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Les vestiaires sont calmes. Ils sont même anormalement calmes. Christophe Giacometti les a rarement connus aussi calme. D’ordinaire, il y a toujours les cris de Yakov qui a mille et un reproches à faire à ses patineurs (Victor et Georgi bien en tête) ; il y a un ou deux coachs qui lui demandent s’il n’a pas vu leur poulain ; les pitreries bruyantes des jumeaux Crispino... il y a toujours du bruit et de l’agitation. Pas aujourd’hui. Aujourd’hui, Chris peut se poser tranquillement dans les vestiaires et s’allonger sur les bancs car personne d’autre ne s’y trouve. Pas qu’il ne l’aurait pas fait d’habitude, s’allonger.
Cette douce et paisible tranquillité, il suffit qu’il commence à y penser pour qu’elle disparaisse. Derrière lui, la porte grince dans ses gonds. Le patineur suisse grimace au son. Il ne se relève pas mais se tortille sur son bout de banc pour voir de qui il s’agit. Chris roule des yeux quand il reconnaît son adversaire, et ne le salut pas, et ne lui dit absolument rien.
« Uh... sa-salut. »
Christophe émet un grognement. Tout son manque d’entrain est audible dans sa façon de faire et d’être allongé, une main sur le ventre et l’autre sous la tête. Loin d’être stupide, l’autre comprend qu’il dérange par sa présence pas plus souhaitée que ça. Il se tortille, passe d’un pied à l’autre et est mal à l’aise comme rarement il l’a été... en public. Il s’autorise généralement à se montrer aussi vulnérable seulement lorsqu’il n’y a pas de témoin autour de lui. Surtout pas ce genre de témoins.
« Je peux te demander un ser-service ? »
« Ça dépend. C'est quoi ? »
C’est une demande particulière, considère l’européen, même s’il n’en connaît pas encore les tenants et les aboutissants. Ce n’est pas le genre de choses que ce gamin viendrait lui demander en temps normal. Il ne lui demande rien, en temps normal, c’est simple. Chris commence à se redresser. Ses jambes basculent sur le côté et il s’aide de ses bras pour se remettre assis. Il tourne la tête vers son locuteur qui lui répond au même moment.
Chris entend chacun des mots du canadien avec une demi-seconde d’avance.
« Tu peux m’aider à me maquiller, s’il-te-plaît ? »
« Qu’est-ce qui t’es arrivé ? »
« Tu peux m’aider à me maquiller ? »
Chris se lève en quatrième vitesse et court vers Jean-Jacques Leroy. Il n’y a pas une grande différence de taille, entre eux, quelques centimètres même pas. Ça lui permet d’avoir une vue parfaite sur le vilain œil au beurre noir qu’a son profil droit, les coupures sur son nez et sa lèvre, les bleus sur sa mâchoire et sa pommette droite. L'aîné des deux examine l’état du second et se pose vingt questions à la seconde.
« Qu’est-ce qui s’est passé ? » Il lui redemande, plus doux cette fois, moins pressant.
« Est-ce que tu peux m’aider à me maquiller ? »
Soupir. « Si tu me dis ce qui t’es arrivé. »
« Non. » JJ refuse.
L’éternel médaillé d’argent, le perpétuel second derrière Victor Nikiforov, pousse un second long et profond soupire. Rien n’est jamais simple, dans la vie, et aujourd’hui ne va pas faire exception. Une main posée sur la joue meurtrie du canadien, il plante son regard dans le sien et... ne... dit rien. Il réfléchit. Il cherche ses mots. Il cherche les mots qui le feront se sentir assez en sécurité pour expliquer l’histoire derrière ces marques.
Sans rien dire, le menton de JJ entre le pouce et l’index, il tourne le visage meurtri pour l’examiner sous un autre angle. Jean-Jacques laisse transparaître un gémissement douloureux pendant que, lui, se dit que l’angle et la lumière n’y changent rien. Ça a toujours l’air terrible.
« Tu veux bien m’aider ou pas ? »
« Si tu me dis ce qui s’est passé et qui t’a fait ça. » Il ne démord pas.
On ne viendra pas dire que Jean-Jacques Leroy est une petite nature ou quelqu’un d’indécis et qui ne sait pas ce qu’il veut. Il semble avoir décidé de ne pas s’expliquer et ne va pas changer d’avis, même si ça peut vouloir dire ne pas recevoir l’aide demandée. Chris comprend son erreur de calcul, et sa mauvaise stratégie même, lorsqu’il voit le canadien tourner les talons et sortir du vestiaire.
De nouveau seul, Chris jure. Il n’aurait peut-être pas dû être aussi catégorique. Il n’aurait peut-être pas dû poser de telles conditions. Ça ne le regarde pas, après tout, ce qui a mis JJ dans cet état. Ça ne le concerne que lui. C'est juste que... il y avait tellement de blessures partout sur son visage. Aucune partie n’a été épargné ! Il ne semble pas s’être soigné, en plus, tout au plus a-t-il dû passer de l’eau sur son visage pour nettoyer les plaies et retirer le sang collé à sa peau. Les jeunes font ce genre de bêtises : minimisent sans cesse leurs blessures, convaincus que leur jeunesse leur confère une certaine invulnérabilité.
La salle de pause est calme. Très calme. Vide aussi. Forcément, ça aide à avoir la paix. Installée sur une chaise, les pieds sur la table et Netflix lancé sur sa tablette, Mila Babicheva profite que l’attention de son coach soit concentrée sur les seniors masculins pour se mater une petite série. Elle a accumulé un retard monstrueux, y compris sur des titres qu’elle adore et dont elle avait binge-watché la première saison. Alors en attendant le début des programmes Courts de ses pairs, elle se repose et se concentre, une fois n’est pas coutume, sur autre chose que le patinage.
Quelqu'un entre.
La patineuse grogne de mécontentement. Matt était en train de convaincre Foggy de prendre Frank Castle, aka The Punisher, comme client ! C'est carrément pas une scène qu’on peut couper et mettre sur pause, ça. Pourtant elle a dû mettre sur pause. Tout ça parce que quelqu’un s’est souvenu, comme elle, qu’une salle de pause : c’est la vie.
Mila espère qu’elle pourra reprendre son épisode. Elle croise les doigts pour que ça ne soit pas quelqu’un qui veuille parler, socialiser, faire ami-ami. Elle n’a rien contre ça, le fait d’être sympa c’est sympa parfois... mais pas tout le temps et certainement pas maintenant. La russe ne veut pas communiquer, rire, plaisanter avec un autre être humain. Elle veut voir Daredevil s’en prendre plein la tronche quand il n’est pas en train de se castagner contre l’un et l’autre.
La patineuse re-grogne. Jean-Jacques Leroy. A tous les coups il va vouloir parler, celui-là. Il aime beaucoup trop le son de sa putain de voix pour ne pas vouloir parler. Elle le soupçonne de ne même pas nécessairement avoir besoin que l’autre personne lui réponde pour tenir une conversation. C'est le genre de connards qui fait très bien les questions et les réponses tout seul, comme un gland.
Et non, ce n’est pas sa fourche qui a langué.
« Salut. »
« Lut. » Elle répond.
« Ça... ça va ? »
« Ça va. »
Voilà, elle en était sûre ! Il veut parler et il va parler. Ce gars en a rien à foutre des autres et il ne va même pas capter qu’il l’empêche de continuer sa série. Peut-être que si elle propose qu’ils regardent ensemble, ça va le faire taire ? Non. Elle élimine vite cette idée. Soit il a déjà vu tout Daredevil et dans ce cas-là, Mila en est certaine, il va tout commenter à coup de “oh, oh, tu vas voir, la scène d’après, elle est géniale !”, de “on entre dans un moment relou” et de spoils. Soit il n’a encore rien vu de la série et elle va devoir lui expliquer l’origin story de Daredevil, la saison 1 et les premiers épisodes de la saison 2... puis quand même encore devoir se farcir ses questions et ses réactions de stupide JJ. Soit, gros gros hasard, il a déjà vu la saison 1, a tout juste commencé la seconde et en est exactement à l’épisode auquel elle se trouve... et, dans ce cas, elle l’entend déjà rire « c’est énorme comme coïncidence hein, ah ah ah génial ! ».
Brr.
« Dis je... je suis désolé de t’interrompre... » Pff. Comme s’il était désolé, tiens. Désolée mais elle n’est pas dupe. « Je ne serais pas long, promis. Je... promis. Je te laisserais vite reprendre ta série. » Il jette un œil à son écran et esquisse un sourire. « T’es à un moment génial, en plus, donc ouais... carrément je... vais pas t’embêter. »
« C’est clairement trop tard. » Mila marmonne entre ses dents, suffisamment fort pour que JJ l’entende. Mais au moins ça répond à ses questions intérieures : cet enfoiré a trouvé le temps d’être à jour dans la série. Comment fait-il, elle l’ignore. Ça l’a fait encore plus chier, en fait.
