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Fyodor était assis confortablement sur les genoux de Nikolai, ses bras enveloppés autour de ses épaules alors qu'ils s'embrassaient.
En dépit de leurs emplois du temps, ils en trouvaient quand même pour échanger leur affection, mais c'était particulièrement tendre quand ils avaient du temps libre ensemble sans crier gare. Les conférences et cours magistraux avaient été annulés à l'université où Fyodor donnait occasionnellement des présentations. Nikolai avait réservé sa journée pour une pause bien méritée dans ses répétitions sans fins de théâtre, et les deux pouvaient passer leur après-midi à s'embrasser sur le canapé comme deux adolescents.
Fyodor appréciait particulièrement ces moments. Nikolai le tenait toujours dans ses bras comme s'il était quelque chose de précieux et de fragile, ayant besoin d'être touché gentiment et avec soin. Même quand leurs lèvres étaient scellées, leurs dents mordillant des lèvres, les langues s'enroulant, redécouvrant la bouche de l'autre... les mains de l'homme sur son corps étaient attentionnées, soutenant son dos, enroulant ses doigts dans ses cheveux ou caressant gentiment sa joue.
Le monde aurait pu s'arrêter à ce moment et le russe serait resté heureux que Nikolai soit bon pour lui d'une manière que Fyodor ait jamais imaginé que qui que ce soit pourrait l'être envers quelqu'un d'autre, entre les PTSD et la sociopathie, l'amour avait toujours semblé être quelque chose qui arrivait aux autres comme gagner à la loterie ou découvrir que tu étais un riche héritier. D'avoir ce sentiment, mouillant juste ses doigts, était presque irréel : affamé mais doux, rafraîchissant comme une brise. Magnifique. Sien.
Fyodor entendit le bruit de la porte d'entrée qui se déverrouillait, le son de son ouverture et de sa fermeture, suivi de bruits de pas entrant dans l'appartement. Le russe émit un petit son dans le baiser, considéra s'écarter pour avoir l'air au moins un peu plus présentable, même s'il supposait qu'il avait l'air débauché avec un visage rougi et des cheveux décoiffés.
Nan.
Il n'y avait qu'une autre personne qui avait la clef de l'appartement, alors l'homme se pencha juste un peu en avant. Nikolai gloussa contre ses lèvres, mais il ne brisa pas le contact dans leur session de baisers languides non plus. Si Fyodor avait été une personne un peu meilleure, il se serait senti mal pour le bruit décidément embarrassé que fit Sigma quand il entra dans le salon.
Il ne l'était pas, alors il mordilla juste une dernière fois la lèvre de Nikolai avant de s'écarter, d'arborer l'expression la plus innocemment curieuse sur son visage et de se retourner vers le nouvel arrivant debout sur son tapis.
Sigma était rouge jusqu'aux oreilles, l'expression timide renvoyant un embarras bien visible, ses yeux gris errant de Fyodor à Nikolai comme s'il avait été celui prit en train d'embrasser son petit ami.
Fyodor eu un sourire amusé et carnassier.
Sigma était juste adorable.
« Bon après-midi, Sigma-kun! », chantonna-t-il joyeusement, heureux de voir le rougissement de l'homme s'intensifier, disparaissant sous son col.
L'homme n'essayait même pas de déguiser combien il était facilement affecté et combien il était facile à provoquer, et Fyodor, naturellement, prenait un plaisir indescriptible à taquiner les gens. Encore plus avec cette personne là.
Il était comme un garçon stupide d'école primaire, qui tirait éternellement la queue de cheval de la fille qu'il aimait.
Nikolai le tapota sur l'épaule en une réprimande subtile, comme s'il n'était pas également amusé. A ce point, tourmenter Sigma était un jeu de couple.
« Bonjour, mon amour, sourit Nikolai, le coin de ses yeux se plissant. C'est une très bonne surprise que de te voir là. »
Sigma rit timidement, se gratta l'arrière de la tête nerveusement, ayant l'air un peu timide.
« Tu as dit que tu avais une pause. », dit-il en enroulant une mèche de ses cheveux platine autour de ses doigts, et la main de Fyodor le lança pour caresser ses mèches, voir si elles étaient aussi douces qu'elles en avaient l'air. D'enrouler une poignée dans sa main et de tirer. « Je pensais que je viendrais te rendre visite mais je peux partir si j'interromps quelque chose. »
Sigma jeta un regard en coin à Fyodor qui était toujours assis confortablement dans les bras de Nikolai et fit un petit sourire doux.
