’avait pas changé. Il aspirait toujours à être comme lui, un chevalier fort, habile et maître de ses émotions, capable de créer de belles choses avec de la glace. Il voulait le rendre fier. Au fond de lui, il savait qu’il était resté ce petit garçon qui recherchait sans cesse l’approbation de son maître.

 

Camus était son maître… mais il y avait une proximité entre eux. Ils vivaient ensemble, après tout. Camus prenait soin de lui, il veillait sur lui quand il était blessé ou malade, il veillait à ce qu’il mange bien, ne veille pas trop tard le soir, et le rouspétait, lui et Isaak, quand ils faisaient quelque chose qu’il n’approuvait pas. Cela lui rappelait un peu le foyer qu’il avait partagé avec sa mère, quand elle était encore là. Cela ressemblait presque à une famille, mais il y avait encore une distance entre eux, celle imposée par le cadre entre un maître et son disciple. Plus d’une fois, Camus lui avait conseillé de ne pas trop s’attacher à lui. Hyôga n’avait jamais compris pourquoi. Était-ce si grave, de s’attacher ? Ne pouvait-il pas être un bon chevalier et s’attacher à ceux qu’il aimait ? Son enseignement était si étrange parfois.

 

Camus était son mentor, et il restait toujours ce disciple qui cherchait à capter son attention et espérer gagner son approbation. De ça, il en était certain.

 

Camus était aussi quelqu’un de très important pour lui. Presque autant que sa mère.

 

Est-ce que ça voulait dire qu’il aimait Camus comme un membre de sa famille ?

 

Mais être auprès de sa mère ou auprès d’Isaak ne lui avait jamais causé de tels papillons dans le ventre, ni le cœur qui battait si fort dans sa poitrine. Il ne les avait jamais longuement observés, comme il le faisait avec Camus, lorsqu’il laissait son regard traîner sur ses longs cheveux, son visage fin ou encore ses bras musclés. Il n’avait jamais non plus senti tout son corps secoué par une vague de chaleur en observant les lèvres de quelqu’un d’autre. Il ne s’était jamais demandé ce que cela ferait d’embrasser ces lèvres, de les sentir sur sa peau. Il n’avait jamais ressenti de chaleur dans le bas ventre en pensant à quelqu’un, avant maître Camus.

 

Hyôga devait bien se l’avouer, à présent. Il ressentait de l’attirance pour maître Camus. Beaucoup d’attirance. Beaucoup trop. Plus que ce qu’un apprenti était supposé avoir pour son professeur.

 

Hyôga laissa échapper un long soupir. Était-ce que Isaak lui avait parlé ? Avait-il le béguin pour son maître ? Était-il à ce point attaché à Camus pour en arriver là ?

 

Il était profondément confus. Il voyait toujours Camus comme étant son maître. Il voulait à tout prix l’impressionner, le rendre fier. Il voulait son approbation. Il voulait devenir comme lui, lui rendre hommage et le remercier de son enseignement en devenant un chevalier accompli.

 

Mais il était aussi attiré par Camus. Il voulait devenir plus proche de lui. Il sentait son corps réagir à sa présence. Il désirait… il désirait tellement…

 

Ce mélange de sentiment était profondément confus, et Hyôga ne savait pas comment les aborder.

 

Un renne s’avança avec précaution à quelques mètres de lui pour brouter de l’herbe. Hyôga veilla à ne pas faire de geste brusque, pour ne pas l’effrayer.

 

— Tu n’aurais pas des conseils sur comment gérer un béguin inattendu pour ton professeur ? il s’entendit lui demander.

 

Il perdait vraiment la tête ! Si Isaak le voyait, il se paierait sa tête.

 

Sans surprise, le renne ne répondit pas et cligna simplement des yeux avant de se remettre à brouter.

 

— C’est bien ce que je pensais…

 

Il se laissa tomber sur l’herbe, observant le ciel bleu. Il se demandait si le ciel de Grèce était aussi bleu que celui de Sibérie. Peut-être que maître Camus observait le ciel aussi. Pensait-il à eux, à lui ?

 

Il pensait vraiment beaucoup trop à Camus, bien plus qu’un élève était supposé le faire.

 

C’était clair, à présent. Il ne pouvait pas nier ou faire semblant. Il était véritablement, définitivement attiré par son maître.

 

Il se cacha la tête dans le creux de son coude. Rien dans sa vie ne lui semblait décidément facile…

 


 

Le corps de Hyôga heurta la glace dans un bruit sourd, faisant trembler de choc et de douleur ses membres. Il se releva péniblement, frottant son épaule endolorie après avoir reçue une attaque d’Isaak. Son ami n’y avait pas été de main morte ! Tout de même, il aurait pu l’envoyer dans un tas de neige pour amortir sa chute plutôt que sur le sol gelé. Il était sûr qu’il l’avait fait exprès ! Son ami était comme maître Camus, il n’était pas du genre à retenir ses coups ou à lui faire de cadeau.

 

Isaak le fixa avec une mine contrariée.

 

— Il est vraiment temps que maître Camus revienne, dit-il. Tu es vraiment pénible quand il n’est pas là !

 

Hyôga releva la tête dans sa direction, fronçant des sourcils.

 

— Qu’est-ce que tu entends par là ? répliqua-t-il, vexé.

 

Il ne voyait vraiment pas en quoi Isaak se plaignait, ni ce qu’il y avait inhabituel dans son comportement. Au contraire, il agissait comme d’habitude !

 

Isaak leva les yeux au ciel.

 

— Tu es distrait ! Tu manques d’attention pendant nos entraînements, tu soupires tout le temps, sans parler de ta mine de déprimé. C’est toujours comme ça quand le maître s’absente !

 

— Je ne suis pas comme ça ! répliqua Hyôga, piqué au vif.

 

— C’est moi que tu essayes de convaincre, ou toi ? En tout cas, tu as intérêt à vite te ressaisir, parce que maître Camus ne sera pas content si on n’a pas progressé !

 

Hyôga baissa la tête, se sentant honteux. Il ne voulait pas l’admettre, mais Isaak avait raison. Camus ne s’absentait que rarement, le plus souvent pour une réunion au Sanctuaire ou pour se ravitailler. Leur isba était située dans un endroit assez reculé de toute civilisation, l’idéal pour qu’il puisse s’occuper de leur apprentissage sans se faire remarquer. L’inconvénient est qu’il fallait au moins trois jours de trajet pour rejoindre le village le plus proche. Camus s’arrangeait toujours pour faire des stocks de provision pour plusieurs mois, ainsi ses absences étaient espacées, ce qui n’empêchait pas le fait que Hyôga supportait mal ces dernières.

 

Il vivait l’absence de Camus comme un manque. C’était comme un creux qui se formait dans son cœur et qui grandissait chaque jour où Camus n’était pas là. Il avait même pris l’habitude de se poser près de la fenêtre, chaque soir, à guetter le retour de Camus, et il se couchait chaque nuit avec Camus dans ses pensées. Où se trouvait-il en ce moment ? Que faisait-il ? À quoi ressemblait le Sanctuaire, et la Maison du Verseau ? Allait-il rentrer bientôt ? Avec qui était-il ? Il redoutait l’idée que Camus préfère un jour rester au Sanctuaire avec les autres chevaliers d’or, et qu’il ne les juge suffisamment indépendants pour les laisser se débrouiller seuls en Sibérie.

 

Il savait que c’était égoïste. Camus était un chevalier d’or. Son devoir était de servir le monde, de veiller à la justice et la paix sur Terre, et de protéger son temple. Il savait qu’un jour, Camus repartirait au Sanctuaire. Mais pas tout de suite, du moins il l’espérait. Il voulait avoir Camus encore auprès d’eux, de lui, le plus longtemps possible.

 

Il était pathétique, il le savait. Ça ne pouvait pas durer comme ça… il ne pouvait pas toujours réagir comme ça chaque fois que maître Camus s’absentait.

 

Isaak avait raison. Il devait se reprendre, et se montrer plus impliqué dans leur entraînement. Camus voudra voir leur progrès à son retour, et il ne serait pas ravi de voir qu’ils n’avaient pas avancé. Décevoir son maître était bien la dernière chose qu’il voulait. Il n’aspirait qu’à le rendre fier et devenir un chevalier fort et accompli comme lui.

 

— Je suis désolé, Isaak…

 

— Humpf. Bon, n’y pensons plus.

 

Il s’avança vers lui et déposa une serviette sur ses épaules, que Hyôga accepta avec un sourire de gratitude.

 

— Tu viens ? Je vais nous préparer le dîner, il doit nous rester des peleménis. Tu aimes toujours ça, non ?

 

Hyôga sourit. Isaak était vraiment un ami en or !

 

La soirée se passa sans encombre. La compagnie d’Isaak et les longues discussions qu’ils eurent pendant le dîner – à planifier leurs activités du lendemain, et à partager des anecdotes – lui permirent de penser à autre chose et de soulager le vide dans son cœur. Puis, il vint bientôt l’heure d’aller se coucher (absent ou pas, Camus tenait à ce que ses apprentis se couchent tôt et ils n’avaient jamais dérogé à la règle), et très vite, le calme de la nuit fit revenir la mélancolie qui l’accompagnait souvent depuis le départ de Camus.

 

Hyôga resta un moment allongé sur le lit, les bras croisés, les yeux fixés au plafond. Il attendit patiemment qu’Isaak s’endorme. Il sonda discrètement son cosmos. Lorsqu’il fut assuré que son ami était bel et bien assoupi, Hyôga se redressa légèrement, son bras glissant sous le matelas pour récupérer le précieux butin qu’il avait caché. Une écharpe de Camus. Il l’avait subtilisé discrètement dans la chambre de son maître, pendant qu’Isaak ne faisait pas attention. L’épisode avait eu un goût d’interdit. Aucune pièce de l’isba ne leur était interdite, mais il savait que Camus n’aimait pas l’idée de les voir s’aventurer dans sa chambre, surtout en son absence. Hyôga n’était pas peu fier de son geste, mais aux grands maux les grands remèdes ! Il s’était promis de remettre l’écharpe dans les affaires de son maître avant son retour. Il ne voulait pas risquer une remontrance de sa part, et encore moins expliquer la raison de son geste. Il ne survivrait pas à l’humiliation !