Il rougit et baisse les yeux. « Désolé. Je... je voulais juste te demander un service mais je... j’vais trouver quelqu’un d’autre. »
Elle secoue la tête. C'est fou ce qu’il n’est pas crédible en tant que mec docile et mal assuré. Chez Katsuki oui, pas de soucis. Mais chez JJ ? C'est comme si Victor faisait semblant de ne pas être sûr de son patinage ! « Qu’est-ce tu veux ? »
« Tu peux me maquiller ? S'il-te-plaît ? »
Mila tique, bloque, bugue. Quoi ? Jean-Jacques Leroy ne se maquille pas. C'est quoi cette nouvelle lubie qu’il s’est inventé, ce branquignole, encore ? Elle soupire.
« Non. Yura me tuerait s’il savait que je t’avais aidé d’une quelconque façon. » Elle rapproche son doigt de sa tablette, prête à reprendre son épisode. « Et il trouverait un moyen de faire disparaître mon corps si, en plus, tu arrives à le battre. »
« Je ne le battrais pas. »
Et voilà en plus de la fausse modestie. Mila serre les poings. Il l’énerve ! « J’estime que tu as à peu près 50% de chance de le battre. »
« C’est gentil. Mais non. » Il soupire. « Je vais... te laisser. Bon... bon épisode. Bon visionnage ? Je... à plus. »
« C’est ça. Bon vent ! » Elle le chasse d’un signe de main dédaigneux qu’elle a piqué à Yuri (et qu’il a lui-même piqué à Victor). Ses sourcils se froncent brièvement. Elle jurerait l’avoir vu boiter et le visage partiellement gonflé. Mila secoue la tête. Ça doit être elle qui a rêvé. Elle n’est pas Foggy qui découvre d’étranges et anormales blessures sur quelqu’un qui devrait péter le feu et non avoir une allure de boxer qui s’est fait laminer.
Elle n’est même pas Foggy du tout. Elle n’en a rien à secouer, de JJ, après tout !
Dehors malgré le vent, dont il cherche tant bien que mal à se protéger avec le col de sa veste trop légère pour la saison, Georgi ne veut pas retourner à l’intérieur. Pas avant d’avoir terminé cette conversation et raccroché ! L’homme ne remarque pas, trop concentré sur la discussion en cours et les mots de son locuteur, que quelqu’un d’autre sort et le rejoint timidement. Le monde réel l’atteint à peine.
« Anya, écoute, je... » Il arrête. C’est lui qui écoute. « Non. Non, ça ne... » Il n’a pas l’air d’aimer ce qui se dit. « Ah. C’est comme ça que tu vois les choses, toi ? » Il fronce les sourcils. « Non. Ce n’est pas comme ça que moi je les... »
Le patineur russe finit par apercevoir une ombre qui se dessine et se faufile derrière lui. Il se retourne, brusque, pour voir de qui il s’agit. Un œil à la couleur de la veste lui suffit. Non seulement il identifie celui qui s’approche furtivement mais, en plus, il analyse le degré d’importance... nul. Ce n’est pas quelqu’un digne de son intérêt, et encore moins digne qu’il interrompe un échange aussi vital que celui qui se joue actuellement. L'état d’esprit et le cheminement des pensées de son aîné est limpide, même pour le Canadien égocentrique.
Jean-Jacques Leroy a les yeux baissés, rivés sur le bout de ses baskets, et hésite à parler. Christophe Giacometti était sa meilleure chance et il a exigé des explications en échange de son aide. Mila Babicheva était contre simplement car ça allait faire péter un plomb à Yuri Plisetsky ; et un peu parce qu’elle voulait continuer sa série. Il se demande si ça vaut la peine de tenter de demander à une troisième personne. Ses concurrents ne l’apprécient guère. Il n’y a pas de raison qu’ils acceptent de l’aider. Il serait temps qu’il cesse de croire en de telles possibilités.
« Georgi ? » Il tente quand même.
Qui ne tente rien n’a rien.
Il n’aurait pas dû tenter. Georgi, le portable toujours vissé à l’oreille, se tourne vers lui et le toise d’un air méprisant.
« Non, je suis avec personne. » Il dit au téléphone, foudroyait JJ au passage. Ce n’est franchement pas le moment et l’autre gosse ne le comprend même pas. Georgi n’a pas besoin de parler à haute voix pour faire comprendre son idée : qu’est-ce que JJ veut, et qu’il se magne à le dire.
« T-tu voudrais bien me maquiller ? » La plus jeune demande sans tourner autour du pot. Il sent venir le refus à vitesse grand V et le pressent plus douloureux que les deux premiers. Plus douloureux que les coups reçus, aussi.
Le russe roule des yeux et le chasse d’un geste de main, exactement comme on le ferait avec une mouche qui ne cesse de nous tourner autour. Le dédain du geste est accentué par les mots que JJ entend et qu’il comprend. Son ventre se serre, se tord et il court un peu plus loin afin de vomir le faible contenu de son estomac. Le regard, et les sourcils froncés, du plus âgé lui échappent cette fois encore. Il peut toutefois encore l’entendre.
« C’est juste Leroy qui veut me faire perdre du temps. Anya... s’il-te-plaît... tu sais qu’il n’est pas important... »
La gorge nouée, encore barbouillé, Jean-Jacques ne sait plus vers qui se tourner pour demander de l’aide. Chacune de ses tentatives se solde d’un échec plus douloureux que le précédent/ il préfère éviter de savoir comment sera le quatrième.
Il passe devant un autre vestiaire. Il doit être occupé, à en juger la musique qu’il entend résonner à tue-tête. Le Canadien ne sait pas qui s’y trouve mais il tente encore sa chance. Un dernier essai qu’il avortera dans l’œuf lorsqu’il saura enfin de qui il s’agit. Oui. Il y a des chances pour que ça se passe comme ça. Il tente encore le coup malgré tout et frappe à la porte.
« Yép ? »
Quand il ouvre et trouve Sara Crispino, qui le regarde, Jean-Jacques sait qu’il ne demandera rien à l’italienne. Pour la raison totalement inverse aux trois autres : il craint, cette fois, qu’elle puisse accepter. Si jamais elle lui dit oui... JJ préfère ne pas penser à ce que sera la réaction (excessive) de son frère lorsqu’il l’apprendra. Michele Crispino l’inquiète et le met mal à l’aise !
« Oh la vache ! » Elle s’écrit et va tout de suite vers lui. « Qu’est-ce qui t’es arrivé, JJ ? »
Comme Christophe avant elle, Sara prend le visage du plus jeune en coupe et le tourne, le retourne, pour l’examiner sous tous les angles. Ses doigts s’approchent des coupures, et font se tendre JJ d’appréhension. Elle s’arrête juste avant. Pareil avec son œil. Sara ne touche pas aux blessures visibles. Malgré l’examen, le Canadien se détend peu à peu et ne pense plus au frère de la patineuse.
Pour l’instant.
« Tu t’es fait examiner ? »
Il secoue la tête. « C’est rien. »
Le pouce de la jeune femme effleure sa joue meurtrie avec douceur. « J’appelle pas ça rien, JJ. »
Lui déglutit, pris d’un frisson. Il ne veut pas montrer combien le geste lui fait mal autant qu’il le touche. Elle le comprend toute seule, cependant, puisqu’elle retire sa main. Sara reste proche de l’Américain. Trop au goût de JJ qui craint l’arrivée d’un Michele Crispino surprotecteur vis-à-vis de sa sœur.
« Qu’est-ce que je peux faire ? » Elle lui demande.
Son visage se décompose, au Canadien. C'est-ce genre d’offre qu’il avait besoin, et envie, d’entendre depuis le départ. Il ravale ses larmes. Boy’s don’t cry. Lorsque Sara lui repose la même question, d’une douceur étonnante, loin des cris habituels des deux italiens exubérants auxquels ils sont habitués... ça se complique un peu plus pour ne pas craquer. Il inspire un coup... et baisse les armes. Il va tenter de lui demander aussi, au final. Il y a enfin quelqu’un qui n’en a pas rien à faire !
« Tu pourrais m-m'aider à me maquiller ? P-pour cacher ça ? »
Sara pince les lèvres et Jean-Jacques soupire. Même elle va lui refuser cette demande. Qu’a-t-il fait pour mériter ce traitement de leur part à tous ? Surtout qu’il doute qu’ils se consultent entre deux.