Bien que ce soit Fyodor qui vive avec Nikolai, lui et Sigma essayaient de diviser son temps équitablement, sans interrompre le temps de l'autre.
(Ce qui était des conneries selon l'opinion de Fyodor et pouvait facilement être résolu si Sigma admettait simplement qu'il l'aimait également, ce qui était évident pour qui que ce soit ayant au moins un œil qui fonctionnait, comme c'était le cas pour Dazai.
Mais non.
Fyodor devait être patient là-dessus.)
« Tu n'interromps rien Sigma-kun, j'ai juste fini par prendre un jour de congé également et je prenais soin du besoin incurable de Kolya. » Fyodor ignora le cri outragé de celui dont il parlait pour se lever et s'étirer un peu. « Mais je suis sûr qu'on peut faire ça tour à tour. »
Nikolai roula des yeux.
« Je ne te veux plus, Fedya. » L'homme tendit les bras vers Sigma comme pour l'attraper, une moue sur les lèvres. « Au moins ma petite colombe est toujours gentille avec moi. »
Sigma renifla, amusé par l'idée. Si Fyodor était de temps en temps en train de frapper Nikolai quand il était trop collant, Sigma passait la plupart de son temps à lui hurler dessus pour la même raison.
« Fyodor-kun a raison, tu es vraiment en manque d'affection, chéri.
-Pourquoi vous êtes tous les deux contre moi aujourd'hui?! »
Sigma rit, son rougissement s'adoucissant dans un rose doux qui colorait toujours ses joues quand il était prêt de Nikolai, et Fyodor dut supprimer une soudaine envie de l'embrasser.
« Réconforte ton homme avant qu'il ne commence à pleurer Sigma-kun, tu sais combien ces acteurs sont dramatiques, taquina Fyodor, avant de se tourner vers la cuisine. Je vais prendre mes médicaments avant d'oublier.
-Est-ce que tu peux ramener les miens aussi ?, demanda Nikolai, enlaçant déjà un Sigma hésitant dans ses bras. Tu peux t'asseoir sur mes genoux si tu veux, ma colombe... »
Fyodor alla dans la cuisine avec, en fond, des excuses embarrassées à profusion sur les raisons pour lesquelles s'asseoir sur les genoux de son petit ami, dans le confort de sa maison, n'était pas une bonne idée, même s'il avait l'air intéressé. L'homme avait toujours été étrangement timide sur les choses les plus stupides.
Le Russe prit son temps dans la pièce, prenant le temps de sortir ses comprimés et de les avaler avec de l'eau, donnant à Sigma le temps de s'ajuster avec Nikolai dans le salon. Étrangement, celui-ci était toujours nerveux en sa présence, loin de la figure relaxée et assurée que Nikolai dépeignait d'habitude, même si c'était le bon genre de nervosité : embarrassé, mal à l'aise, facile à surprendre quand son regard s'attardait sur les lèvres de Fyodor dans une conversation.
Fyodor était conscient qu'il était conventionnellement magnifique comme un fait simple et détaché comme l'étaient tous les faits dans sa tête trop analytique.
Des yeux violets inhabituels, une complexion pâle (même si ça avait plus à voir avec son anémie la plupart du temps), des cheveux noirs raides, assez grand – même s'il était plus frêle que beaucoup – et un visage plaisant. Il avait toujours su qu'il était attirant, tirant ses traits de sa mère mais il y avait quelque chose de définitivement amusant que de l'être prouvé juste de temps en temps par quelqu'un d'aussi doux pour les yeux que l'était Sigma.
Ça rendait toute l'expérience de flirt intéressante que d'avoir les bonnes cartes dans sa main, en dépit du fait que l'autre était toujours complètement ignorant de n'importe laquelle de ses avances, qu'elles soient évidentes et effrontées. Le russe avait abandonné la subtilité depuis des mois et Nikolai trouvait tout ça hilarant.
(Si utiliser seulement des mots continuait d'être inutile, Fyodor finirait par juste pousser l'homme contre la surface plane la pus proche et rendre le point clair avec son corps.)
Avec un soupir las, Fyodor retourna dans le salon avec de l'eau et des médicaments en main.
