Chapter Text
Lucy
Je sentais mon cœur qui ne cessait de battre à toute vitesse, mes mains étaient moites et tremblantes. Malgré les paroles rassurantes de Barnes, qui me jurait que Hugo Blake ne pouvait pas me voir à travers le miroir en tain, j’étais littéralement pétrifiée sur place. Le souvenir glaçant des hurlements et du meurtre d’Annabelle ne cessait de résonner dans ma tête. Je voulais me lever et m’enfuir mais quelque chose m’en empêchait. Ses yeux ne cessaient de me fixer avec une lueur sauvage et sadique, sa bouche bougeait comme s’il était en train de hurler quelque chose à mon intention dans la salle en face. Il se mit alors à tambouriner comme un fou contre la vitre et cette fois-ci, je réussis à me lever de ma chaise, complètement terrorisée. Je commençais à voir trouble et ma respiration était erratique. Il fallait que je sorte d’ici et que je retrouve les autres. D’ailleurs, où étaient-ils passés tous les deux ? Pourquoi étais-je toute seule dans cette pièce sordide ? Même Barnes me regardait d’un air étrange. Je ne pus m’empêcher de frissonner.
- Laissez moi partir, s’il vous plaît, suppliai-je d’une voix tremblante, me rapprochant peu à peu de la porte.
- C’est ton choix. Si tu ne veux pas nous aider, très bien. Mais sache qu’il sera libre d’ici deux heures tout au plus. Dis à tes amis de bien veiller sur toi, chère petite. Ouvrez la porte et laissez la partir. »
Je me ruais dans le couloir, essayant vainement de calmer les palpitations de mon cœur. Je voulais aller retrouver Lockwood et George, je voulais rentrer à la maison et dormir pour oublier tout ce qu’il venait de se passer. Je dévalais l’escalier central à toute vitesse, ne faisant fi des personnes qui s’y trouvaient. J’aurais pu dégringoler, dans ma hâte de sortir de ce bâtiment. De ce fait, je rata la toute dernière marche et je sentis deux bras puissants me rattraper. La panique, l’épuisement, eurent raison de moi et je perdis connaissance.
Lockwood
J’étais inquiet, ne sachant pas pourquoi Barnes voulait à tout prix parler à Lucy. Ce ne pouvait pas être bon. Je regrettais à présent d’avoir fait cette conférence de presse et de l’avoir ainsi mise sous le feu des projecteurs. J’oublie parfois à quel point elle est discrète et d’une certaine façon si réservée. Elle n’est pas du tout comme moi et c’est tant mieux. Au bout d’une demi-heure d’attente, je commençais à stresser, ma jambe ne cessant de tressauter et George était dans le même état que moi. Il ne cessait de me jeter des regards en coin, un air de reproche sur son visage anxieux.
- Nous n’aurions jamais du la laisser partir seule avec eux, dit-il alors en se levant. On devrait aller la rejoindre quoiqu’ils en pensent... »
J’allais répondre lorsque j’entendis des pas précipités et je vis Lucy, le visage en larmes, blanche comme un linge et toute tremblante dévaler les escaliers à toute vitesse. A cette allure, elle risquait de tomber à tout moment. Je m’élançai en bas des marches et ce que je redoutais arriva, elle rata la dernière marche. Heureusement, je réussis à la rattraper avant qu’elle ne s’écroule par terre. Sur le moment, elle me repoussa, l’air perdu avant de réaliser qui j’étais. Elle me regarda les yeux emplis de larmes, à bout de souffle, tenant mes bras d’une force que je ne soupçonnais pas. Que s’était-il donc passé là haut pour la mettre dans un tel état ? Elle ne cessait de trembler.
- Je veux rentrer à la maison… Je t’en prie, ramène moi à la maison… Je veux rentrer… me demanda-t-elle, la voix tremblante. »
Georges vint nous rejoindre et déposa son manteau sur elle pour la réchauffer. Elle était glacée.
- On rentre à la maison, tu vas prendre un bon bain chaud, je vais te préparer ton plat et ton thé préféré et tu pourras te reposer, lui dit alors Georges tandis que je la guidais en la soutenant par la taille jusqu’à notre taxi.
Je ne l’avais jamais vu dans cet état et cela m’effrayait, ne sachant pas comment me comporter pour l’aider au mieux. Je n’étais absolument pas à l’aise dans ce genre de situation. Je l’installai entre Georges et moi et elle posa sa tête contre mon épaule, les yeux fermés. Sa respiration était devenue plus sereine mais ses mains étaient encore si glacées et sa peau si pâle. Et tout était de ma faute. Georges avait raison. Nous étions une équipe, il fallait que j’apprenne à prendre en compte leur avis et ne pas faire les choses dans leur dos.