« On va demander à Micky. »
« N-non. C’est rien. Oublie. »
Pourquoi la patineuse, qui veut s’émanciper de l’aura protectrice de son jumeau, fait-elle ça ? Un non aurait suffi plutôt que lui faire miroiter un miracle ? Michele ne va jamais accepter ! Il pète déjà un plomb quand on dit bonjour à sa sœur ou quand on l’étreint. La laisser faire ça pour lui ? Quelle idée stupide. L’italien va le tuer pour juste y avoir pensé !
Elle esquisse un sourire. JJ ferme les yeux. Sa gentillesse n’était que pure feinte, faite pour l’amadouer pour mieux l’écraser ensuite. Comme prévu... chaque refus fait plus mal que le précédent.
« Je maquille très très mal. » Elle dit plutôt. « C’est Micky qui s’en occupe pour moi. » Sara repose une main sur la joue du patineur blessé et la caresse du pouce. « Et sourit, JJ. JJ Style... JJ Style, JJ. »
Il en esquisse enfin un, de sourire. Ça tire sur sa lèvre amochée. Il en grimace de douleur. La seconde le réalise. Comme elle le ferait avec Micky ou Emil, elle le rapproche pour le prendre dans ses bras. Bon sang, ce que ça fait du bien ! Une étreinte et de la chaleur humaine, précisément ce dont il a besoin. Ça aide à ne pas se sentir qu'indésirable. Comme toutes les bonnes choses dans sa vie... ce moment ne dure pas.
Quelqu'un entre dans le vestiaire, l'attrape par les épaules et l'éloigne en vitesse de Sara. Ça commence à lui crier dessus, en italien par au-dessus de la K-pop qui retentissait déjà. JJ reste à distance. Il se rapproche même, à petit pas, de la sortie. On l'attrape. Deux mains l'attrapent, chacune d'un côté. Sara à droite, Michele à gauche. Elle délicate dans sa prise, lui plus ferme et à la limite agressif.
« Qu'est-ce que tu faisais à ma sœur, stronzo ! »
Sara grince des dents et en veut à son frère qu'elle assassine du regard. Elle contourne rapidement Jean-Jacques, qui s'avère être excessivement mal à l'aise d'être entre les deux frangins, et elle donne un coup dans le poignée de Michele pour lui faire lâcher le Canadien.
« On a voulu m'agresser hier. Il s'est interposé et a pris des coups. J'étais juste en train de le remercier et de lui proposer que tu le maquilles, pour cacher tout ça pour son programme. »
Le patineur Italien s'arrête. Sa bouche stupidement entrouverte de stupeur, il regarde sa sœur qui ne lui a pas parlé de ça hier soir, quand ils sont sortis manger. Il dévisage ensuite l'agaçant Canadien. Il grimace. Il a une sale gueule, l'amerloque. Le style ne lui va pas. Michele souffle. Il lève les mains en l'air, l'air de vouloir faire comprendre à sa jumelle qu'il va se tenir calme.
« Merci d'avoir aidé Sara, mec. »
Derrière lui, Sara lui fait un clin d’œil de connivence. Leur petit mensonge n'a pas besoin d'être ébruité. Tant que Michele ne sait pas que la vérité a été légèrement trafiqué, ça va. Ils n'ont rien à craindre. L'Italien, comme sa sœur juste avant lui, examine à son tour le visage blessé. Ses gestes sont à mi-chemin entre ceux de Christophe et ceux de Sara. Il grimace.
« Tu t'es fait examiner ? »
JJ répond d'un signe de tête. Sa réponse est toute aussi négative que pour Sara.
« Tu devrais faire voir ça à quelqu'un. » Il dit, son doigt tout près du nez blessé. « Je t'amène à l'hosto après les Courts, OK ? »
« N-non. Pas la peine. Merci. »
Il se prend un regard noir. « Je t'amène à l'hosto après les Courts, OK ? » Il répète, mot pour mot.
Juste derrière Michele et Jean-Jacques, Sara esquisse un sourire. Elle est fière d'elle. Elle a su activer le mode protection de son frère, et ne pas en être la bénéficiaire ! Le plus jeune d'entre tous rougit. Il n'est pas à l'aise parmi ces trois-là. Il serre les lèvres et frissonne lorsque l'autre effleure sa pommette bleuie et meurtrie.
« C'est pas pour t'embêter que je dis ça. Mais ce serait vraiment mieux si un pro t'examinait. » Soupire Micky. « Et après les Courts c'est déjà tard, je trouve. Vu contre qui tu patines... si t'es pas au top, c'est mort. »
Le Canadien baisse les yeux. Il est douloureusement conscient que son rêve de victoire, qui s'annonçait déjà difficile au départ, lui est devenu impossible. On ne patine pas contre Yuri Plisetsky, Christophe Giacometti, Yuuri Katsuki, Michele Crispino et Otabek sans être à son top niveau. En terme de performance, des cinq autres qualifiés cette année, le Suisse a été le pire. Et le pire de Giacometti c'est déjà l'idéal d'un très grand nombre.
« Je sais. » Il reconnaît à voix haute.
Les Crispino en sont aussi désolés l'un que l'autre. Même sans apprécier le patineur nordaméricain, et son assurance qui frôle la crasse arrogance, il est un adversaire plaisant à affronter. Des performances physiques et un talent artistique certains, il a des programmes qui savent optimiser le tout. JJ représente toujours un certain challenge... mais ça ne sera pas le cas aujourd’hui.
Michele passe un bras autour de la taille de Jean-Jacques Leroy. Il ne le touche pas mais dirige la trajectoire qu'il prend. Il le fait aller vers le banc au milieu, entre les premières rangées de casiers, puis l'incite à s'y asseoir. L'air soulagé qu'affiche son cadet, sitôt qu'il n'a plus à se tenir debout, le pousse à davantage s'inquiéter, pour ses chevilles principalement. Pour l'une d'elle, déjà, en tout cas. C'est pas bon ça. Pas bon du tout. Les frangins se jettent un regard. Ils partagent le même avis et la même inquiétude. Si jamais ils avaient raison... JJ prend beaucoup trop de risques à patiner, tout à l'heure.
« Ton pied te fait mal ? »
« Non. Je suis juste... soulagé. Que quelqu'un ait accepté de m'aider. »
Micky fronce les sourcils. « Si tout ce qu'on te demande c'est qu'on te maquille ça, je vois pas qui dirait non. » Le Canadien baisse la tête. « Qui t'a dit non ? » On s'étonne.
« Chris. Mila. Georgi. »
L'Italien grimace. « Les Russes, j'te jure... mais Chris ? »
« Il voulait que je lui dise ce qui s'était passé en échange. »
L'autre acquiesce. Il capte d'où vient le soucis. Il peut comprendre que les côtés bornés de l'un comme de l'autre aient pu ne pas savoir s'accorder pour cette fois. Michele rejette un œil sur les blessures du Canadien. Il regarde sa sœur d'un œil méfiant. Elle a été trop rapide à lui parler de son agression et a l'air trop innocente pour être crédible. Il va ouvrir son casier, cherche dans une des poches de son sac à dos et sort une trousse. Il s'installe à cheval sur le banc, près de JJ, puis commence à tout déballer et lui explique ce qu'il envisage de faire.
« Comme tu te maquilles pas d'habitude, on va pas partir sur un truc trop voyant et plutôt rester naturel. Ça serait bizarre sinon et on se demanderait pourquoi ce revirement. » JJ est d'accord avec tout ça. Michele grimace. « Par contre, je te ds tout de suite, je risque de te faire mal par contre. Je vais surtout être sur tes blessures et le simple fait de les effleurer, tout à l'heure, te faisait mal... »
« Désolé. »
« C''est pas ta faute. » Michele hausse les épaules. « Mais dis-moi quand ça fait mal. Je te laisserais souffler un peu puis j'essaierais de moins appuyer. OK ? »
« Merci... et désolé. »
L'Italien prend le parti de ne pas le reprendre une nouvelle fois sur ses excuses, même s'il n'en pense pas moins et ne s'attendait pas à ce que JJ en présente autant. Il commence son travail. À plusieurs reprises, comme attendu et comme promis, Michele interrompt son maquillage pour laisser un instant de répit au plus jeune... qui ne lui demande pas une fois de le faire et se contente de serrer les dents. Le premier explique toujours ce qu'il s'apprête à faire et à mettre sur sa peau. Il espère, tout au long du process, que JJ ne sera allergique à aucun produit.
La porte du vestiaire s'ouvre d'un grand fracas. Les deux hommes sursautent, la patineuse ne se moque pas d'eux bien longtemps quand elle voit son frère qui donne un coup dans le nez, déjà bien amoché, du Canadien. Michele fusille du regard le responsable de ce désastre... et d'autant plus lorsqu'il le voit sauter derrière Sara pour l'étreindre et leur sourire, l'air de rien.