Sigma était assis à côté de Nikolai, riant doucement à une histoire que l'homme lui racontait avec ses exagérations fleuries, l'écoutant attentivement avec une étincelle d'affection dans les yeux. Fyodor se demanda si c'était ce dont il avait l'air quand il regardait Nikolai ; doux et passionné, parce que même si ressentir ou imiter des émotions avait toujours été quelque chose de laborieux pour lui, quand le russe réussissait à le faire assez bien avec les gens qu'il aimait, il n'y avait pas grand chose qu'il puisse faire pour les rendre moins visibles.
Comme Anne Sexton l'avait déjà dit : « l'amour et la toux ne pouvaient être déguisés, pas même une petite toux pas même un petit amour. »
« Et voilà. »
Fyodor s'approcha et donna les comprimés et le verre d'eau.
Nikolai soupira de manière dramatique mais les accepta, avalant les médicaments avec une petite grimace.
« Honnêtement, je pense quand même que ça enlève tout mon éclat, grommela l'acteur avant d'enfouir son visage dans l'épaule de Sigma comme un chat.
-Ton éclat, c'est de me réveiller à trois heures le matin pour me dire qu'il y a des tarentules qui me sortent des yeux ? »
Nikolai fronça les sourcils, fit la moue et rougit un peu en se souvenant de l'événement.
« C'est arrivé une fois.
-Une fois c'est déjà trop, merci beaucoup. », répliqua Fyodor sèchement avant de s'asseoir à côté de lui et de lui enfoncer gentiment un doigt dans les côtes.
Sigma regarda l'échange avec intérêt, n'ayant presque plus l'air timide et affolé que Fyodor avait vu plus tôt. Son épaule était pressée contre Nikolai, une main relaxée sur sa cuisse.
« Est-ce que les hallucinations sont si mauvaises ?, grimaça un peu Sigma d'empathie. Tout le truc des araignées à l'air assez creepy.
-Mes hallucinations sont assez gérables actuellement, elles sont plus ennuyantes que terrifiantes généralement. » Nikolai se pencha en avant pour poser son verre sur la table basse. « Elles deviennent vraiment mauvaises quand j'oublie mes médicaments. Avec ceux de d'habitude j'y suis habitué et je pense que je serais plus terrifié si elles disparaissaient d'un jour à l'autre, ma colombe.
-S'il-te-plaît, n'oublie pas tes médicaments alors. » Sigma lui serra gentiment la cuisse. « Ce que je suis sûr que tu fais avec la manière dont tu vis, la tête dans la lune, tu es si distrait.
-Tu me blesses., soupira Nikolai avant d'enrouler un bras autour de ses épaules.
-Il te connaît déjà très bien, c'est tout. » Fyodor roula des yeux. « Ne t'inquiète pas, Sigma-kun. Je tiens Kolya sur une laisse extrêmement serrée pour ça.
-Je pense qu'on fait attention l'un pour l'autre alors. » Nikolai lui fit un clin d’œil joueur. « Monsieur Je-n'ai-plus-besoin-de-thérapie.
-Je ne savais pas que tu avais aussi de la schizophrénie, Fyodor-kun. », commenta Sigma curieux, sa tête reposant contre la poitrine de Nikolai.
« Je n'en ai pas. »
Fyodor prit son sourire de vainqueur, prépara déjà l’explication du fait que, en dépit de sa situation psychiatrique, il ne planifiait pas de conquérir le monde (pas encore).
« Kolya parle de la thérapie cognitivo-comportementale qui m'aide à gérer mon trouble de la personnalité antisociale. Les gens appellent ça aussi de la sociopathie. »
Sigma hocha calmement la tête comme s'il avait juste déclaré être spécialement faible dû à un manque de vitamines, et avait eu au moins vingt points selon Fyodor.
(C'était toujours l'enfer d'expliquer le truc en entier quand les gens normaux assumaient juste qu'il était un début de tueur en série, ce qui le faisait vouloir en devenir un juste par dépit.)
« Eh bien, les traitements sont importants peu importe le problème, pas vrai ?
-Exactement. » Nikolai embrassa sa tempe et Fyodor ressentit un pincement d'envie. « Alors, ma colombe, qu'aimerais-tu faire avec tout ce temps libre devant nous ? »
(Fyodor avait une ou deux idées sur ce qu'il aimerait faire et chacune impliquait un lit.)
« Je ne suis pas venu avec un plan pour être honnête. » Il haussa les épaules nonchalamment. « On pourrait regarder un film ou quelque chose comme ça. »
Nikolai flasha un sourire qui aurait pu rivaliser avec l'éclat d'une étoile, et Fyodor réprima un soupir de pur douleur.