Lucy
Il était là et il m’attendait dans ma chambre, le regard mauvais, un couteau à la main. Je voulais repartir mais la porte se referma devant moi d’un claquement sec. Je me mis à tambouriner dessus et à appeler à l’aide mais la maison resta silencieuse. Ils m’avaient donc laissé toute seule ? Je me retournais pour faire face à mon pire cauchemar. Je cherchai d’une main le collier avec la bague d’Annabelle autour de mon cou mais il ne s’y trouvait plus. Ce n’était pas possible ! Pourquoi me l’avait-on retiré ? J’aurais pu m’en servir contre lui. J’étais complètement désarmée, impuissante. Les larmes me montaient aux yeux mais je ne voulais pas lui donner cette satisfaction aussi je tentai de me reprendre, tant bien que mal, espérant que Lockwood et Georges reviendraient assez vite pour me sauver. Il fut tellement rapide que je ne pus anticiper ses réactions. Il se jeta sur moi, me renversant par terre, positionnant le couteau sous mon cou. Le poids de son corps m’écrasait complètement, m’empêchant de bouger et de respirer normalement. C’était une chose de se battre contre des fantômes, ça en était une autre de se battre contre un être humain. Sa main libre se referma alors sur mon cou et il se mit à serrer de plus en plus fort. Ma vision commençait à se voiler et c’est alors que je la vis. Son visage m’était étrangement familier. Elle flottait au dessus de nous, le visage si triste. Elle avait de magnifiques yeux noirs et ses cheveux bruns bouclés tombaient en cascade sur ses épaules. Elle portait une robe d’été, bleu turquoise avec un pendentif assorti.
- Ce n’est qu’un cauchemar Lucy, me dit-elle alors en me tendant la main.
Le poids sur mon corps se dissipa et l’homme disparut comme par magie. Le soleil commençait à se lever, je pouvais en voir les lueurs à travers les rideaux.
- Qui êtes-vous ? Demandai-je aussitôt, sachant qu’elle allait bientôt disparaître dès le jour levé.
- Il faut que tu te réveilles Lucy, ce n’est qu’un cauchemar. Je viendrai bientôt à toi, je te le promets. »
J’avais la sensation d’être secouée dans tous les sens et ce n’était vraiment pas agréable. J’entendais des voix que je réussis à reconnaître comme celles de Lockwood et Georges. Evidemment… Donc j’étais bien à la maison. Je réussis peu à peu à ouvrir mes yeux et je fus un instant complètement aveuglée par la lumière. Le temps de m’habituer, je plongeai dans le regard terriblement inquiet de Lockwood. Je le vis alors m’adresser son merveilleux sourire, celui dont je ne me lassais jamais de voir.
- La belle au bois dormant se réveille enfin ! Tu nous as fait peur, tu sais, dit-il en s’asseyant au bord du lit.
- Je vais préparer le petit-déjeuner, s’empressa de dire Georges avant de refermer la porte, nous laissant seuls tous les deux. »
C’est alors que je réalisais que je n’étais pas dans ma chambre mais dans celle de Lockwood. Je pouvais sentir son doux parfum dans les draps chauds et moelleux.
- Tu faisais un terrible cauchemar, commença-t-il à expliquer, le visage un peu rouge. J’ai essayé de te réveiller mais il était tenace. Tu veux bien me dire sur quoi c’était ?
- J’ai bien senti qu’on me secouait comme un prunier...Hugo Blake...Il revenait pour me tuer, répondis-je aussitôt, laissant de côté la partie fantôme volontairement. Je ne sais pas pourquoi mais quelque chose me disait que je ne devais pas en parler pour le moment. Et puis au fond, ce n’était qu’un cauchemar, n’est-ce pas ?
Toutefois, en descendant prendre le super petit déjeuner que m’avait préparé George, le souvenir vivace de ce visage ne cessait de me hanter. Pourquoi était-elle là ? Qui était-elle ? Et surtout, le plus important, elle n’était pas comme les autres fantômes, plein de ressentiment, de colère et de rage. Elle n’était que douceur et tristesse. Et elle voulait m’aider mais pourquoi ? À quoi ? Avait-elle été elle aussi une victime de Blake ? Comme l’avait certainement été Annabelle ? Ou était-ce tout autre chose ?
En passant devant la porte interdite, un vent froid me glaça sur place, mon coeur se serra. Lockwood me regarda en bas des escaliers, surpris par ma réaction. Sachant le sujet sensible, je me repris et les rejoignis dans la cuisine où de merveilleuses odeurs de pain grillé, de muffins et donuts me firent oublier la sensation désagréable pour un moment. Mais pour un moment seulement.