 

La vérité est que cette écharpe se présentait comme un pauvre substitut de son maître. Cela le réconfortait d’avoir quelque chose de Camus entre ses mains. L’écharpe était douce et chaude. Plus que tout, elle conservait l’odeur de son maître. La nuit, quand Isaak était profondément endormi, Hyôga sortait l’écharpe et la serrait tout contre lui, enfouissant son visage dans le tissu chaud pour mieux s’enivrer du parfum familier et réconfortant de Camus. S’il l’enroulait autour de lui et qu’il y pensait fort, il pouvait presque imaginer que c’était Camus qui l’entourait de ses bras et… il avait un problème, il le savait.

 

La précieuse écharpe dans ses mains, il se recoucha, tournant le dos à Isaak et porta le vêtement à son visage, inspirant profondément et rêvant au jour où Camus reviendrait enfin…

 


 

Le reste de la semaine se passa sans encombre. Isaak et Hyôga s’occupèrent à travers les entraînements, les leçons qu’ils révisaient ensemble, la préparation des repas et l’entretien de l’isba et, dans le cas de Hyôga, à compter les jours jusqu’au retour de Camus, passant ses soirées à guetter près de la fenêtre en espérant voir sa silhouette familière apparaître. Malgré sa mélancolie, Hyôga avait veillé à s’impliquer davantage lorsqu’il s’entraînait avec Isaak. Il ne souhaitait pas décevoir son ami, ni contrarier Maître Camus qui s’attendrait très certainement à voir les progrès faits en leur absence. Irriter son ami était une chose, décevoir son maître en était une autre et il ne savait pas s’il aurait été capable de s’en remettre.

 

Ainsi, il s’acharna au cours de ses exercices, s’entraînant plus que jamais jusqu’à l’épuisement. Il voulait devenir un chevalier digne de ce nom. Il voulait devenir plus fort. Il n’était plus question pour lui d’acquérir assez de force et de maîtrise de ses pouvoirs pour pouvoir revoir sa mère.

 

Plus seulement.

 

C’était toujours son désir le plus cher, pouvoir un jour briser la glace de cette mer gelée et avoir la chance de revoir sa mère. Mais Hyôga voulait également impressionner son maître, devenir un jour un chevalier assez fort pour être son égal, pour pouvoir marcher et se battre à ses côtés. Il voulait le rendre fier de lui. Être son égal, son compagnon d’arme.

 

C’était un rêve, pour le moment inespéré. Ses efforts étaient minimes, comparés à Isaak. Son ami avait le plus souvent le dessus lorsqu’ils s’affrontaient, et il avait une facilité d’apprentissage que Hyôga lui enviait. Isaak était compréhensif. Il l’encourageait, il l’aidait, le félicitait même de ses efforts, tant et si bien que Hyôga se sentait suffisamment en confiance, et plus motivé que jamais pour persévérer dans ses efforts.

 

Hyôga était plus que jamais reconnaissant de l’amitié et la compagnie d’Isaak, mais même leurs moments passés ensembles ne pouvaient entièrement combler le manque qui régnait en Hyôga, et que seule la présence de Camus pouvait combler.

 

Camus…

 

Il soupira, et promena son regard vers l’extérieur à travers la fenêtre.

 

Rentrez bientôt, maître…

 

***

 

Hyôga se leva tôt ce matin, comme à son habitude. Son premier geste fut de tâtonner autour de lui, à la recherche de la précieuse écharpe qu’il porta instinctivement à son visage sitôt qu’il eut mis la main dessus. Il inspira profondément et ses lèvres se tordirent en une petite moue déçue. L’odeur de Camus avait pratiquement disparu. Il soupira de dépit. Il aurait voulu que l’écharpe garde encore un peu plus longtemps la trace de Camus sur elle. Il n’avait plus d’autre choix que de la remettre à sa place.

 

Il se leva, veillant à faire le moins de bruit possible pour ne pas réveiller son ami et, tout aussi discrètement, il rejoignit la chambre de son maître pour y restituer l’écharpe.

 

Il hésita un moment à s’emparer d’un autre trésor, peut-être un châle ou une chemise. Peut-être qu’il pourrait s’installer sur son lit et enfouir sa tête dans l’oreiller, certain d’y retrouver l’odeur familière de Camus et… mais qu’est-ce qu’il lui prenait ? Il secoua la tête. Il devenait ridicule ! Il ne pouvait pas toujours faire ça, se raccrocher à un vêtement de Camus pour combler son absence. De plus, il avait déjà pris des risques en subtilisant puis en ramenant cette écharpe, il ne voulait pas pousser sa chance plus loin.

 

Il jeta un dernier coup d’œil à la chambre de Camus, et referma la porte avec regret.

 

Il s’avança vers la cuisine, avec l’idée de préparer un petit-déjeuner pour Isaak et pour lui. Camus avait toujours argué qu’un bon chevalier devait savoir se débrouiller tout seul, et savoir cuisiner en faisait partie. Ainsi, il avait veillé à apprendre la cuisine à ses deux apprentis. Pour autant, Isaak n’avait jamais développé le goût de la cuisine, à l’inverse de Hyôga qui avait pris l’habitude d’aider son maître à la préparation des repas.

 

Il décida de lui préparer son petit-déjeuner préféré, histoire de se faire pardonner de son humeur maussade. Combien de fois son ami l’avait-il surpris en train de soupirer de lassitude, ou à observer avec mélancolie en direction de la fenêtre, ou alors perdu dans ses pensées ou dans sa mélancolie ? Il craignait de ne pas avoir été un si bon compagnon que ça, pour Isaak. Son ami était un ange de patience, il ne se plaignait pas de le voir dans cet état (enfin… peut-être qu’il avait râlé deux ou trois fois, mais Hyôga ne s’en était pas formalisé).

 

Il rejoignit la cuisine, sortit les ingrédients nécessaires et s’attela à la tâche.

 

Il terminait de beurrer les tartines lorsqu’il entendit les pas familiers de son ami fouler le sol. Pas de doute, il était bien réveillé. Il sourit, et versa les boissons dans leurs verres, prêt à accueillir Isaak.

 

Il fut surpris lorsque son ami ne le rejoignit pas immédiatement en cuisine. À la place, il entendit ses pas précipités se diriger plus loin. Il fronça des sourcils. Que faisait-il ?

 

Puis, il entendit une porte s’ouvrir avant de se refermer, et une autre voix se mêler à celle d’Isaak.

 

Une voix familière.

 

Hyôga lâcha littéralement ce qu’il était en train de faire et se précipita à leur rencontre. Il se figea dans l’encadrement de la porte de salon, face à l’entrée de l’isba. Maître Camus était là, en train de frotter la neige de ses bottes tandis qu’Isaak l’aidait à se débarrasser des sacs chargés de victuailles qu’il avait ramenés.

 

— C’est bon de vous revoir, maître. Vous avez fait bon voyage ? s’enquit Isaak.

 

— Très bien Isaak, merci, lui répondit Camus. Tout s’est bien passé en mon absence ?

 

Isaak hocha la tête et commença à lui résumer les événements des dernières semaines, mais Hyôga n’y prêta aucune attention. Il avait les yeux rivés sur son maître. Ses longs cheveux, l’éclat de ses yeux, le mince sourire étirant ses lèvres tandis qu’il écoutait Isaak, sa silhouette haute et élégante tandis qu’il se déshabillait avec des gestes gracieux. Il se sentait paradoxalement soulagé de son retour, et nerveux à l’idée de le rejoindre. La paume de ses mains transpirait. Son cœur battait à la chamade. L’essentiel de ses pensées étaient tournées vers Camus. Camus qui était revenu, Camus qui discutait avec Isaak, Camus, Camus, Camus…

 

Son maître dut remarquer son absence, car il tourna les yeux dans sa direction. Il haussa les sourcils en le voyant figé dans l’encadrement de la porte.

 

— Eh bien, Hyôga, dit-il. Tu ne viens pas me saluer ?

 

Cela fut suffisant pour le sortir de sa transe. Il secoua la tête, se sentant plus embarrassé que jamais. Son cœur continuait à battre frénétiquement dans sa poitrine.

 

— Si… (il grinça des dents en sentant sa voix aussi faible, et il se racla la gorge). Bonjour, maître Camus !

 

— Encore la tête dans les nuages, dit Camus en secouant la tête d’un air réprobateur.

 

Hyôga baissa la tête, se sentant terriblement gauche face au calme et à l’assurance olympique de son maître.

 

— Enfin… n’y pensons plus, soupira Camus. Allons déjeuner, vous me raconterez ce que vous avez fait en mon absence, d’accord ?

 

Hyôga leva les yeux avec hésitation. L’expression de Camus s’était légèrement adoucie. Hyôga se sentit assez en confiance pour sourire, mais il était encore rouge d’embarras.

 

Isaak décida d’intervenir :

 

— Votre mission s’est bien passée, maître ? Vous avez rencontré le Grand Pope ?

 

La diversion fut un succès.

 

— Tu es bien curieux, lui fit remarquer Camus. Je préférerai savoir comment vous avez progressé depuis tout ce temps.

 

— Je suis sûr que c’est moins intéressant que votre mission ! insista Isaak.

 

Un bref sourire énigmatique se dessina sur les lèvres de Camus avant de disparaître.

 

— C’est ce qu’on verra… Je compte sur vous pour me montrer vos progrès après le déjeuner !

 

Soulagé de ce changement de sujet, Hyôga leur emboîta le pas.

 


 

Après un petit déjeuner copieux, pour lequel Hyôga reçut les compliments d’Isaak et de son maître (les papillons dans son ventre s’en souvenaient encore), ils rejoignirent les plaines gelées et désertes pour leur entraînement.