« Des films, oui ! » L'homme tapa dans ses mains de joie, se décollant de Sigma avec toute l'énergie d'un acteur professionnel qui avait trouvé l'excuse parfaite pour soumettre quelqu'un à ses goûts bizarres cinématographiques. « J'ai une magnifique collection. Je vais la chercher, je suis là tout de suite ! »
Avant que Fyodor ne puisse même commencer à protester, il sauta du canapé et se précipita dans la chambre pour chercher ses DVDs et probablement revenir avec les plus bizarres.
Sigma eut l'air innocemment confus à la brusque montée d'énergie et Fyodor fut ému devant cette innocence.
« Il aime ces films français noirs et blancs qui durent quatre heures, expliqua patiemment le russe. Tu lui as donné une magnifique opportunité. »
L'expression de regret de Sigma fut sans prix et Fyodor rit en compréhension mutuelle.
« Je te promets que Kolya ne sera pas blessé si tu t'endors au milieu, promis Fyodor avec un ton de sympathie. Ou dans le cas ou tu ne comprends pas le but du film, je suis sûr que l'objectif est d'être hyper ennuyant. »
Sigma soupira lourdement, ayant l'air mortellement blessé à la pensée de passer les prochaines heures en otage d'acteurs français et de leurs métaphores incompréhensibles.
« Je ne savais pas qu'il aimait ce genre de choses.
-Un acteur, répondit Fyodor comme si ça expliquait tout. Ils sont pleins de surprises.
-C'est vrai, acquiesça Sigma résigné. Je ne pense pas que tu puisses t'ennuyer avec Nikolai.
-Oh non, juste quand je pensais que Kolya ne pouvait plus me surprendre il se montre avec un mignon manager de casino. »
Du rouge apparut sur le visage de Sigma alors qu'il ouvrait et fermait sa bouche dans une tentative désespérée de dire quelque chose.
« Mignon ? », répéta Sigma d'une voix plus aiguë que d'habitude, son esprit semblant ignorer tout le reste de la phrase.
« Adorable, magnifique. Charmant si tu veux. » Fyodor haussa les épaules en regardant le rougissement de l'autre s'intensifier avec chaque mot. « Ce que tu préfères. »
« Oh... Ah... Bien... », bégaya Sigma, en jouant avec ses cheveux dans ce qui semblait être une habitude nerveuse. « Tu euh aussi... Je pense que Fyodor-kun est aussi tout ça.
-Oh, merci. » Il sourit avec une touche de malice. « Ma colombe. »
Sigma renifla, le rouge descendant dans son cou.
« Fyodor-kun est juste en train de m'embarrasser.
-Ce n'est pas ma faute si tu es encore plus mignon quand tu es embarrassé, répliqua Fyodor, calmement et en appréciant toutes les réactions qu'il recevait. Je vais finir par en faire une habitude. »
Sigma ouvrit la bouche pour répliquer mais fut interrompu par Nikolai, débarquant dans la pièce, les bras chargés de DVD parce que bien sûr qu'ils n'allaient pas regarder tout ça illégalement.
« Je n'arrivais pas à décider lequel prendre alors j'ai pris tous mes favoris. », dit Nikolai avant de tourner son attention vers les deux occupants du canapé et de hausser un sourcil inquisiteur. « Fedya, est-ce que tu étais encore en train de tourmenter mon cupcake ?
-Moi ?
-Cupcake ?, s'exclama Sigma, ayant l'air outragé. Kolya !
-Mais tu es mon cupcake, mon amour! », grommela Nikolai, agenouillé devant le lecteur attaché à la télévision. « Doux, adorable et délicieux.
-Non, juste... non.
-Tu peux être ma poupée si tu veux alors, poupée.
-Je pensais que j'étais ta poupée, Kolya. » Fyodor fit claquer sa langue de déplaisir au rire de l'autre alors que celui-ci ajustait les paramètres du film.
« Vous pouvez être mes poupées tous les deux. » Il leur fit un clin d’œil joueur, se leva du sol et se jeta dans le fauteuil à côté du sofa. « C'est A bout de souffle de Jean-Luc Godard. J'adore celui-là.
-Je vais prétendre savoir ce que c'est, marmonna Sigma avec un soupir qui fut promptement ignoré par Nikolai alors que celui-ci pressait 'play'. Ce n'est pas doublé ? Oh, bien sûr que ça ne l'est pas. »
Fyodor rit doucement, sympathisant avec sa douleur.