« Micky ! JJ ! Je m'attendais pas à te voir là. Pas toi, Micky, hein. Je parle à JJ. » On sourit, les bras toujours autour de Sara. On ignore à merveille le frère de cette dernière qui voit rouge et ronge son frein. « Pas que je sois pas content de te voir, hein, mais t'es prévisible. JJ est pas trop du genre à traîner avec les autres, d'habitude. »
« C'est pas comme si ça dépendait de moi. »
L'autre fronce les sourcils, le temps de passer de l'anglais au tchèque, de comprendre le sens du murmure et le poids des mots choisis. Il le fait sans jamais lâcher Sara, qui s'amuse de plus en plus de la tête de son frère. Elle comprend qu'Emil aime tant jouer avec ses nerfs !
« Oh... oh... aaawww... » Il grimace. « Désolé, mec, si on a tous été des bâtards. » Il pose son menton sur l'épaule de l'Italienne, qui roule des yeux face à ce cirque. Ça ne l'empêche pas de lever les mains pour tenir celles de son câlineur, qui sourit à ce geste... ainsi qu'à la réaction de Micky.
Soucieux de ne pas faire d'esclandre, pour une fois, Michele expire bruyamment puis reprend sa séance de maquillage/camouflage. L'intrus fronce les sourcils. Depuis quand JJ a-t-il décidé de se maquiller ? Et pourquoi est-ce à Micky de le faire ?
Il décide (enfin) de libérer Sara de son interminable étreinte tentaculaire et s'approche des deux hommes. Il se baisse près du banc et les scrute avec attention.
« Tu fais chier, Emil. » Siffle, et s'interrompt de nouveau, Michele. « Qu'est-ce que tu veux ? »
La tête penchée sur le côté, le patineur Tchèque, présent simplement pour assister à la Finale, se concentre surtout sur Jean-Jacques Leroy. Il tend une main vers lui mais, contrairement à la façon dont il s'est conduit avec l'Italienne, il ne le touche pas. Sara lui a dit qu'elle aimait bien ses câlins et ses étreintes en tout genre donc pas de soucis... mais Emil peut encore voir l'air trop surpris pour être normal du Canadien à l'étreinte de Katsuki, à Moscou, pour la Rostelecom, l'année précédente.
« Ça va ? »
« Emil, si tu nous fous pas la paix dans cinq secondes, je vais tellement t'en faire baver que rester avec moi reviendra, pour toi, à faire du sport extrême. » Il siffle.
« C'est pas à toi que je parle. » Assène le Tchèque. « JJ ? T'as besoin que j'aille chercher le médecin de la patinoire ? »
D'agacé et renfrogné, Michele passe à amusé et touché. Emil est formidable (mais hors de question qu'il le dise à voix haute). Il esquisse un sourire devant la surprise de Jean-Jacques. Le Tchèque est d'une rare perspicacité et comprend bien les gens en général. C'est la raison pour laquelle il joue aussi bien avec sa patience, après tout. Emil sait sur quels boutons il lui faut appuyer, et quels leviers actionner, pour l'ennuyer sans dépasser les bornes.
« Pourquoi tu demandes ça ? » L'Italien avait pourtant l'impression de pas avoir fait un travail trop dégueulasse et d'avoir assez bien camouflé les blessures. Là il comptait harmoniser l'ensemble.
« Il manque de... ah... » Il cherche les mots, une comparaison qui convienne. Il claque des doigts quand ça fait tilt. » JJ Style. »
OK. Tout ça pour ça. Tout ça pour en arriver là. Ça frise le ridicule. Mais le plus jeune (mon dieu mais qu'il est vraiment jeune en fait) esquisse un sourire suite aux pitreries du Tchèque. Emil a malgré tout l'air vraiment inquiet pour JJ et de vraiment s'en faire pour lui. Le Canadien n'en a pas conscience. Michele essaie donc de repousser Emil, tout en le rassurant, afin de pouvoir reprendre son travail sur le benjamin.
« Comment un excité comme toi peut avoir la patience de maquiller ? Ça me fascine à chaque fois. » Commente Emil, en se penchant en avant et les regardant avec attention.
JJ lui jette un coup d’œil. Depuis que son ami a fait son entrée fracassante, Michele sent Jean-Jacques moins crispé sous ses doigts. Aussi pénible le trop plein d'énergie de Nekola puisse être, c'est aussi une très bonne chose quand il s'agit de détourner l'attention.
« Vous êtes amis, en fait ? »
La question surprend les deux européens pour qui la réponse semblait pourtant évidente. Il se regardent.
« Euh... ouais ? T'avais pas compris ? »
« Mais Michele passe son temps à te râler après et te hurler dessus. »
Emil ricane. « Ouais. Mais c'est son mode par défaut, à ce schtroumpf grognon, faut pas faire attention. En vrai il est gentil. »
Le Canadien a l'air encore plus perdu, et ça le rend plus jeune qu'il ne l'est en réalité. Emil en profite pour s'infiltrer dans la brèche. Il commence à faire toute une conférence sur Michele, son mauvais comportement qui peut donner de mauvaises impressions, sur la bonne façon de lire Micky et ses différents points faibles. Finir de maquiller Jean-Jacques n'a jamais été aussi facile ! L'Italien tend à JJ un petit miroir, une fois le travail terminé, afin qu'il puisse voir le résultat.
« Wow. C'est... c'est génial. M-merci. »
« Quand tu veux. » Michele lui sourit. Il est tenté d'ébouriffer les cheveux du Canadien mais ils ne se connaissent pas assez pour qu'il se permette cette familiarité. Il range son matériel et se remet debout. Il s'empresse d'étirer ses jambes. Il n'a pas l'habitude d'une telle immobilité. « J'ai la dalle. »
Ça a l'effet d'une formule magique. Emil et Sara courent tous deux vers la porte, affamés eux-aussi. Sur le point de sortir avec les deux morfales, Michele s'arrête quand il voit que JJ n'a pas bougé d'un pouce. Il n'a pas encore éliminé la possibilité que JJ soit blessé à une jambe... mais il ne pense pas que ce soit ça qui le retienne pour le moment.
« Tu viens ? C'est moi qui régale. »
« Euh, je... je vais pas m'imposer. Tu as d-déjà fait beaucoup. »
Michele roule des yeux. Il revient sur ses pas pour revenir près de JJ en quelques grandes enjambées. Il lui donne un petit coup dans l'épaule, pour l'encourager, et lui sourit. Il manque la grimace qui suit son geste.
« Viens. » Il l'invite.
« Mais... »
« Tu sais... Emil dit beaucoup de conneries mais c'est vrai quand il dit qu'en fait je suis sympa. » D'un signe de tête, l'Italien montre les deux autres, à la porte, qui sourient d'un air encourageant. « Tu te ramènes ? »
Michele commence à sourire quand il voit que JJ se remet debout. Il va les accompagner ! Il est content que le plus jeune ait si facilement changé d'avis. Il ne se serait pas vu insister plus que ce qu'il a déjà fait. Alors qu'ils se dirigent, tous les quatre, vers la sortie de la patinoire, JJ se tient en retrait des autres. Sara, Emil et Michele sont un peu trop fidèles à eux-même. Ils n'arrêtent pas de se pousser les uns les autres, de se taquiner, de se crier dessus avant de rire à gorge déployée. C'est impressionnant qu'ils aient su trouver quelqu'un d'aussi énervés qu'eux le sont.
En chemin, ils croisent Christophe Giacometti, son entraîneur et son chorégraphe. Le Suisse fait pour appeler le Canadien ; il pense à faire marcher arrière et accepter sa requête même sans savoir ce qui est arrivé. À la vue du visage net du plus jeune, il s'arrête. JJ a trouvé quelqu'un pour le maquiller, on dirait. Quand il voit Emil et les jumeaux qui s'arrêtent dans le hall et regardent vers JJ, l'air de l'attendre, Chris à ses réponses.
Comme s'y est attendu Michele, et ça ne l'empêche pas de quand même être déçu que ses prédictions soient justes, le programme Court de JJ n'est en rien représentatif de tout le travail fourni cette saison ni de son niveau habituel. Après avoir raté ses deux premiers quadruples, Jean-Jacques décide de déclasser les autres en triples. Même ça ça reste trop. Il tombe une fois, rate chacun de ses atterrissages, foire ses vrilles, échoue aux composantes, offre le pire Ina Bauer de la saison, tout est d'une maladresse douloureuse à regarder.
La dernière position du Canadien n'est pas une découverte ou une surprise. Entendre les ricanements de Yuri Plisetsky un déplaisir certain. Ne pas en entendre un seul (pas. un. seul.) rappeler à l'ordre le gosse l'agace davantage encore... surtout lorsqu'il le fait quand JJ est en train de passer derrière lui. Michele va rejoindre le Canadien et passe un bras autour de lui, encore une fois. Et pour de vrai, cette fois, par contre.