 

Camus s’installa en retrait dans le but de regarder de loin les exercices de ses disciples. Ce fut Isaak qui ouvrit le bal en se plaçant au milieu de leur arène naturelle. Hyôga le vit se concentrer sur son cosmos avant de montrer les techniques apprises ces dernières semaines. Il forma de la glace au bout de son doigt et la lança dans le décor, d’abord sur des rochers à proximité, avant de s’attacher à des cibles plus petites et plus lointaines à travers plusieurs jets de froid.

 

C’est bien, murmura Camus en français en hochant la tête.

 

Isaak devait connaître la langue, ou peut-être avait-il entendu l’approbation dans la voix de Camus, car il se fendit d’un grand sourire, et il s’inclina respectueusement tout en remerciant leur maître.

 

— La prochaine fois, tu t’entraîneras avec moi. Nous verrons comment tu t’en sortiras avec une cible mouvante.

 

— Avec grand plaisir, maître Camus !

 

Camus hocha la tête puis se tourna vers Hyôga. Son cœur manqua un battement quand le regard de son maître se fixa sur lui.

 

— À ton tour, Hyôga. Montre-moi ce que tu as appris !

 

Hyôga hocha la tête avec détermination, prêt à faire honneur à l’enseignement de Camus. Il prit la place d’Isaak sur l’arène, et se concentra. Il fit se déployer son cosmos, et de la glace se forma bientôt entre ses mains. Hyôga examina le résultat avec fierté, et tourna la tête en direction de son maître. Celui-ci hocha la tête mais lui envoya un signal silencieux comme réponse, que Hyôga comprit comme : « Concentre-toi sur ton cosmos au lieu de moi ! ».

 

Hyôga obéit et reprit sa tâche. Il se concentra sur sa cible, un bloc de glace situé quelques mètres plus loin. Il déploya son cosmos et lança son attaque. À son grand désarroi, son jet de glace s’affaiblit et il ne parvint qu’à toucher le sol quelques mètres au-dessus du bloc qu’il visait.

 

Il grimaça, et se concentra à nouveau pour créer une nouvelle projection de glace qui heurta le bloc, non pas en son centre, comme il l’avait espéré, mais plutôt sa base, ne faisant naître que de brèves fissures.

 

Il soupira de déception et de frustration.

 

— Tu manques encore de précision, commenta Camus. C’est une chose de savoir créer de la glace, mais ça ne te mènera nulle part si tu ne sais pas la manipuler correctement. Essaye encore.

 

Hyôga fit une grimace embarrassée. Hors de question de laisser la honte prendre le dessus. Il déploya à nouveau son cosmos, prêt à recréer de la glace. Il pouvait sentir le poids du regard de Camus sur lui, ce qui affola le tambourinement de son cœur. Plusieurs salves de coups partirent sans toucher leur cible et plusieurs fois, il avait été prêt à abandonner, mais sa volonté de ne pas décevoir son maître, et l’expression de ce dernier qui lui indiquait clairement qu’il n’avait pas intérêt à s’arrêter, le poussèrent à persévérer dans ses efforts.

 

Au bout de quelques tentatives, il parvint enfin à frapper le bloc de glace. Il était encore terriblement loin du milieu ou du sommet qu’il avait visé au départ, mais au moins il avait arrêté de toucher le sol et la base de la glace. C’était une petite victoire, qui avait un arrière-goût amer de défaite.

 

— Le problème, c’est ta posture. Tu ne vises pas comme tu le devrais, dit Camus. Recommence.

 

Hyôga obéit, mais ses tentatives eurent des succès plutôt tièdes. Camus soupira, et Hyôga se sentit douché de honte. Il n’arrivait pas à croire qu’il était aussi maladroit. Ses états d’âme lui avaient-ils vraiment fait oublier tout ce qu’il avait appris ? Était-il à ce point affecté par le retour de son maître pour qu’il ne sache plus viser correctement ?

 

— Ce n’est pas si compliqué que ça. Laisse-moi te montrer.

 

Camus s’approcha de son élève. Hyôga crut se figer sur place lorsqu’une main de Camus se posa sur son épaule tandis que l’autre se posa sous son bras. Il corrigea légèrement sa posture en relevant son bras dans une autre direction.

 

— Là, murmura Camus. Juste comme ça.

 

Il était si proche de lui à présent, Hyôga pouvait sentir son souffle chaud lui chatouiller le visage. Bien que l’air de Sibérie fût sec et froid, Hyôga se sentit bouillir intérieurement.

 

— Maintenant, lance ton attaque, lui ordonna Camus.

 

Hyôga ne réagit pas immédiatement, il se sentait encore troublé de sa proximité avec Camus. Jamais son maître n’avait été aussi proche de lui. Il pouvait deviner son parfum naturel qui lui titillait les narines, quelques mèches de cheveux effleurant son épaule dénudée. Il avait chaud… trop chaud…

 

Camus dut s’apercevoir de l’absence de son élève, s’il ne broncha pas, il se pencha sur lui.

 

— Ne réfléchis pas, agis, dit Camus.

 

Comment pouvait-il se concentrer dans de telles conditions ? Tout dans son esprit criait Camus, Camus, Camus, Camus…

 

— Vas-y, Hyôga, l’encouragea une nouvelle fois Camus.

 

— Je…

 

Vas-y !

 

Le coup partit soudainement. Hyôga observa, hébété, l’attaque de glace qu’il n’était pas conscient d’avoir créé atteindre le bloc de glace, formant un trou fissuré en son centre.

 

Camus hocha avec approbation.

 

— C’est bien. Maintenant, recommence !

 

Hyôga hocha la tête et se remit à la tâche. Camus ne lui laissa aucun répit, le faisant réessayer autant de fois jusqu’à ce qu’il soit sûr que Hyôga maîtrisait bel et bien la technique.

 

Une fois qu’il fut satisfait, il déclara l’entraînement achevé. Son regard se posa sur Hyôga.

 

— Tout va bien, Hyôga ? s’enquit Camus. Tu as bien retenu ce que je t’ai montré ?

 

— Je… je crois, hésita Hyôga qui sortit lentement de sa transe.

 

Voyant l’air encore troublé de son élève, Camus poussa un soupir et recula de quelques pas. Hyôga eut à peine le temps de regretter la disparition de leur proximité que son maître reprit la parole :

 

— Il faut que tu retravailles la précision de tes gestes et que tu affûtes davantage ton cosmos. Tu manques de concentration très vite, cela impacte la qualité de ton attaque.

 

Hyôga fit une grimace embarrassée. Il baissa la tête.

 

— Mais tu apprends vite, acheva Camus, je ne peux pas te l’enlever. Je sais que tu maîtriseras cette technique en un rien de temps.

 

Hyôga rougit de plaisir face à ce compliment inattendu. Il avait dû le satisfaire, malgré la manière laborieuse dont il s’était entraîné. Les lèvres de Camus s’étirent dans un rare sourire, et il posa sa main sur son épaule en signe d’approbation. Le cœur de Hyôga s’emballa de nouveau sous ce contact. La main de Camus était chaude, et sa poigne rassurante sur son épaule.

 

Camus se tourna vers Isaak qui avait observé l’exercice sans un mot.

 

— C’était très bien pour aujourd’hui, les garçons. Je vous suggère d’en rester là pour aujourd’hui ! Nous reprendrons l’entraînement à trois d’ici demain.

 

— Oui, maître ! répondit Isaak en se mettant au garde à vous.

 

Au grand déchirement de Hyôga, Camus retira sa main.

 

Pendant tout le chemin du retour jusqu’à leur isba, Hyôga pouvait encore sentir la chaleur et l’empreinte de Camus sur son épaule, le souvenir de sa proximité encore vif dans son esprit.

 


 

Conformément à sa promesse, Camus les fit s’entraîner sur une cible mouvante.

 

En l’occurrence, lui-même.

 

Camus s’entraîna d’abord avec Isaak, puis avec Hyôga, puis les deux en même temps. Ils ne s’étaient pas attendus à pouvoir atteindre Camus, à raison. Leur maître se déplaçait dans des mouvements fluides et rapides, esquivant leurs coups avec efficacité. Pouvoir réussir à l’effleurer était considéré comme une victoire.

 

Malgré la tâche ardue et les difficultés pour parvenir à l’effleurer, Camus sembla satisfait de leurs efforts, leur accordant même un de ses rares sourires.

 

— C’était très bien pour aujourd’hui, dit Camus. Nous reprendrons les exercices après-demain.

 

Isaak et Hyôga s’échangèrent un sourire satisfait.

 

— Je vous laisse quartier libre pour le reste de la journée. Vous pouvez rentrer à l’isba.

 

— Vous ne rentrez pas avec nous, maître ? demanda Hyôga.

 

— Pas tout de suite. Je vais m’entraîner un peu, je vous rejoindrai plus tard.

 

— Est-ce qu’on peut rester pour vous regarder ? demanda Hyôga sans réfléchir.

 

Le rouge lui monta aux joues, peinant à croire ce qu’il avait osé demander. Camus cligna des yeux, pris au dépourvu.

 

Isaak renchérit.

 

— Oh oui, s’il-vous-plaît, maître Camus ! On aimerait tant vous voir vous entraîner !

 

Camus sembla hésiter.

 

— Je ne sais pas si c’est une bonne idée, dit-il lentement. Vous risqueriez de me déranger.

 

Isaak et Hyôga échangèrent un regard qui communiquait la même intention. Ils n’avaient pas l’intention d’abandonner.

 

— S’il-vous-plaît, maître Camus, insista Isaak. On vous promet que vous n’allez pas nous remarquer ! On se fera tout petit !

 

Il réduisit l’écart entre ses doigts pour lui montrer à quel point ils se feraient tout petit.

 

Les lèvres de Camus s’étirent dans un petit sourire amusé qui disparut bien vite. Isaak adressa un petit sourire victorieux à son camarade.

 

Hyôga enfonça le clou.

 

— Nous serons sages, promit-il. Et puis, je suis sûr que ça pourra nous inspirer, de vous regarder !