« Toi et Fedya vous ne savez pas comment apprécier l'art. », dit Nikolai, se tournant dans son fauteuil. « Je suis sûr que vous préférez flirter, mais ceci est une œuvre...
-Je ne flirtais pas !, interrompit Sigma nerveusement.
-Eh bien, je le faisais, contra Fyodor en haussant les épaules.
-Fyodor-kun !
-Argh, embrassez-vous, les taquina Nikolai sans quitter la télévision des yeux. Vous devriez vous faire un date et résoudre toute cette tension sexuelle.
-Nikolai, ne dit pas ce genre de chose, soupira Sigma, son visage rouge et évitant le regard de Fyodor avec une précision religieuse. Fyodor-kun était bien évidemment en train de plaisanter et bien sûr qu'il ne me veut pas...
-Non, je te veux. »
Silence.
Des phrases en français, des bruits, et Nikolai réussissant à peine à cacher son sourire avec sa main.
Sigma regardait Fyodor comme s'il ne l'avait jamais vu.
«Tu veux ?
-Yep.
-Date ?
-Ouais.
-Avec moi ?
-Ça.
-Sérieusement ?
-Oh. »
- - -
« Comment vous êtes vous rencontrés ? »
Fyodor prit une petite gorgée de son vin. Il ne devrait pas mélanger l'alcool avec ses antipsychotiques mais, après un dîner couronné de succès et être retourné à la maison avec un Sigma affable à son bras, il n'y avait pas de raison majeure de ne pas s'autoriser un peu d'indulgence.
Sigma, par ailleurs, était également quelque chose comme une indulgence. Un verre entre les doigts, des joues rougies par la boisson, qui ne tenait pas l'alcool même après du vin léger parce qu'ils n'avaient eu quasiment rien à boire plus tôt dans leur date.
« J'ai rencontré Kolya à l'université, il cherchait l'amphithéâtre et j'ai pensé qu'il était si beau que je ne pouvais pas refuser de l'aider. Je ne pense pas qu'il soit possible de lui dénier quoique que ce soit.
-Nikolai est très convaincant, acquiesça Sigma avec un léger rire dans sa voix et des yeux doux. Vous êtes devenus amis alors ?
-Actuellement, on a failli tomber dans les coulisses et on s'est rattrapés l'un à l'autre. Il n'y a pas eu trop de temps pour la romance, rit Fyodor doucement, amusé par les souvenirs. Mais on a appris à se connaître dans le sens le moins biblique du terme et on a eu ce qu'on a eu.
-Et puis j'arrive dans l'histoire. »
Fyodor acquiesça :
« Et puis toi. »
Sigma prit une autre gorgée de vin, ayant l'air pensif, et Fyodor sourit, penchant la tête lentement sur le côté, curieux.
« Est-ce que tu veux me demander quelque chose ?, déduit-il rapidement, reconnaissant l'expression pour ce qu'elle était. Mais tu penses que je serais offensé si tu demandes.
-Euh, oui !, rit Sigma, en rejetant sa tête en arrière et en s'adossant mieux au canapé, et Fyodor considéra de manière absente de faire des petites morsures à des endroits bien choisis de cette peau sensible dans son cou.
-Peu importe ce que c'est, je pense que je peux le gérer. Sociopathie et tout ça, je ne prends pas offense facilement. Ça a ses avantages parfois.
-Eh bien, je me demandais si, par chance, je... t'ennuyais, demanda Sigma doucement, regardant dans son verre. Je sais, on reviens juste d'un date que j'ai vraiment apprécié mais tu ne fais pas ça juste pour être gentil pas vrai ? »
Sigma était trop bon pour ce monde, maintenant Fyodor en était sûr.
« Je promets que je fais ça pour des raisons entièrement égoïstes. »
Fyodor avala le reste de son vin, posa le verre sur la table basse, s'approcha de l'homme et remit une mèche violette derrière son oreille. Sigma rougit un peu plus.
« Tu es adorable, si Nikolai ne t'avait pas eu en premier, ça aurait été moi. Kolya a juste été chanceux, hein ?
-Ça éclaircit les choses, je suppose. » Sigma déglutit difficilement avec la proximité soudaine, ses lèvres encore plus tentantes que d'habitude. « Mais je pense quand même que la chance a été entièrement mienne. »
Fyodor fredonna doucement, en enroulant ses doigts dans une mèche platine douce comme du satin.