« Je t'emmène à l'hôpital. C'est non négociable. » Il ajoute à la hâte.
« Le médecin de la patinoire. » Demande, à la place, JJ.
« Hôpital. »
« M- » Il s'apprête à argumenter.
« Hôpital, JJ. » L'Italien l'interrompt. « Crois pas que j'ai oublié ce qui se cache sous le maquillage. Et ta chaussette. »
Le cadet baisse les yeux, honteux, et murmure des excuses. Michele n'aurait vraiment pas cru ça de sa part. Il n'aurait jamais imaginé le Canadien si prompt à s'excuser en boucle. Il amène JJ dans les vestiaires et l'aide à retirer ses patins et à enfiler un pantalon de survêtement au-dessus de sa tenue pour son programme. Il lui prête sa propre veste Italia quand il le voit frissonner et n'oublie pas d'attraper la trousse de maquillage.
Michele les fait monter dans un über, qu'il avait commandé juste avant le début des programmes Courts de ce soir. L'Italien profite du trajet pour démaquiller Jean-Jacques. Il prend encore plus de précautions que plus tôt. JJ est très fatigué, il vient de vivre des heures particulièrement pénibles, il doit mourir d'envie de se reposer. Leur chauffeur les regarde à travers le rétroviseur intérieur. Le visage tuméfié du brun, qui apparaît peu à peu, l'inquiète. Heureusement que c'est à l'hôpital qu'on lui a dit de les conduire. La raison du maquillage, et l'heure de commande de la course, par contre... il y a comme un problème.
« Je te préviens... si tu parles pas de ta cheville, je le fais. Et s'il faut que je déclare forfait pour toi, je le ferais. » Michele alerte. « Je te laisserai pas mettre en danger les quelques années qu'il te reste. »
Jean-Jacques Leroy acquiesce. Pour Micky, c'est la pire réponse que l'autre puisse faire... et la voilà justement !
L'état du visage de JJ attire bon nombre de regards dans la salle d'attente des Urgences. Quelques personnes regardes Michele de travers, se l'imaginant responsable des coups donnés et des plaies visibles. La majorité le prend, cependant, pour ce qu'il est : un ami prévenant qui amène un proche aux urgences après que celui-ci ait été agressé.
« Pourquoi Isabella n'est pas là ? » Michele demande, pour faire la conversation et essayer d'apaiser l'impatience de JJ, dont la jambe n'arrête pas de tressauter et s'agiter.
« Elle est en période d'examens. » Micky n'a pas l'air de comprendre de quel type d'examen ils sont en train de parler. « Elle étudie pour devenir kiné. »
« Oh. C'est cool pour toi, ça. Kiné à domicile. » L'Italien ne trouve rien d'autre à dire.
JJ esquisse un sourire et secoue la tête de bas en haut. Ça tire sur sa lèvre, comme plus tôt dans l'après-midi, les quelques fois où il se sentait plus à l'aise parmi le trio. Il s'arrête. Michele le regarde tristement. Son visage est vraiment vraiment salement amoché. Si jamais il est autorisé à patiner le lendemain, il aura un sacré travail à refaire sur le Canadien, s'il souhaite encore cacher son aspect aux autres. Toutefois, Micky n'espère pas que Leroy patinera. Un Libre est bien plus difficile qu'un Court... et un Court c'était déjà trop, ce soir.
« Tu veux que je vienne avec toi ? » Michele propose quand arrive le tour du plus jeune. Il est déjà en train de se lever.
Jean-Jacques est tenté de lui dire oui. Ça le terrifie de devoir, tout seul, faire face à un médecin étranger et ses questions sur ce qui s'est passé pour qu'il soit dans cet état. Mais toutes les attentions de Michele sont dues à un mensonge de sa sœur. Sans cette agréable revisite de la vérité de la part de Sara, l'autre ne proposerait et ferait pas tout ça pour l'aider. JJ n'est pas conscient de la réaction qu'a déjà son adversaire et refuse son offre. L'Italien vient quand même.
Comme promis dans la voiture qui les a conduite jusqu'ici, le patineur plus âgé ne manque pas de parler de toutes ces petites choses, de toutes les petites blessures que JJ ne prend pas la peine de mentionner quand on lui demande où il a mal. Il précise également, et sans attendre ni se faire prier, qu'il a patiné cet après-midi et ce soir sur un pied blessé, et qu'il a raté plusieurs sauts car il lui fallait s'appuyer dessus. Michele en arrive à mentionner que JJ est un médaillé olympique depuis l'année précédente. Ce dernier commentaire fait rougir de gêne le Canadien qui a l'impression d'être avec son père.
Le patineur n'est pas étonné par les consignes que lui donnent le médecin à la fin de la consultation, et que Crispino écoute religieusement. Il n'y a pas grand chose qui puisse être fait, à part attendre que les bleus se résorbent, veiller à ce que rien ne s'infecte et faire attention à son pied. On lui désinfecte les plaies les plus grave et lui recommande de ne rien mettre dessus. L'homme immobilise le nez de JJ d'un bandage impressionnant que le plus jeune déteste déjà. Le Canadien a une atèle pour sa cheville et reçoit l'ordre formel de ne pas forcer dessus, et encore moins sauter, au risque que sa carrière en pâtisse. Il recommande, enfin, qu'il ne reste pas tout seul cette nuit.
« Tu vas rester avec Sara et moi ce soir. » Michele laisse toujours aussi peu de place à une quelconque protestation chez l'autre. De toutes façons... JJ est trop fatigué pour ça.
Ils attendent une voiture pour rentrer à l'hôtel. Elle n'est pas longue à arriver, une dizaine de minutes, mais, pour Michele, elle l'est déjà trop. Il plane autour de JJ comme il le ferait avec Emil ou Sara. Il lui demande de s'asseoir sur un banc afin de ne pas inutilement fatiguer sa cheville. Il regarde ensuite son cadet qui, son portable en main, hésite à prévenir sa femme qu'il va devoir déclarer forfait pour la finale du lendemain. Michele s'éloigne de quelques mètres. Lui aussi a un appel à passer. Il doit prévenir Sara qu'ils vont devoir partager leur chambre cette nuit. Ils n'auront qu'à dormir dans le même lit et laisser le second au plus jeune. Le frère et la sœur ont déjà dormi ensemble. Ils savent à quoi s'attendre de la part de l'autre.
Sur le trajet du retour, ils échangent à peine quelques mots. Michele ne sait pas quoi dire, c'est pour s'inquiéter qu'il excelle, pas pour réconforter. JJ a honte de profiter de la gentillesse des Italiens comme il est en train de faire, se demande comment annoncer son abandon à Isabella et ses parents, cherche la bonne façon de le faire auprès de la Fédération, sait déjà qu'on va le prendre pour un mauvais perdant. Ses oreilles vont siffler.
Sara grimace et entame une série de jurons, qui impressionne les deux hommes, quand elle voit Jean-Jacques. Son passage aux urgences ne lui donne pas meilleure mine, en fait. Il a l'air aussi misérable si ce n'est plus. Sa claudication est flagrante, et dure à dissimuler avec l'atèle au-dessus de son pantalon. Son nez sort du lot avec son bandage blanc. Bleus et coupures ont l'air pires et plus nombreux. Surtout après l'excellent travail de dissimulation de Michele. Aussi directrice que son frère, elle envoie JJ sous la douche. Elle y a déjà préparé des affaires pour dormir, qu'elle a emprunté à Micky (« ça te dérange pas, hein. Non ça te dérange pas »).
Quarante minutes et deux douches plus tard, ils sont tous les trois couchés. Ni Michele, ni JJ n'avaient envie de manger quoi que ce soit. Sara n'a pas fait de forcing. Si se coucher et aller dormir est tout ce que les deux veulent, qu'ils l'aient. Une fois bien sûre que le plus jeune se soit endormi, Sara rallume sa lampe de chevet et fait grogner son frère.
« Micky ? »
« Je dors. »
« Faut que je t'avoue quelque chose... »
Il la frappe de son oreiller, qu'il n'aime pas le garder sous sa tête, puis l'utilise pour cacher son visage en-dessous et se protéger de la lumière. Il déteste quand sa sœur fait ça pour parler tous les deux. Elle ne peut pas le faire dans le noir, ça, parler ?
« Si tu me dis que t'as tout inventé et qu'il t'a pas aidé hier soir, je sais. Laisse-moi dormir. »
Elle ne le laisse pas dormir. La patineuse se redresse d'un coup brusque, stupéfaite par la perspicacité de son frère. Sara pose son jumeau, l'attrape, l'agrippe par les épaules puis le fait rouler sur le dos. Elle lui arrache son oreiller de protection et le jette à travers tout (il percute une chaise, on dirait). Michele gémit. Il plaque ses mains sur ses yeux et se recroqueville en petite boule. Il y a trop de lumières. Il n'aime pas ça.