 

Camus sembla songeur l’espace d’un instant, avant de soupirer. Ce son était celui de la victoire.

 

— Pourquoi pas, concéda-t-il. Ça pourrait s’avérer intéressant pour vous… Mais je ne veux pas vous entendre, sinon c’est retour à l’isba !

 

— Oui maître Camus ! répondirent Isaak et Hyôga en chœur.

 

Camus hocha la tête, puis il prit place au milieu de l’arène tandis qu’Isaak et Hyôga s’installèrent un peu plus loin, assez loin pour ne pas déranger leur maître, mais assez proches pour ne rien louper de l’entraînement. Ils tremblèrent tous deux d’excitation. C’était si rare que Camus leur permette d’assister à ses entraînements. Il était de nature assez introvertie, et il chérissait ses moments de solitude. Qu’ils puissent l’observer pendant son entraînement était un honneur. Peut-être qu’un jour, ils verraient Camus vêtu de son armure dorée ! Camus ne la mettait jamais lorsqu’il s’entraînait. Hyôga n’était même pas sûre qu’elle se trouve en Sibérie. Peut-être Camus l’avait-il laissé dans le temple du Verseau. Ce n’était pas comme si Camus ne pouvait pas l’appeler à lui d’un seul geste de la main.

 

Il se demanda à quoi elle ressemblait, et l’allure de son maître en la portant. Il espérait avoir cette opportunité un jour. Même Isaak, qui connaissait le maître depuis plus longtemps que lui, ne l’avait jamais vue.

 

Alors qu’il allait s’enfoncer dans ses pensées, à essayer d’imaginer Camus en armure, un mouvement en face de lui le rappela sur Terre. Camus commençait son entraînement.

 

Après quelques mouvements pour s’échauffer, Camus passa aux choses sérieuses. Hyôga le vit tantôt créer de la glace entre ses mains, tantôt fissurer ou faire se surélever des icebergs dix fois plus gros que lui. Fasciné, il observa chacun de ses mouvements. Camus se déplaçait et bougeait ses bras et ses mains avec infiniment de grâce. Il n’y avait pas de mouvement sec ou brusque, pas de violence ou de précipitation. Camus mouvait à son rythme, avec beaucoup d’élégance et d’agilité. Cela rappelait un peu à Hyôga les danseurs de ballet que sa maman affectionnait beaucoup. Hyôga avait été trop jeune pour apprécier ce genre de spectacle. Il n’avait pas compris l’engouement de sa mère pour cet art, jusqu’à aujourd’hui.

 

Camus était semblable à ces danseurs. Beau, agile et gracieux. Il y avait beaucoup d’élégance dans ses attaques, qui n’était que davantage renforcée par la beauté pure de la glace et de la neige qu’il formait. Il aurait pu rester des heures à le contempler.

 

Isaak eut une exclamation étouffée en voyant un iceberg se lever haut dans le ciel, avant de retomber dans l’océan dans un bruit assourdissant, par la simple volonté de Camus.

 

— Incroyable… lâcha Hyôga, époustouflé.

 

— La puissance des chevaliers d’or est vraiment extraordinaire ! dit Isaak. On a de la chance d’en avoir un comme maître. J’ai hâte de pouvoir faire comme maître Camus, un jour !

 

Hyôga hocha la tête. Il avait toujours vu en Camus une sorte de présence divine, de par son calme olympien, la présence qu’il dégageait. L’étendue de ses pouvoirs ne renforçait que davantage cette impression. Camus semblait si puissant qu’il lui était parfois difficile d’assimiler le fait qu’il était humain, tout comme eux. Il ne voyait pas un garçon plus âgé qu’eux quand il voyait Camus. Il voyait son maître, un chevalier puissant, une figure d’autorité presque divine. Bien que les sentiments nouveaux qu’il éprouvait floutaient les barrières entre eux, Camus restait indéniablement quelqu’un d’important pour lui.

 

En l’observant s’entraîner, Hyôga se sentait bien inférieur. Camus était si puissant… Comment Hyôga pourrait-il lui arriver à la cheville ? Même avec le meilleur entraînement du monde et tous ses efforts, Hyôga se sentait incapable de le surpasser. Le désirait seulement-il ? C’est ce que voulait Camus. Hyôga voulait devenir fort, il était vrai. Il voulait être assez puissant pour retourner au bateau de sa mère, mais il voulait aussi devenir l’égal de Camus. Quelqu’un en qui son maître pouvait compter. Il voulait pouvoir se battre avec lui, et se tenir à ses côtés. Il voulait que Camus soit fier de lui, qu’il sache qu’il pouvait s’appuyer sur lui, comme un soutien indéfectible.

 

Il ne savait pas s’il pouvait espérer être quelque chose d’autre pour Camus, quelque chose de plus fort. Sans doute n’était-ce qu’un rêve. Un beau rêve, mais impossible.

 

Tout ce qu’il pouvait espérer était de devenir un chevalier assez puissant pour se tenir aux côtés de son maître.

 

Un peu plus tard, quand il dût s’estimer satisfait de son entraînement, Camus rappela ses disciples d’un geste de la main, les invitant à le rejoindre.

 

— Que diriez-vous d’une baignade ? leur demanda-t-il.

 

— Une baignade ? répéta Hyôga avec surprise.

 

Vu l’expression de son maître, il ne devait pas suggérer de faire un tour aux sources chaudes.

 

— J’avais l’intention de me rafraîchir après l’entraînement… et ce serait une bonne occasion de tester votre résistance au froid.

 

Isaak et Hyôga s’échangèrent un regard. Ils avaient beau être des (futurs) chevaliers des glaces et, en ce sens, avoir une meilleure résistance au froid par rapport à n’importe qui, ils n’en étaient pas immunisés pour autant. L’un des premiers exercices imposés par Camus avait été de les faire s’entraîner une nuit dans le froid, légèrement vêtus, afin de les endurcir au froid. Les exercices avaient été rudes, surtout au début, mais ils ne pouvaient pas s’en plaindre. Il était primordial pour des futurs chevaliers des glaces que de s’habituer au froid constant et de développer une résistance au froid. Cela dit, c’était bien la première fois que Camus leur proposait une baignade ! Il leur avait toujours défendu de s’approcher de la mer, tant les courants étaient trompeurs et pouvaient vous entraîner sans qu’on s’y attende.

 

— L’endroit où je vais vous emmener sera sans danger, ajouta Camus.

 

Plus rassurés, Isaak et Hyôga hochèrent la tête et suivirent Camus jusqu’au point d’eau le plus proche. La mer était calme, avec de légères vagues léchant la côte gelée. Il n’y avait pas un iceberg en vue, juste une étendue d’eau d’un bleu turquoise sous un ciel bleu éclatant.

 

Camus se détourna et commença à se déshabiller. Hyôga se figea.

 

Il fallait qu’il détourne les yeux.

 

Vraiment, là. Maintenant !

 

Son regard ne lui obéissait plus. Il se sentait hypnotisé par la vue de son maître.

 

Il sentit son corps chauffer et le rouge lui monter aux joues tandis que Camus faisait remonter son débardeur, dévoilant de plus en plus de peau, révélant ses muscles saillants, la courbe de ses hanches, le relief de ses omoplates, ses cheveux tombant en cascade le long de son dos… Sa bouche s’assécha, et il se sentit consumé de chaleur lorsque Camus retira ses bottes puis son pantalon, pour ne laisser qu’un sous-vêtement, avant de se glisser avec infiniment de grâce dans les eaux glacées de Sibérie.

 

Captivé par ce spectacle, il remarqua à peine Isaak imiter son maître et le rejoindre dans l’eau. Son regard restait fixé sur Camus. Sa longue chevelure était à présent gorgée d’eau, collée contre son dos et le long de ses bras. De l’eau perlait sur chacun de ses muscles saillants, coulant le long de son corps dans une longue traversée que Hyôga observait avec fascination. Il essaya de ne pas trop prêter attention aux tétons roses qui s’étaient durcis sous le froid.

 

L’air ambiant était froid et sec, mais Hyôga avait chaud… terriblement chaud…

 

Il se demandait ce que cela ferait, de le toucher, de laisser sa main courir sur sa peau, de sentir ses muscles sous sa paume. Sa peau était-elle froide comme la glace, à l’instar de l’élément que Camus incarnait, ou au contraire, était-elle chaude et douce au toucher ?

 

Une voix le fit rapidement descendre sur Terre.

 

— Hyôga ! l’appela Isaak. Arrête d’être dans la lune, et rejoins-nous !

 

Hyôga secoua la tête, comme réveillé d’une transe. Il se sentit honteux d’avoir été pris une nouvelle fois en flagrant délit de rêveries, et devant Camus en plus !

 

— Euh… oui, j’arrive ! s’écria Hyôga, et il se hâta de se déshabiller avant de les rejoindre à son tour.

 

Il retint un sifflement de froid lorsque sa peau s’immergea dans la mer glacée.

 

Il espérait que l’eau froide serait suffisante pour calmer ses ardeurs !

 


 

Les plaines de Sibérie s’étendaient à perte de vue dans un blanc immaculé, le soleil faisant scintiller la neige sous ses rayons en un millier d’éclats de diamant. Le ciel était d’un bleu éclatant, se mariant à la perfection avec le blanc des glaciers alentours.

 

Camus et Hyôga se faisaient face, au garde à vous. Leurs regards fixés l’un sur l’autre sans ciller, attendant le moment propice pour commencer l’entraînement.

 

Puis, un hochement de tête de Camus, à peine perceptible. C’était le signal.

 

Le combat avait commencé.

 

Il n’y avait pas de poussière de diamant, pas la moindre technique de glace, pas de cosmos. C’était un combat au corps à corps, chacun utilisant ses poings pour porter l’attaque, et les bras pour contrer les coups. C’était un exercice voulu par Camus, qui voulait leur enseigner cette technique de combat. Un moyen pour eux d’avoir un moyen d’attaquer et de se défendre dans le cas où leur cosmos serait complètement épuisé.