« On peut partager la chance alors, murmura-t-il, se penchant un peu, juste assez pour sentir la respiration de l'autre, assez pour identifier la différence de teinte dans le gris de ses yeux. Je veux vraiment t'embrasser là maintenant.
-Je veux vraiment te laisser faire. »
Fyodor sourit doucement et enfin, enfin, il franchit la distance entre eux et scella leurs lèvres ensemble, avala le soupir satisfait de Sigma et approfondit le baiser, chercha le doux goût du vin sur sa langue.
Sigma haleta doucement, enroula ses doigts dans ses cheveux et tira juste assez pour que Fyodor sente la légère douleur. Le russe laissa sortir un petit grognement d'appréciation et attira l'homme sur ses genoux.
Sigma rit doucement, un petit bruit joyeux et amusé, avant de s'écarter pour passer ses jambes autour de sa taille, les bras enveloppés autour de ses épaules. Un visage rougit, des lèvres tout aussi rouges et des yeux pleins de chaleur. Son torse pressé contre celui de Fyodor, son cœur battant violemment contre le sternum de l'autre.
« Et si on allait s'amuser, ma colombe ? »
- - -
Fyodor cligna des paupières, le sommeil s'attardant sur ses yeux mais il se réveilla définitivement devant la scène se déroulant devant lui.
Nikolai, qui était arrivé Dieu seul savait quand, était assis sur le lit, à moitié tourné vers lui, ses cheveux d'un blanc de neige dégringolant dans son dos nu. Une expression douce sur son visage alors qu'il tressait les cheveux d'un Sigma à moitié endormi sur ses genoux.
Il devait être encore très tôt si Nikolai avait l'air encore si peu présentable, ses mouvements léthargiques et lents alors qu'il tressait les deux couleurs de mèches ensemble. De là où il était allongé, Fyodor pouvait voir un œil doré brillant et l'autre, celui que sa cicatrice coupait, dans l'argent vitreux de la cécité, la pupille en forme d'étoile, qui ne faisait que renforcer la théorie qu'il était encore si tôt que l'homme n'avait visiblement même pas daigné mettre ses lentilles de contact habituelles.
Sigma était identique à ce qu'avait laissé Fyodor la nuit d'avant, entièrement nu, enroulé dans les bras de Nikolai avec des draps qui n'arrivaient pas à cacher ses cuisses, une taille étroite pleine de morsures et un torse également violet, même si ces marques n'arrivaient pas à la cheville du collier de suçons que Fyodor avait distribué sur la longueur de ce cou avec fierté. Dans tous les cas, Sigma semblait toujours dormir paisiblement contre le torse de Nikolai, oublieux de la tresse qu'il lui faisait.
« Kolya ? », murmura Fyodor, la voix rauque de sommeil.
Nikolai fit un petit son pour dire qu'il avait compris sans enlever ses yeux de ce qu'il faisait.
« Bien dormi ? »
Il y avait une note subtile de taquinerie dans son ton.
« Magnifiquement bien. »
Fyodor bailla, s'étirant sur les draps doux et appréciant la douleur de la fatigue musculaire d'une bonne nuit d'efforts.
« Qu'est-ce que tu fais ?
-Des tresses. Ma petite colombe me laisse toujours lui tresser les cheveux après une bonne nuit. Je ne vois pas pourquoi ce serait différent maintenant, expliqua Nikolai en faisant tournoyer les boucles. Ses cheveux sont si doux.
-Vous parlez beaucoup trop tous les deux, vous le savez ? », marmonna Sigma en un souffle, sa voix rauque de sommeil, ses yeux encore fermés et ne bougeant pas.
Nikolai rit, avant d'embrasser doucement le haut de ses cheveux déjà tressés en ce qui semblait être une couronne.
« Désolé de t'avoir réveillé, chéri.
-Ce n'est pas pardonné » Un œil gris s'ouvrit paresseusement pour se concentrer sur Fyodor. « Toi non plus, Fyodor, je pense que tu vas devoir te rattraper.
-Et comment je ferai quelque chose comme ça ?, demanda-t-il doucement, une expression malicieuse plaquée sur son visage.
-Hmm... », Sigma fit la moue en réfléchissant, comme si la question méritait beaucoup d'effort mental. « Je suis sûr que je trouverai quelque chose.
-J'en suis impatient. »
Nikolai gloussa, avant de câliner Sigma avec affection en faisant un clin d’œil à Fyodor.
« Nous le sommes alors. »