« Comment ça tu sais ? Il te l'a dit ? »
« Il a voulu le faire. Mais j'te connais. » Il répond encore. « Éteeeeins. »
« Attend-tend-tend... comment ça tu me connais ? »
« Si c'était arrivé hier, tu me l'aurais dit hier. »
« C'est pas dit. »
« Si. »
« Non. »
« Si. »
« Non. Je te l'aurais pas forcément dit. »
« Si. Maintenant chut. » Michele attrape un pan de la couette et essaie de la passer sur sa tête.
« Non. » Elle persiste et signe. C'est un non. L'Italienne le secoue et lui arrache à moitié la couverture. Michele soupir.
Putain. Il veut juste dormir, lui. « Tu fais chier, Sara. » Il entrouvre un œil. « Qu'est-ce que tu veux ? »
« Pourquoi tu l'as aidé si tu savais que je mentais ? »
« Parce que je suis un être humain décent ? »
« Non. »
« T'es charmante. » Il grogne. Il serre les dents. « Pour que tu me mentes sur ça, comme ça, tu devais vraiment vouloir l'aider. Et il est tout seul. Et il avait vraiment trop trop une sale gueule. »
« Et pourquoi t'as été à ce point aux petits soins ? » Apparemment ces trois raisons lui conviennent. Elle n'abandonne pas pour autant et continue avec ses questions, au grand dam de son double.
« Si je répond, tu la fermes ? »
« Yép. »
Probablement pas. « Je suis juste un putain d'être humain décent. » Il siffle et l'empêche de dire « mais tu l'as déjà dit ». « Maintenant... bonne nuit. »
Agacé et crevé, il aspire vraiment à pouvoir dormir. La journée l'a claqué. Entre les programmes Courts, l'hôpital, maquiller JJ, gérer Emil... il est trop claqué pour pouvoir supporter les conneries nocturnes de sa sœur. Michele s'appuie sur une main pour ensuite se pencher vers Sara et éteindre sa lampe de chevet. Il regarde, piteux, son oreiller. Il n'a pas la foi d'aller le chercher donc pique celui de sa voisine, le serre contre lui, ferme les yeux... et les rouvre quand la lumière revient.
« Saraaaa... » Il gronde.
« Tu m'as menti. T'es pas un humain décent. Donc ça compte pas. »
Michele soupir. Il rêve de dormir mais les voilà qui tournent en rond avec une conversation sans intérêt. « Je te déteste, putain. » Le bras devant les yeux, il désespère vraiment. « JJ avait pas juste besoin d'un peu de maquillage. Et il avait besoin de quelqu'un. Y a qu'à voir qui il est allé voir avant toi. Chris est le plus chaleureux et le plus ouvert ; Mila et Georgi qui arrivent à supporter Plisetsky. Il était seul... et personne mérite 'être seul. Surtout qu'il a rien fait pour. »
À bout de patience, pas qu'il en ait beaucoup en temps normal, Michele se redresse et allume son propre chevet. Il contourne le lit, ramasse son oreiller et le jette de son côté, arrive du côté de Sara... et débranche la lumière de sa sœur pour qu'elle ne recommence pas une troisième fois.
« Rebranche cette lampe, rallume rien qu'une fois, et je te prive d'ampoule puis t'enferme dans ton pyjama dégueulasse dans le couloir. Pigé ? » Il menace, retourne s'allonge et replonge la chambre dans le noir.
Sa jumelle rit à la menace, pas du tout intimidante, de son double qui grogne encore une fois. Elle ricane. Elle glousse, elle s'amuse des explosions de son frangin. Michele, lui, continue de s'agacer. Il tâtonne dans le noir à la recherche du visage de Sara, qui en rit de plus bel et se débat. Les Crispino cessent leurs pitreries nocturne lorsqu'un coup de sa patineuse de sœur s'avère un peu trop fort et fait crier le second de douleur. Ils ne réveillent pas JJ de douleur, heureusement.
« Merci Micky... de pas l'avoir dit que tu savais. »
« J'aurais mieux fait pourtant. » Déplore Michele. « Ça l'a mis ma à l'aise de mentir. » Il grommelle avant de se tendre. « Mais t'arrête de me faire parler ? Dors, sorcière ! »
Enfin le silence...
Il dure...
Il dure...
Dure...
« Micky ? Tu dors ? » Sara demande, juste une dernière fois, pour le plaisir de le faire râler.
Michele empêche Sara, le lendemain matin, de prendre des photos de Jean-Jacques encore profondément endormi. C'est quoi son idée toute pourrie, à celle-là, de vouloir immortaliser le visage blessé du Canadien ? Il doit aussi mettre le holà sur la façon dont elle veut le réveiller, et lui dit qu'il s'en charge. Au sourire reçu un retour... il se demande si ce n'était pas son objectif dès le départ. Entre Emil et elle, il est servi ! Micky se met près du lit, se baisse à son niveau, et le secoue doucement. Il appelle son prénom, et ignore les plaintes de Sara ; jalouse qu'il ne l'ait jamais réveillé de façon aussi attentionnée.
La tête de lit du Canadien, encore ensommeillé et brumeux, pas trop conscient d'où et avec qui il est, amuse les deux Italiens. Michele doit, encore une fois, se disputer avec sa très chère sœur pour qu'elle respecte son droit à l'image. Il râle après les jeunes et leurs photos incessantes !
Il a le même âge que sa jumelle, pourtant.
« T'as pu te reposer un peu ? » Il demande à JJ. Qui lui répond d'un signe de tête positif et se frotte les yeux en bâillant.
Satisfait pas cette réponse non-verbale, le patineur va sortir de sa valise des vêtements propres à prêter au plus jeune... qui essaie de les refuser. Ce n'est pas la peine, il en a dans sa chambre, merci ! Elle n'est pas loin, en plus. Juste deux étages au-dessus ! Michele insiste, pas JJ. Mal à l'aise, déjà affublé d'un survêtement de l'Italien, il accepte la nouvelle tenue du bout des doigts. Il la regarde plutôt que de l'enfiler.
« Euh... Mi-Michele, faut que je te di... »
« Je sais que tu n'as pas aidé Sara. » Il sourit, une main sur son épaule. « Je le sas depuis le début. Et je sais que tu as voulu le dire tout de suite aussi. No stress, OK ? »
« Tu... sais... » Le plus jeune souffle.
« Yép. J'ai pas fait tout ça juste par gratitude mais parce que je le voulais. »
« Tu... le voulais ? Tu voulais b... m'aider ? »
L'Américain a un tout petit sourire, discret et timide, loin de l'air enjoué et bruyant qu'il affirme ordinairement. Michele songe que si JJ montrait un peu plus cette facette de son caractère, les choses seraient plus facile entre lui et le reste d'entre eux. La plupart des autres patineurs seraient sans doute plus ouverts et plus prompts à lui parler et rester avec lui.
Les patineurs Michele et Sara Crispino arrivent à la patinoire aux côtés du patineur Canadien, Jean-Jacques Leroy. Le premier et le dernier sont adversaires pour cette finale et ne sont pas réputés pour leur bonne entente. Les jumeaux ont mis du temps à convaincre le plus jeune de quand même venir au stade, même avec son abandon de la compétition. JJ n'était pas fan de l'idée de se montrer dans cet état. Michele et Sara ont dit qu'au contraire, ça expliquerait son forfait aux spectateurs et concurrents.
« C'est un mauvais patineur et un mauvais perdant. C'est ça surtout. » Ils entendent tous les trois Yuri Plisetsky dire à Otabek Altin.
Ce que Jean-Jacques entend le plus, cependant, ce ne ne sont pas les paroles envenimées du Russe mais le silence du Kazakh, qui ne dit rien pour le défendre. Otabek ne le défend pas, ne le défend plus et ne le défendra plus. Ils se sont perdus. Le Canadien baisse les yeux et détourne la tête au moment où les deux s'aperçoivent de sa présence. Le plus jeune renifle, aussi dédaigneux qu'à l'accoutumée. Le second a le mérite d'avoir l'air un minimum gêné.
« JJ, wait... »
Il n'attend pas. Au contraire, il fonce. Il part aussi vite que son pied douloureux le lui permet. Michele et Sara ne l'auraient, de toutes façons, pas laissés rester près des deux. Il vient de découvrir ce qui est plus flippant qu'un Crispino protecteur... deux Crispino protecteur. C'est c'est pour lui. Juste pour lui.