 

Hyôga ne parvenait pas à toucher Camus. Pas complètement. Son maître parvenait à deviner son attaque avant même que Hyôga n’agisse, et il contrait ses coups avec une facilité déconcertante. Cela le perturbait.

 

Ne t’inquiète pas si tu ne parviens pas à m’atteindre aujourd’hui, lui dit Camus. Observe comment je fais, et apprends.

 

Hyôga hocha la tête, essayant de mieux prêter attention à la façon dont Camus se déplaçait et contrait ses attaques. Camus l’aidait parfois, en commentant ce qu’il faisait, puis il l’encourageait à l’imiter quand Camus passait à l’offensive.

 

Puis, suite à un enchaînement de gestes que Hyôga n’était pas sûr de comprendre, Camus bascula en arrière et se retrouva allongé sur la glace, avec Hyôga installé sur son bassin, ses mains posées sur le torse de son maître.

 

Hyôga piqua un fard. La position était très… subjective.

 

Interdit, il essaya de ne pas prêter attention à la position qu’il occupait, ni au fait que le corps de Camus était si chaud contre le sien. Il se força à croiser le regard de son maître. Camus l’observait avec un calme qui le surpris. Il ne s’était pas attendu à ce que Camus réagisse aussi passivement.

 

Il hésita. Il n’avait jamais eu l’occasion d’observer son maître d’aussi près. De là où il était, il pouvait voir plus clairement voir l’éclat dans ses yeux. Il avait de très jolis yeux, remarqua Hyôga. Bleus foncés, avec une légère teinte violette. Il n’avait jamais vu d’yeux avec une couleur pareille. Cela rendait Camus un peu plus unique à ses yeux.

 

Il avait aussi des tâches de rousseurs, assez discrètes, au niveau de ses pommettes. Sans réfléchir, Hyôga porta une main vers son visage (qu’est-ce qu’il faisait, qu’est-ce qu’il faisait, qu’est-ce qu’il faisait ??), et son pouce vint caresser sa pommette droite avec infiniment de douceur, traçant avec précaution chaque tâche de rousseur.

 

Il se figea lorsqu’il se rendit compte de ce qu’il était en train de faire. Il était en train de toucher Camus !! Son maître ! Maître qui était très réservé en ce qui concernait son espace personnel !

 

Hyôga leva un regard hésitant vers Camus. Celui-ci conservait un calme olympien, se contentant de l’observer sans rien dire. Hyôga se préparait à se confondre en excuses, en retirant sa main.

 

Il sursauta en sentant la main de Camus sur la sienne. À sa grande surprise, il le vit remettre sa main là où elle se trouvait.

 

Hyôga déglutit. Cela voulait donc dire que Camus… acceptait qu’il le touche ?

 

Plus aventureux, il poursuivit ses caresses avec une main tremblante. D’abord sur ses pommettes. Sa peau était chaude et douce sous ses doigts. Il jeta un nouveau regard vers son mentor. Camus continuait de l’observer, avec un petit sourire et Hyôga se sentit un peu plus en confiance. Il n’arrivait pas à croire sa chance, que Camus le laissait faire, mais il ne voulut pas gâcher une pareille opportunité. Il en avait tellement rêvé, après tout…

 

Son regard se déplaça légèrement sur le côté de son visage, là où se trouvait son abondante chevelure. Il avait tellement rêvé de pouvoir enfouir ses doigts dans ses cheveux, se demandant s’ils étaient aussi doux qu’ils en avaient l’air. Il ne résista pas. Très vite, il enfonça ses doigts dans la longue et épaisse chevelure, la faisant glisser entre ses doigts. C’était aussi doux que de la soie, avec cette couleur sarcelle si unique, qui n’appartenait qu’à lui.

 

Ses doigts glissèrent ensuite le long de ses joues puis sa mâchoire. Puis, son index effleura le coin de ses lèvres.

 

Hyôga hésita. C’était une chose de pouvoir toucher le visage et les cheveux de son mentor. C’était autre chose de s’approcher de cette zone défendue. Le bout de ses doigts brûla et trembla sous l’envie de pouvoir toucher ces deux pétales roses. Oserait-il seulement franchir le pas, braver cet interdit ?

 

Il leva les yeux. Camus l’observait toujours en silence, avec ce mince sourire qui pouvait dire tout et n’importe quoi. Son regard était empreint de patience.

 

Hyôga déglutit à nouveau, puis il approcha sa main, traçant du bout du doigts les lèvres chaudes et douces, dessinant leur forme avec infiniment de tendresse. Il avait chaud soudainement… tellement chaud… Son cœur battait à la chamade dans sa poitrine, dans une litanie effrénée. Camus pouvait-il entendre les battements fous de son cœur ? Savait-il seulement quel effet il avait sur lui ?

 

Il se pencha vers Camus, ressentant l’envie d’être plus proche de lui. Il voulait respirer le même air que lui, sentir davantage la chaleur de sa peau.

 

Il retira sa main des lèvres de Camus et s’arrêta à quelques centimètres de lui, les yeux fixés sur ces lèvres roses. Il se demanda ce que cela ferait de les embrasser, quel goût elles avaient. Il se figea, n’osant plus faire le moindre geste.

 

Puis, il sentit une main de Camus se poser derrière sa nuque, ses doigts entre ses mèches blondes, pour le rapprocher de lui, suffisamment pour que Hyôga puisse sentir son souffle chaud contre ses lèvres.

 

Alors qu’il croyait que Camus allait l’embrasser, il stoppa sa progression. Sa main était toujours derrière sa nuque, mais Camus avait cessé de bouger. Hyôga voulut gémir de frustration. Il ne restait plus que quelques centimètres de distance entre lui et son paradis. Il était assez proche pour sentir sa chaleur rassurante et son parfum naturel tellement réconfortant, mais pas assez pour pouvoir l’effleurer avec ses lèvres.

 

Il leva les yeux vers lui. Camus l’observait calmement, il semblait même attendre quelque chose. Hyôga comprit qu’il lui laissait le choix de franchir ou non cette distance.

 

Son choix était déjà fait. Il n’y avait pas le moindre doute, ni une seule hésitation dans son cœur.

 

Il ferma les yeux et combla la maigre distance en eux pour cueillir de ses lèvres le fruit défendu.

 

Ses lèvres se joignirent aux siennes.

 

(Enfin, enfin, enfin, enfin !!)

 

Hyôga s’accrocha à Camus, le cœur gonflé d’espoir et d’allégresse. Il ne pensa plus à rien d’autre qu’à Camus. Camus et ses lèvres douces et chaudes. Camus et ses longs cheveux dans lesquels Hyôga avait entremêlés ses doigts. Camus qui avait posé sa main sur sa joue. Camus, Camus, Camus, Camus…

 

Hyôga poussa un soupir de bonheur en sentant les lèvres de son mentor bouger contre les siennes, lui rendant chacun de ses baisers. Il ressentit des petites décharges électriques lui parcourir le corps, comme des petits frissons de plaisir le submergeant par vagues. Il ne pouvait plus se passer de Camus et ses lèvres, ses caresses. Il appuya ses lèvres contre les siennes, en demandant toujours plus, jusqu’à sentir les lèvres de Camus s’ouvrir sous les siennes. Puis, la douceur de sa langue acheva de lui griller le cerveau.

 

Il gémit contre ses lèvres et se colla un peu plus contre Camus, son torse contre le sien, ses mains froides contre les joues et dans les cheveux de Camus, caressant tout ce qu’il pouvait toucher. Il voulait être près… bien plus près… jusqu’à ce qu’il n’y ait plus la moindre séparation entre eux, jusqu’à ce qu’ils partagent le même air, jusqu’à pouvoir sentir le battement de cœur de l’autre. Il lécha ses lèvres puis glissa sa langue contre celle de son maître, explorant, goûtant, caressant. Il n’en revenait pas que Camus le laissait faire, le laissant prendre ce qu’il souhaitait, le laissant le toucher, et pourtant il l’encourageait à explorer, et frémit sous ses caresses maladroites.

 

Camus poussa un seul gémissement, à peine perceptible, mais qui déclencha un frisson le long de la colonne vertébrale de Hyôga et enflamma le bas de son ventre. Il n’était pas certain de savoir ce que signifiait cette chaleur brûlante, mais une chose était sûre, et c’était ce besoin irrépressible d’être proche de Camus, de continuer à le toucher et à l’embrasser, comme si Hyôga était assoiffé et Camus la seule façon d’étancher sa soif, de remplir ce creux, ce besoin au fond de Hyôga.

 

Maître Camus, maître Camus… gémit Hyôga entre deux baisers.

 

Il embrassa tout ce qu’il y avait à portée de ses lèvres. Sa bouche, sa mâchoire, ses joues, sa gorge, chaque parcelle de peau était caressée, embrassée et révérée. Il ne pouvait plus s’arrêter.

 

Les mains de Camus parcouraient son dos, ses épaules, ses cheveux blonds, explorant dans des caresses qui électrisèrent Hyôga. Il voulait plus. Il voulait que Camus le touche partout, sentir encore ses lèvres sur sa peau. Il voulait… Par Athéna, il voulait tellement… !

 

Hyôga… murmura Camus contre ses lèvres.

 

Qu’il était beau, les joues rougies, la poitrine se soulevant au rythme d’une respiration effrénée, les lèvres humides et gonflées, ses longs cheveux éparpillés sur la glace. C’est moi qui ai fait ça, se dit Hyôga. Moi seul qui puisse le voir comme ça.

 

Camus était si beau… il n’arrivait pas à en croire sa chance. Son cœur s’élança dans sa poitrine, submergé par l’émotion. Par Athéna, comme il l’aimait !

 

C’était le moment ou jamais de lui dire… il n’aurait pas d’autre chance…

 

Maître Camus… Je… je vous… je vous aim…

 

Un fracas monstre le réveilla. Il se redressa en catastrophe, et fut surpris de se trouver dans la pénombre. Son cœur était en train de battre à la chamade dans sa poitrine. Que s’était-il passé ?

 

— Désolé, Hyôga ! lui parvint la voix familière d’Isaak à quelques mètres de lui. Je ne voulais pas te réveiller.

 

Hyôga cligna des yeux dans l’obscurité, désorienté.

 

— Isaak ? Qu’est-ce que…

 

— Je suis revenu de la salle de bain, et je me suis cogné contre la chaise de bureau, dit Isaak tout penaud.

 

— C’est… la nuit ? dit Hyôga, sans comprendre.

 

— Oui, il est encore tôt. Encore désolé, Hyôga. Rendors-toi !

 

Hyôga papillonna une nouvelle fois des paupières tandis que, dans un bruit de couvertures, il entendit vaguement Isaak rejoindre son lit. Son cœur se calma progressivement, et il reprit peu à peu ses esprits.

 

Endormi… il avait été endormi…

 

Tout ça n’avait été qu’un rêve…

 

Il n’y avait pas eu d’entraînement, pas de maître Camus, pas de baisers ni de caresses.

 

Un rêve, rien de plus qu’un rêve.

 

Il se sentait tellement stupide !

 

Un goût amer se fit ressentir dans sa bouche, et son cœur se serra douloureusement dans sa poitrine. Il avait tellement espéré que tout ceci soit réel…

 

Pendant quelques secondes, il en voulut à Isaak de l’avoir réveillé. Il n’aurait pas pu faire plus attention, au lieu de se prendre bêtement les pieds dans une saleté de chaise ?! Hyôga aurait pu continuer à rêver, si Isaak n’avait pas été aussi maladroit ! Le voilà réveillé, de retour dans cette cruelle réalité, après avoir eu un avant-goût de ce qu’était le Paradis.

 

Il se força à se calmer. Il n’était pas raisonnable, il le savait… Ce n’était pas de la faute d’Isaak… C’était idiot, de lui en vouloir pour ce genre de futilité ! Il aurait bien fini par se réveiller et à être contraint de quitter son rêve.

 

Mais j’aurais pu passer plus de temps avec Camus dans ce rêve, ne put s’empêcher de lui murmurer une partie de son esprit.

 

Il secoua la tête. La frustration le faisait devenir ingrat envers son ami… Il ne devait pas réagir comme ça. Isaak avait toujours été un ami fidèle.

 

Une part de lui se sentit honteux d’avoir rêvé ainsi de son maître. Il avait l’impression d’avoir fait quelque chose d’interdit… Sans doute qu’il n’avait pas le droit… ce n’était pas raisonnable ni normal, de rêver de son maître de cette façon ? Et pourtant… il ne pouvait pas s’empêcher de ne pas se sentir entièrement coupable, pas quand ce rêve lui apportait tellement de papillons dans le ventre, cette sensation de bien-être comme il n’en avait jamais eu. Sûrement que quelque chose de si agréable ne pouvait pas être… mal ?

 

Il n’était plus sûr de rien.

 

Une partie de lui se disait que ce rêve n’aurait jamais dû se produire, que c’était mal de rêver ainsi de son maître. L’autre partie de lui rêvait encore de tout ce qu’il avait cru vivre… Il passa un doigt sur ses lèvres dans une lente caresse, en essayant de se rappeler les baisers de Camus, la sensation de ses lèvres sur les siennes. Ça lui avait semblé tellement réel ! S’il se concentrait assez fort, il pouvait presque imaginer sentir de nouveau les bras de Camus autour de lui, et sentir ses doigts enfouis dans la longue chevelure de son mentor.

 

Il s’étreignit lui-même, percevant comme un manque. Son cœur, bien que calmé, battait toujours à un rythme un peu plus soutenu, et il sentait toujours cette chaleur dans son ventre.

 

Il soupira. Il n’y avait rien qu’il puisse faire à présent. Il ignorait quelle heure il était, mais il était sûr d’une chose, c’est que, manque de sommeil ou pas, Camus n’aurait pas de scrupules à les réveiller tôt demain matin pour leur entraînement. Il n’avait rien de mieux à faire que de se rendormir.

 

Il s’allongea sur son lit et ferma les yeux, attendant que le sommeil ne vienne le cueillir à nouveau, mais le souvenir vibrant de son rêve s’imposa de nouveau dans son esprit, sans lui laisser une minute de répit. Malgré ses tentatives de penser à autre chose, les images lui revinrent inlassablement en mémoire. Il se retourna plusieurs fois, puis retourna son oreiller pour reposer sa tête sur le côté froid. Il soupira de frustration, compta les moutons dans sa tête, essaya de faire le vide dans sa tête, de se concentrer sur les ronflements paisibles d’Isaak dans le lit d’à côté. Il tint un moment à ce jeu avant de rouvrir les yeux. Il se releva, frustré et découragé.

 

Il devait se rendre à l’évidence. Il ne trouverait pas le sommeil de sitôt.

 

Rester dans ce lit lui sembla insupportable. Il avait le sentiment d’étouffer, dans cette chambre sombre. Il avait besoin d’air, il avait envie de bouger. Là, maintenant, tout de suite !

 

Il se hissa hors du lit avec précaution, et se faufila hors de la chambre sur la pointe des pieds, veillant à ne pas faire le moindre bruit afin de ne pas réveiller Isaak.

 

Il sortit en silence de la chambre, se déplaçant toujours à pas de loup. Il ne tenait pas non plus à réveiller son maître, d’autant plus que Camus ne serait pas content de le voir debout en pleine nuit, alors qu’ils devaient tous se lever tôt pour l’entraînement demain.

 

Il se dirigea vers la cuisine où il se servit un verre d’eau. La fraîcheur de l’eau glissa le long de sa gorge et lui fit du bien. Puis, il emporta son verre jusqu’au salon où il s’installa sur le canapé. Il resta un moment calé bien au fond du canapé, perdu dans ses pensées, tout en prenant une gorgée de son verre. Le calme de la nuit était réconfortant, et le salon n’était qu’à demi plongé dans l’obscurité. À travers la fenêtre, il pouvait voir les plaines enneigées. En se rapprochant de la fenêtre, il savait qu’il pouvait deviner, à l’horizon, des aurores boréales qui se dessinaient au loin dans le ciel. Hyôga avait toujours aimé ce spectacle naturel.

 

Il réfléchit un instant. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas eu l’occasion de les contempler, et il n’avait pas très envie de retourner se coucher pour le moment. Il savait qu’il n’avait pas le droit de sortir à cette heure… si Camus découvrait son absence en pleine nuit, il se prendrait une sacrée correction !

 

Mais il était au plein cœur de la nuit et Camus était endormi… Si Hyôga sortait maintenant, il pourrait revenir se coucher bien assez vite… Quelques minutes dehors ne pouvaient pas faire de mal, non ? Peut-être même que l’air frais de Sibérie lui ferait du bien et calmerait les tourments de son cœur.

 

Sa décision prise, il posa son verre sur la table après avoir bu tout son contenu. Il se leva du canapé, puis se dirigea vers l’entrée. Il se couvrit d’un manteau de fourrure au-dessus de son pyjama, puis enfila une paire de bottes chaudes. Enfin, il tourna la poignée de la porte, l’ouvrit avec infiniment de précaution. L’air froid lui sauta immédiatement au visage, et il réprima un frisson.

 

Il s’engouffra dehors et referma lentement la porte derrière lui.

 

Il prit un instant pour contempler le paysage devant lui. La Sibérie était aussi belle la nuit qu’en plein jour. Les rayons de la lune se reflétaient sur la neige, donnant un aspect pur et immaculé à la nature autour de lui. Il n’y avait pas un souffle de vent. Il régnait un calme digne d’une cathédrale que personne n’osait perturber, pas même Hyôga.

 

Il souffla, causant une volute de fumée sortant de sa bouche. Il resserra son manteau autour de lui, puis se mit en route. La neige crissa doucement sous son poids, ses pas le menant peu à peu à son lieu de destination. C’était un endroit où Camus les avait déjà emmenés, Isaak et lui, pour contempler les aurores boréales. Ils y allaient chaque année, à la même période, ainsi Hyôga connaissait le chemin comme sa poche.

 

Il marcha encore quelques minutes puis grimpa le haut d’une colline. Depuis son sommet, il pouvait voir, s’étendant à perte de vue, le lac avec ses eaux sombres puis, plus loin, des montagnes enneigées s’élevant assez haut pour pouvoir atteindre les nuages. Puis, haut dans le ciel, il les vit. D’immenses voiles de lumières formant de magnifiques courbes colorées dans le ciel nocturne. Il ne put s’empêcher de lâcher un sourire face à ce spectacle. Ce n’était pas la première fois qu’il en voyait, mais il restait émerveillé par tant de beauté à chaque fois.

 

— Hyôga ? s’éleva une voix non loin de lui.

 

Hyôga se figea.

 

Il connaissait cette voix. Comment pouvait-il en être autrement ? Elle hantait chacune de ses pensées, jusque dans ses rêves.

 

Il tourna la tête en direction de la source de cette voix. Quelques mètres plus loin, Camus l’observait depuis son poste d’observation, installé sur le sommet de la colline.

 

— M… Maître Camus ! balbutia-t-il.

 

Il était fichu. Fi-chu ! Il n’était pas supposé être dehors. Il n’était même pas supposé être debout !

 

Il déglutit. Qu’est-ce qu’il lui avait pris de sortir à cette heure ? Cela ne lui sembla plus être une si bonne idée que ça, finalement.

 

— Qu’est-ce que tu fais debout à cette heure ? s’enquit Camus, le regard sévère.

 

— Je… je… je suis désolé, maître. Je ne voulais pas, je…

 

— Explique-toi, Hyôga !

 

Fichu, il était fichu. Camus allait sévèrement le punir. C’en était fini de lui !

 

Bon, foutu pour foutu… autant avouer !

 

— Je… je n’arrive pas à dormir, admit Hyôga. J’ai tout essayé, mais je n’y arrive pas.

 

Il baissa la tête, honteux.