« Il abandonne pour pas finir dernier et il nous snobe encore. Non mais le culot du mec, mais j'hallucine quoi... »
« Il est blessé, Yuri. »
« Quoi ? N'imp. »
« Il avait une atèle au pied. » Le Kazakh insiste, mal à l'aise. Il s'interroge et se demande si c'est la raison de la mauvaise performance de JJ la veille. À moins que ce soit son moral qui lui ait encore fait faux bond. Sans ses parents et Isabella comme soutiens, il est on ne peut plus seul pour faire face à cette finale et la pression qui va avec.
« C'est du flan. » Balai le plus jeune de la compétition Senior d'un revers de main. « Il fait genre il est blessé pour pas perdre la face. »
Emil, arrivé de son côté pour assister aux Libres et encourager l'Italien, fronce les sourcils à l'entente de ces mots durs. Il va rejoindre les deux autres patineurs, qualifiés eux-aussi, prêt à s'indigner au nom de JJ. Il l'a adopté quand les Crispino l'ont adopté. Et il s'est étonné à apprécier la compagnie du Canadien, la veille. Nekola pose ses deux mains sur les épaules de Yuri Plisetsky, qui sursaute et commence à montrer les dents. Le Tchèque l'ignore et s'appuie même un peu sur le blond pour se donner un peu plus de poids.
« Micky a dû le forcer à aller à l'hosto, hier. Il voulait pas s'faire examiner et devoir se retirer, j'crois. Il aurait déjà pas dû patiner hier, sinon. » Emil leur dit. « Maintenant, gentlemen, je vous laisse à vos médisances. »
Nekola part avec un clin d'oeil amusé aux deux, un air étonné d'Altin et les grognements agacés de Plisetsky. Le Tchèque prend son portable et, en numérotation rapide, appelle Sara pour savoir où les trois se trouvent ; s'ils sont déjà montés dans l'espace réservé dans les gradins ou s'ils sont en vestiaire pour que Michele se prépare pour la période d'entraînement. Ils ne sont ni dans les gradins, ni dans les vestiaires, mais encore dans le couloir. Ils s'y arrêtent pour l'y l'attendre. Emil s'arrête net quand, arrivé à eux, il avise l'état de JJ.
« La vache... tu ressemblais déjà à ça, hier, sous le maquillage ? » Le Canadien confirme, rouge betterave. Emil regarde son ami. « Micky, mais t'as fait un truc de dingue, hier. » Il se retourne vers JJ. « Ça va ? » Puis les jumeaux. « Il va bien ? »
Ils n'y restent pas longtemps, dans le couloir, une fois tous les quatre réunis – et après que trois d'entre eux se soient criés et sautés dessus, comme s'ils ne s'étaient pas vus depuis au moins une dizaine d'heures ! Michele et Sara partent, vite fait, de leur côté pour aller préparer le premier pour les programmes à venir. Un silence gêné s'installe et demeure alors entre le Tchèque et le Canadien. Ils ne savent pas comment communiquer l'un avec l'autre. Le premier finit par proposer de quand même aller rejoindre les Crispino ; traîner ans leurs pattes c'est toujours amusant après tout, mais JJ refuse. Il ne veut pas s'imposer plus qu'il l'a déjà fait. Ennuyé, Emil le laisse quand même derrière, non sans lui avoir dit de les rejoindre s'il change d'avis.
Pour la première fois depuis la veille, et sa quête désespérée d'un peu d'aide, JJ se retrouve seul. Ce n'est pas la première fois. Il a l'habitude. Sans Isabella ou ses parents à ses côtés lors des compétitions, il a rarement quelqu'un d'autre avec qui rester. Ça ne le dérange donc pas. Ça l'arrange même, plutôt. Enfin, il ne s'impose plus, lui et son visage amoché, aux autres. Un peu avant le début des programmes, et de la période d'échauffement, Jean-Jacques descend vers la buvette pour prendre à boire pour tout le monde.
« Tiens tiens, mais quelle surprise nous avons là. » On susurre à l'oreille du Canadien, en bout de fil d'attente.
Un peu malgré lui, JJ se crispe. Il pensait (et voulait) être seul. Le cœur qui bat la chamade, le patineur fait un demi-tour sur lui-même et le voit. Les voit. Il se tend d'autant plus qu'il les reconnaît et les identifie sans soucis. Son souffle se coupe. Il déglutit. Ça ne va pas. Ça ne va pas du tout. Ça ne lui va pas du tout. Que font-ils ici ? Et pourquoi ne le laissent-ils pas en paix, bon sang !
« On ne se refait pas une beauté, aujourd'hui, on dirait. »
Telle une anguille, JJ se défile à la main pleine de doigts qui s'approche de sa joue enflée et ne lui inspire pas confiance. Il rentre dans la personne juste devant lui, dans la fille d'attente. L'homme se retourne et jette un regard noir au groupe un peu trop plein d'énergie qui peine à se tenir et qui ne s'excuse même pas. Les autres rient à cette vaine tentative plus qu'ils ne s'en vexent.
« Bah alors... on a perdu son JJ Style ? » On se moque et on fait un pas en avant pour jouer avec lui, tel un chat avec sa proie.
Le plus jeune recule à nouveau. Ce n'est pas la confiance envers eux qui l'étouffe. Au contraire ! Au dernier moment, il réussit à éviter de rentrer une seconde fois dans le même homme juste devant. Incapable de penser justement, JJ décide de filer et de boiter sur le côté. Tant pis pour la buvette ! Il ne part malheureusement pas seul. Les quatre hommes le suivent et ricanent grassement se faisant.
Maintenant qu'ils sont éloignés du plus gros de la foule et du public venu en masse pour la Finale, le Canadien ne risque plus de déranger son monde en les bousculant. Il ne risque plus non plus de recevoir ce coup de main tant attendu. Ils le réalisent eux-aussi car ils deviennent plus agressifs et le bousculent eux-même à plusieurs reprises. Au moment où un premier coup allait lui être envoyé, quelqu'un s'interpose entre JJ et les responsables tandis qu'une seconde personne retient la main violente dans les airs.
Jean-Jacques Leroy est surpris de ce qu'il voit. Ce n'est pas quelque chose qu'il aurait cru possible, ni même osé rêver. Georgi Popovich fusille les responsables du regard, leur poing encore en main. Avec lui... Yuri Plisetsky, qui fait office de barrage. Le petit Russe le protège des autres. C'est risible tant la différence de carrure invite à l'inverse.
« Oye ! » Le plus jeune cri. Il fait aussi peu attention que d'habitude à son volume sonore. « Vous vous croyez où, au juste, bande de crevards du dimanche ! » Il avance d'un pas vers eux et se fait aussi menaçant que possible. Yuri tend un bras entre le putain de Canadien, pour qu'il ne fasse rien de stupide, comme essayer de l'empêcher de l'aider par exemple, et les quatre débiles.
Le groupe, de quatre hommes inconnus au bataillon, a encore le culot de jouer aux surpris suite à l'intervention des deux patineurs Russe. Un sourcil levé pour la plupart, ils se tournent vers celui qui doit être à l'origine de leurs conneries et être le meneur. Ils attendent un mot, un geste, quelque chose, n'importe quoi de sa part. L'autre, pourtant, reste béat, complètement coi. Il ne comprend pas pourquoi il est en train de se faire hurler dessus par Yuri Plisetsky, ni pourquoi Georgi Popovich lui broie les doigts. La team Russe n'aime pas Leroy !
« J'ai posé une question. » Yuri siffle et se rapproche encore. Bien que plus petit qu'eux, il ne se laisse pas impressionner. Il réduit à néant la distance qui les sépare. Il continue d'avancer pour les contraindre à continuer de reculer. « Vous vous croyez où ? »
« Euh.... mais... c'est JJ. » Il le désigne d'un signe de tête.
Pour la première fois en deux jours, le Canadien réalise qu'il était vraiment la cible de leur violence et non pas une victime quelconque et hasardeuse. Il ne s'est pas trouvé au mauvais endroit au mauvais moment, comme il l'a cru. On l'y attendait. On attendait de croiser sa route pour lui sauter dessus et l'agresser.
Pour la première fois du jour, le plus jeune compétiteur Senior regarde JJ et écarquille les yeux lorsqu'il avise ce à quoi il ressemble. Putain de merde. Ses bleus qui s'étendent sur la moitié de son visage, son nez pansé, ses lèvres coupées, les égratignures, les blessures... l'attelle que Beka a signalé.
« Et. Alors ? » On grince.
Yuri voit aussi rouge que le drapeau Canadien. Il enrage. Il continue à avancer pour les faire reculer et s'éloigner, autant que faire se peut, de JJ. Autour d'eux, on commence à les repérer, à les regarder et à suivre le différend en cours. Pas mal de monde pointe le fait que les deux Russes soient en train de s'en prendre à Jean-Jacques Leroy car il vient d'abandonner la compétition. Heureusement d'autres les corrigent et ne manquent pas de les innocenter, en pointant notamment les nombreuses blessures du Canadien. Yuri sait que, bien qu'il en meure d'envie, il ne peut pas tout se permettre. Un pet de travers de sa part et c'est sa licence qui peut sauter ! Hors de question que ça arrive à cause d'imbéciles de ce genre.