 

Il y eut un long silence. Plus celui-ci s’allongea, plus l’angoisse de Hyôga grimpa, dans l’attente de la punition qui n’allait pas tarder à venir.

 

Puis, enfin…

 

— Tu as fait un cauchemar ? s’enquit enfin Camus.

 

Abasourdi, Hyôga releva la tête. Camus l’observait sans rien dire, attendant simplement une réponse de sa part. Bon, l’avantage est qu’il n’avait plus son air sévère. Il hésita. Techniquement, ce n’était pas un mensonge. Il avait bien fait un rêve, bien que celui-ci était beaucoup plus agréable que ce que pensait Camus. Mais son mentor n’avait pas besoin de connaître ce genre de détails. Il rougit, en s’imaginant raconter à Camus les détails de son rêve. Il ne pouvait tout de même pas lui en parler ! Comment Camus réagirait-il ? Il préférait ne pas y penser. Il imaginait plusieurs scénarios, et aucun n’était bon.

 

Il n’aimait pas mentir à son maître, mais il y avait des choses qu’il ne pouvait dire à personne, et certainement pas à lui. Ce ne serait qu’un mensonge par omission. Après tout, ce n’était pas tout à fait faux.

 

Il hocha la tête, et essaya de ne pas se sentir nerveux sous le poids du regard inquisiteur de son maître.

 

Il y eut un moment de silence.

 

— Assieds-toi près de moi, lui dit enfin Camus.

 

Hyôga cligna des yeux. L’espace d’un instant, il crut que son ouïe lui jouait des tours.

 

— Vous n’êtes pas fâché ? lui demanda Hyôga.

 

— Pourquoi je le serais ? demanda Camus, interloqué.

 

— Je n’ai pas le droit d’être debout à cette heure. C’est vous-même qui l’avez dit…

 

— C’est vrai que je préférerai te savoir en train de dormir à cette heure de la nuit, concéda Camus. Mais personne ne peut contrôler ses rêves, Hyôga. Je ne vais pas te reprocher d’être debout dans de telles circonstances.

 

Hyôga l’observa, la surprise le clouait sur place.

 

— Vous n’allez vraiment pas me punir ?

 

Il peinait à croire sa chance !

 

Camus claqua de la langue dans un geste exaspéré.

 

— Honnêtement Hyôga ! Parfois, j’ai l’impression que tu demandes à être puni, même pour des choses en dehors de ton contrôle ! Je sais que tu ne choisis pas tes rêves, Hyôga. Ce serait vraiment injuste si je venais à te punir pour ça, tu ne crois pas ?

 

Hyôga baissa la tête, honteux. Ça semblait terriblement logique. Il se sentit bête de ne pas y avoir pensé. Camus n’était pas du genre à punir pour ce genre de choses, ça aurait été comme le punir pour avoir été malade. Camus était peut-être un maître sévère, mais il n’avait jamais été injuste.

 

— Vous avez raison, maître Camus. Pardon…

 

Il l’entendit soupirer.

 

— Enfin, n’y pensons plus. Viens plutôt t’asseoir près de moi.

 

Hyôga releva la tête, à présent un peu plus soulagé. Il s’exécuta sans se faire prier.

 

— Tu es venu pour observer les aurores boréales, n’est-ce-pas ? s’enquit Camus.

 

— Oui ! Ça faisait longtemps, et j’ai pensé que… que ça pourrait me changer les idées.

 

Camus esquissa un mince sourire.

 

— Nous avons eu la même idée, alors.

 

Le silence s’installa de nouveau, mais ce n’était pas un silence inconfortable. C’était se taire pour profiter de l’atmosphère mystique de la nature calme et hivernale qui régnait autour d’eux. Hyôga leva la tête, contemplant les aurores boréales qui formaient de longs voiles de lumière aux couleurs vertes, avec des teintes de jaune et de bleu. Leur lumière était d’une beauté incomparable, se reflétant même dans les eaux sombres du lac juste au-dessous d’eux.

 

Hyôga se retourna légèrement, observant son maître à la dérobée. Il observait le ciel avec un petit sourire, et une expression détendue. Il semblait en paix avec le monde autour d’eux. Hyôga dissimula un sourire dans son manteau. Il sentait comme des papillons dans son ventre. Il se sentait incroyablement chanceux de partager ce moment privilégié avec Camus. C’était si rare, qu’il se retrouve seul avec lui. Il adorait Isaak, mais parfois Hyôga aurait bien aimé avoir un moment privilégié, juste lui et Camus. Que Camus… lui dise des choses qu’il n’avait jamais rien dit à personne, pas même à Isaak.

 

Pouvoir partager ce moment avec lui, c’était plus que ce qu’il ne pouvait espérer.

 

Camus se retourna vers lui, comme s’il avait senti son regard sur lui. Il l’observa longuement, et Hyôga frémit d’impatience, attendant ce que son maître voulait lui dire.

 

— Que t’arrive-t-il en ce moment, Hyôga ?

 

Ce fut comme une douche froide qui s’abattit sur lui. Il se figea, interdit.

 

— Que voulez-vous dire ?

 

— Tu n’es plus toi-même ces derniers temps, je le vois bien. Tu… es plus distrait qu’à l’accoutumée, tu manges moins, tu sembles préoccupé.

 

Hyôga rougit. Il ne s’était pas attendu à ce que Camus remarque tous ses états d’âme.

 

— Ne vous en faites pas, maître Camus, protesta-t-il. Je vais bien. Il n’y a aucune raison de s’inquiéter.

 

— Je ne crois pas, non. Il se passe quelque chose, là-dedans.

 

Comme pour appuyer ses dires, il tapota doucement de son index sa poitrine, là où se trouvait le cœur de Hyôga qui tambourina comme un fou dans sa poitrine face à ce contact inattendu. Hyôga prit peur, espérant que Camus ne remarque rien.

 

Il baissa les yeux, n’osant pas croiser le regard de son mentor, craignant qu’il puisse lire tout ce qu’il se passait en lui.

 

— Tout va bien, insista-t-il.

 

C’était dit avec beaucoup moins de conviction qu’il ne l’aurait voulu.

 

Il se força à croiser brièvement le regard de son maître. Celui-ci le dévisagea, insondable. Il baissa la tête aussitôt, les joues rouges.

 

Un moment de silence, puis il sentit Camus se rapprocher de lui.

 

— Est-ce que ce sont tes cauchemars ? Cela fait un moment depuis que tu n’en as plus fait. Est-ce qu’ils sont revenus ? s’enquit Camus.

 

Hyôga n’osa pas répondre, craignant de se trahir.

 

Il l’entendit soupirer.

 

— Je ne peux pas te forcer à te confier, Hyôga. Je ne prétends pas non plus être doué pour ce genre de choses, mais… sache que si tu en as besoin, je suis là pour te prêter une oreille attentive. Tu n’es pas seul, Hyôga. Quoique tu traverses en ce moment, tu nous auras toujours, Isaak et moi.

 

Hyôga hocha la tête. Cela ne changeait rien à sa situation, mais entendre ces paroles le réconforta. Le simple fait de ne pas se savoir seul, et la certitude d’avoir toujours sa famille de choix auprès de lui soulagea un peu les élans de son cœur.

 

— Oui, maître Camus. J’ai compris.

 

Camus l’observa longuement, comme s’il cherchait à le sonder. Puis, il hocha la tête. Il hésita un instant, puis il tendit la main vers lui et lui serra brièvement l’épaule dans un geste d’affection rare. Hyôga se liquéfia sous l’attention, et se retint de protester quand Camus retira sa main.

 

Camus retourna à sa contemplation des aurores boréales. Hyôga, lui, continua de l’observer, le cœur douloureusement serré. Camus était si proche de lui, et pourtant si inaccessible. Il aimerait tellement… pouvoir se rapprocher de lui, et lui tenir la main, ou reposer sa tête contre son épaule.

 

Non. Il ne pouvait pas. Camus était son maître. Peu importe ce qu’il ressentait, il ne devait jamais briser ce lien entre eux. Lui avouer ce qu’il ressentait, ce serait prendre le risque de briser ce qu’ils avaient.

 

Que souhaitait-il de Camus, au juste ? Il l’admirait toujours autant. Pas comme un parent, il n’y aurait jamais que sa mère dans ce rôle. Elle n’était plus, mais elle resterait à jamais irremplaçable. Un grand-frère ? Non. Il voyait Camus bien au-dessus de ça. Ce rôle était trop étroit, trop limité pour définir ce qu’il était exactement pour lui. Un mentor ? Indéniablement. Il était son maître, son professeur. Il lui devait tellement. Il lui avait appris tellement de choses sur la vie, sur les techniques de glaces. Mais il était plus que ça, plus qu’un mentor. Il était… quelque chose en plus. Hyôga ne savait pas encore quoi, mais il était plus que ça. Quelqu’un d’important, assurément. Une personne qui était entrée dans son cœur pour ne plus jamais en sortir. Un peu au même titre qu’Isaak. Mais il savait qui était Isaak pour lui. Il était son ami, son frère d’entraînement. Camus, lui, était une multitude de choses à la fois.

 

Quand il pensait à Camus, il voyait ce chevalier d’apparence froide, calme et sévère, qui faisait semblant que rien ne le touchait mais qui lui adressait des sourires d’encouragement quand il réussissait à l’entraînement, qui déposait une couverture sur ses épaules quand il somnolait devant la cheminée, qui se disait taciturne mais qui lui chuchotait des mots rassurants quand il était fiévreux suite à une grippe ou un cauchemar particulièrement éprouvant. Il était ce guerrier à l’abord si rude que Hyôga respectait plus que personne, en qui il voyait parfois une figure presque divine, à l’image de la déesse qu’il protégeait… Il était ce jeune homme qu’il aimait en secret, malgré toutes les protestations de sa raison.

 

Il se détourna, ne voulant pas que Camus le prenne en flagrant délit… et pour résister à la tentation… car il était tenté… oh oui, il était tenté de se rapprocher et de se reposer contre lui, sa tête contre son épaule, essayer de sentir sa chaleur malgré le manteau le recouvrant.

 

Non, se dit-il. Il ne fallait pas. Il ne voulait pas donner à Camus une raison de penser que quelque chose n’allait pas.

 

Camus ne devait rien savoir. C’était mieux ainsi.

 

Il releva les genoux contre sa poitrine et posa son front dessus, profitant de ce rare moment de calme et de solitude pour s’autoriser cette faiblesse. Sa gorge était nouée. Ses yeux lui piquaient un peu. Il secoua la tête, se retenant de pleurer.

 

Peu importe s’il ne se confessait jamais. Une chose était sûre : Camus faisait définitivement partie de son âme, et il espérait du fond du cœur qu’il resterait toute sa vie à ses côtés. Même s’il devait, lui-aussi, devenir un chevalier, obtenir une armure, pour servir la paix et la justice, et partir pour des missions, comme Camus, aux quatre coins du monde, il espérait pouvoir retrouver Camus, peut-être même partir en mission avec lui, se battre à ses côtés… ou tout simplement retrouver la chaleur d’un foyer où lui et Isaak se trouveraient.

 

— Reste avec moi, Hyôga, le rappela doucement Camus. Je ne sais pas où vont tes pensées, mais reste avec moi.

 

Hyôga dissimula un sourire triste. Camus ne savait pas qu’il était dans chacune de ses pensées.

 

Camus le berça avec un regard qui n’était pas dénué de sympathie. Un petit sourire compatissant étirait ses lèvres. Il tendit un bras dans sa direction, et posa sa main sur son épaule. Hyôga s’empêcha de frémir à ce contact inattendu.

 

— Ça va aller, lui dit-il. Les cauchemars ne sont pas éternels. Ne les laisse pas contrôler ta vie.

 

Sa main prodigua doucement de lentes caresses en cercle sur son épaule.

 

Hyôga renifla, s’empêchant de pleurer.

 

Au diable la bienséance ! Il s’autorisa cette seule et unique faiblesse, et se blottit contre Camus.

 

Camus ne dit rien et le laissa faire. Il ne retira pas non plus sa main de son épaule, alors que la tête de Hyôga se reposa timidement contre son torse.

 

S’il se concentrait suffisamment fort, il pouvait presque entendre les battements réguliers de son cœur. Ce son était doux, rassurant.

 

Il soupira, espérant que cette nuit pouvait être éternelle, juste lui tout contre Camus.

 


 

Ni lui, ni Camus ne reparlèrent de cette nuit-là.

 

Il savait pourtant que son maître n’avait rien oublié. Hyôga sentait son regard peser sur lui aux repas ou aux entraînements. Il veillait à ce que Hyôga mange bien, vérifiait s’il avait bien dormi, le reprenait lorsqu’il avait la tête dans les nuages.

 

Chaque soir, après avoir mangé, Isaak débarrassait la table et nettoyait la salle à manger tandis que Camus et Hyôga faisaient la vaisselle, rien que tous les deux dans la cuisine. Ils en profitaient pour discuter des événements de la journée, de ce que maître Camus avait prévu pour les prochains jours. Dans le calme de la soirée, lorsque le monde était endormi et qu’il n’y avait qu’eux, Camus baissait parfois sa garde et laissait échapper quelques confessions sur lui et les chevaliers d’or, et Hyôga se laissait aussi aller à des confessions, sur lui, sa mère, et lorsqu’il vivait encore à la fondation Kido. Il aimait profondément ces moments-là, lorsqu’il sentait plus que jamais la complicité entre eux, lorsque Camus laissait apparaître son côté doux et à l’écoute. Lorsqu’il n’était plus un enseignant ni un chevalier, mais simplement Camus.

 

Dans ces moments-là, il était bien trop facile d’oublier pour Hyôga qu’un simple apprenti chevalier comme lui n’avait rien à espérer d’un chevalier aussi accompli que Camus.

 

— Comment tu te sens, en ce moment ? l’interrogea-t-il sans détour.

 

De toute évidence, son maître était encore inquiet pour lui.

 

— Tout va bien, maître Camus, je vous assure !

 

Ce n’était pas un mensonge. Physiquement, il allait bien. Il ne tombait que rarement malade, il s’était bien acclimaté au rude climat de Sibérie. Il se forçait même à manger, pour ne pas éveiller les soupçons. Et puis, un repas de maître Camus ne se refusait jamais. La cuisine était un de ses talents, Hyôga se demandait si c’était à cause de son héritage français.

 

Les lèvres de Camus étaient pressées en une fine ligne. Visiblement, il ne croyait pas un mot de son apprenti.

 

— Tu sais que tu peux venir me voir, n’est-ce-pas ? Si tu as un souci, ou si tu fais un cauchemar… Tu peux venir me voir, même en pleine nuit. Ma porte te sera toujours ouverte.

 

Hyôga apprécia l’offre, mais il n’était pas sûr que c’était une bonne idée. Aller voir maître Camus dans sa chambre, le voir vêtu d’un simple pyjama qui dévoilait ses longues jambes blanches et ses biceps… Il n’y survivrait pas !

 

— Je… Oui, maître Camus, se contenta-t-il de répondre. Je m’en souviendrai.

 

— Bien. Ne t’avise surtout pas de penser que tu me dérangerais. Tout ce que je souhaite est t’aider, Hyôga. Cela vaut pour toi, comme pour Isaak.

 

Hyôga se sentit touché. Maître Camus… vous êtes si gentil… je ne suis pas sûr de le mériter.

 

— Merci, maître Camus.

 

Camus ne répondit rien pendant un moment, son regard fixé sur Hyôga. Il se demandait bien à quoi il pensait. Finalement, Camus brisa le contact visuel et acquiesça silencieusement. Il releva les yeux sur Hyôga puis, avec un geste presque hésitant, il passa sa main dans la chevelure rebelle de son apprenti.

 

Hyôga crut fondre de plaisir, avant de sentir un pincement au cœur quand Camus retira sa main. Ce contact avait été bien trop court !

 

— Bien, va te coucher maintenant. Il se fait tard. Je dois encore parler à Isaak.

 

Hyôga hocha la tête sans un mot et observa son maître s’éloigner.

 

Non, il n’y avait rien d’anormal chez Hyôga. Ce n’était pas son corps qui était en souffrance, mais son cœur.

 

Être avec Camus l’emplissait d’un étrange mélange de joie et de désespoir. C’était comme avoir soif et se trouver près d’un lac, sans avoir le droit de boire plus que quelques gorgées. Il était heureux d’être aux côtés de maître Camus, de s’entraîner avec lui, de partager des repas avec lui, de vivre dans le même foyer. Il brûlait de se rapprocher de lui, mais il ne pouvait pas. Il ne voulait pas. Il ne gâcherait pas ce lien qu’il avait avec lui en tentant quelque chose de stupide et irréfléchi, comme lui confesser ses sentiments, ou essayer d’initier un contact physique. Il ne se faisait pas d’illusion. Il savait très bien ce qu’il se passerait. Camus le repousserait, fermement ou doucement (il ignorait ce qui serait pire) et le renverrait à sa place, en lui rappelant qu’il était son maître et lui son disciple. Son rôle était simple, faire de Hyôga et Isaak des chevaliers des glaces accomplis, pour remporter l’armure du Cygne ou, pourquoi pas, l’armure du Verseau.

 

C’est tout ce qu’il serait. Son apprenti. Il n’avait beau avoir que six ans de différence avec Camus, son maître devait encore le voir comme un enfant, quelqu’un dont il avait la charge. Il ne serait rien d’autre que ça. Quand bien même Hyôga ferait ses preuves en devenant un chevalier qui serait son égal, Camus ne le verrait jamais autrement que son apprenti.

 

C’était dur et douloureux, mais c’était la réalité. Hyôga devait l’accepter, tout comme il avait accepté ces sentiments peu conventionnels pour son maître.

 

Son affection pour Camus s’était ancrée en lui, dans sa chair et dans son cœur, comme une part de ce qu’il était. Passerait-elle avec le temps ? Il l’ignorait. Il espérait, au plus profond de lui, que cette attirance n’était qu’un symptôme de cette adolescence, cet âge ingrat dans lequel il se trouvait, et qu’elle s’en irait avec le temps, pour ne garder en lui que cette admiration sans borgne et une affection purement platonique pour son maître. Dans le cas contraire… Non, il ne préférait pas y penser. Il n’était pas sûr qu’il y survivrait. Il savait bien qu’il ne pouvait espérer plus avec Camus que ce qu’ils avaient déjà. Il devait s’en contenter.

 

Il retourna dans la pénombre de sa chambre, se déshabilla après un rapide passage dans la salle de bain, et mit son pyjama avant de se glisser sous les couvertures.

 

Il observa le lit en face du sien qui était vide. Isaak devait encore être en train de finir ses corvées, sauf s’il était déjà en pleine discussion avec maître Camus. Il ignorait combien de temps cela prendrait avant qu’Isaak ne revienne.

 

Il hésita. Il voulait… il voulait tellement…

 

Ce n’était pas raisonnable, et c’était risqué avec Camus et Isaak quelques pièces plus loin.

 

Mais il en avait tellement envie. Il avait cette chaleur dans son bas ventre, au creux de ses reins. Il avait encore à l’esprit la sensation de la main de Camus dans ses cheveux, son visage penché sur le sien.

 

C’était dangereux. C’était risqué. Ce n’était pas raisonnable.

 

C’était plus fort que lui.

 

Silencieusement, Hyôga glissa une main sous ses couvertures et la manœuvra jusque dans son pantalon de pyjama, prêt à se prendre en main. Son esprit était occupé par mille et une pensées concernant maître Camus. Le son de sa voix, la blancheur de sa peau, le souvenir de sa main dans ses cheveux, son odeur naturelle qui lui titillait encore les narines, tandis qu’il commençait à bouger sa main dans des caresses maladroites qui déclenchèrent chez lui quelques frissons et vagues de plaisir.

 

Il était fichu. Indéniablement, irrévocablement fichu.