Quelqu'un s'approche des trois patineurs et des quatre imbéciles. Une main se pose sur l'épaule de JJ qui bondit et saute en arrière. Il y en a encore un ? Non... non... s'il-vous-plaît, non. À côté de lui, surpris par la disproportion de cette réaction, Otabek et Christophe sont là et s'en mêlent à leur tour. Le second souffle deux mots au Kazakh avant de le laisser seul avec JJ et de, plutôt, aller rejoindre Yuri.
« JJ. » Otabek murmure. Les mots lui manquent quand il découvre le visage de Jean-Jacques. La peine dans leur deux regards est grande. « Viens. »
Le plus jeune, comme Michele la veille, passe un bras autour du Canadien pour une prise fantôme. Il le dirige l'air de rien et sans rien dire. Il tient à l'éloigner de la scène en cours et de ses apparents agresseurs. Les quatre idiots sont coincés avec Yuri, Chris et Georgi. Ça ne sera pas évident de leur échapper ; et surtout pas de semer Georgi, qui est en jean-basket et non en patins et en tenue sous un jogging. Quand bien même ça arriverait, les quatre ne pourraient éviter la sécurité, qui aura été prévenu entre temps.
Otabek s'arrête un peu plus loin, dans un couloir à l'écart. Vu l'état du pied de JJ, il préfère ne pas trop le faire s'appuyer dessus. JJ est fébrile, tremble et est pâle comme un linge. Le Kazakh s'empresse de le prendre dans ses bras et les fait se baisser pour s'installer par terre. Les gestes lui reviennent tout seuls. Les années ne lui ont pas fait oublier quoi faire. C'est comme un coup de poing dans la figure que d'entendre les sanglots étranglés du Canadien. Il lui frotte le dos, démontre de sa présence, et ne parle pas. Au début.
« Ils... s'en sont pris à toi ? Aujourd'hui ? » Otabek veut savoir. « Est-ce qu'ils ont aggravé ton état ? »
JJ répond d'un signe de tête négatif. Et si Otabek est content que JJ n'ait pas été blessé aujourd'hui... ça le tue sur ce que ça veut dire d'autre.
« Mais hier tu étais déjà blessé, hein ? C'est pour ça que ton patin était différent ? »
Le signe de tête est positif, cette fois. Le Kazakh soupire. Il se souvient qu'il n'a jamais trop aimé les moments où Jean préférait les réponses silencieuses à ses réponses fortes et énergiques. C'était valable à l'époque où ils étaient tous les deux à Détroit, sous la supervision de Ciao Ciao, et ça le reste apparemment encore aujourd'hui. Otabek sent JJ qui veut s'éloigner de lui.
Non, il ne peut pas rester comme ça, près de Beka, contre Beka. Otabek ne le veut pas vraiment. Il a simplement pitié de lui et lui ne veut pas de sa pitié.
Otabek passe une main derrière la tête de JJ, dans ses cheveux, et la remet sur son épaule. L'air de rien, il passe ses doigts dans la tignasse noire et espère que ça l'apaise toujours.
« JJ... tu aurais pu venir me voir. » Il murmure.
« Ah oui ? » L'autre marmonne. « Je crois pas. »
« Jean, tu... je ne t'aurais pas laissé comme ça. » Otabek assure, dans un souffle, à son oreille. « Personne ne t'aurait laissé comme ça. »
Le Canadien rit jaune, pas impressionné par l'assurance folle de son ancien ami. « Chris, Mila et Georgi ont pas hésité longtemps à me laisser me débrouiller. » JJ réplique, amer. « Et tu n'as... et t'as pas cherché à m-me défend-dre tout à l'heure. » Il secoue la tête et hausse les épaules. « Tu t'en fous. »
Otabek affermit sa prise autour des épaules de son ancien ami blessé. « Comment tu t'es maquillé, hier ? »
« Les Crispino m'ont aidé. » JJ ne voit pas de raisons de se taire et cacher de qui est venue l'aide reçue. « Et Mi-Michele m'a amené à l'hôpital après les Courts. »
Otabek esquisse un las sourire suite aux mots, tout bas, du second. Trois refus. Il a essuyé trois refus. Il ne s'étonne plus, après ça, d'avoir Jean dans cet état. Aussi mal, aussi peu confiant et aussi distant. Ça le rend d'autant moins confiant encore quant à la réponse qu'il lui aurait donné, si jamais JJ était venu à lui. L'aurait-il vraiment aidé, comme il se rassure à le penser, ou aurait-il trouvé une façon de s'éviter ça ?
« Tant mieux. » Otabek murmure.
Les jumeaux Crispino arrivent justement, Emil dans leur sillage. Ils passent dans le couloir où Otabek les a réfugiés et installés, par terre, dos au mur. Bien qu'il soit déjà sur ses patins, Michele se dépêche de les rejoindre et court à eux. Il prend Jean-Jacques des bras du Kazakh. Le geste, tellement facile quand on le voit faire et venu avec un tel naturel, fait que le Canadien craque plus encore. Ça fait bizarre à Otabek de ne pas être celui ayant su mettre JJ bien à l'aise.
« Tu vas bien ? Tu veux que je te ramène à l'hôtel ? Je peux me retirer. »
Otabek n'en croyait déjà pas ses yeux mais maintenant ce sont ses oreilles qui peinent à réaliser l’entièreté de la situation. Personne ne fait ce genre d'offre ! C'est aussi stupide qu'impossible. Stupide surtout. Emil et Sara n'en reviennent pas non plus. Le Tchèque a la bouche grande ouverte, pareil à un personnage de dessin-animé. La patineuse fait plutôt les yeux ronds. Suite à ces mots, JJ s'autorise enfin à répondre à l'étreinte et à passer ses bras autour de l'Italien.
« JJ ? » Michele lui dit à l'oreille. « Hep ? » Il regarde le Kazakh. « Tu sais ce qui s'est passé ? »
Le plus jeune acquiesce avec son flegme habituel. « Le groupe qui l'a blessé est là et l'a menacé. Ils allaient le frapper mais Yuri et Georgi sont intervenus. »
L'Italien fronce les sourcils. Il n'aime pas l'idée que les agresseurs de JJ soient présents. « Tant mieux... tant mieux... » Il marmonne et reste avec le Canadien contre lui et tout tremblant. « JJ... ça va aller ? »
Emil et Sara s'approchent d'un petit pas eux aussi. « Je vais rester avec lui. » Le premier dit et commence à se baisser. « On va vous rejoindre quand il se sera calmé. »
« Évite de parler de lui comme s'il ne t'entendait pas, steup. »
« Scuse. » Le Tchèque, maintenant au même niveau que les trois, suit les conseils et demandes de Michele et s'adresse directement à Jean-Jacques. « Ça te va, dis, si c'est moi qui reste ? Faut que Micky et Otabek aillent s'échauffer. Ça va bientôt être l'heure. »
Ce n'était pas la meilleure chose à dire. Otabek le comprend instantanément. Le Canadien relâche d'un coup Michele Crispino et se confond en excuse. Le trio d'européens se regarde sans rien y comprendre. Ils ont pu voir, depuis la veille qu'ils restent avec, le manque d'assurance de Leroy... mais à ce point ? Le Kazakh tend encore une fois la main pour aller la passer dans les cheveux de JJ.
« Avec qui tu te sentirais à l'aise, Jean ? » Il interroge. « Et qui ne patine pas ? Dès la fin de l'échauffement, je suis sûr que Crispino va revenir. »
Michele le confirme.
Les autres, quels qu'ils soient, ne ratent pas le coup d’œil que Jean-Jacques jette vers Sara. C'est elle, qui le ferait se sentir plus à l'aise. Otabek grimace. Il craint la réaction du jumeau. On connaît par cœur, dans le milieu, le côté protecteur de Micky envers sa sœur. Le patineur, pourtant, sourit. Il ne râle pas lorsque Sara accepte et sourit, pleine d'enthousiasme. Le Kazakh n'en revient pas, que ce soit JJ qui soit parvenu à calmer l'autre surexcité du slip.
Peut-être est-ce grâce à son mariage avec Isabella ?
Mais non... même Katsuki, pourtant avec Victor, n'échappe pas aux aboiements de l'Italien.
« Vous nous faites un sitting ? »
Comme une mauvaise plaisanterie, le couple russo-japonais arrive justement à ce moment. Les cinq patineurs attirent logiquement l'attention des deux. On les voit rarement ensemble, ceux-là. Ils font partis de trois groupes bien distincts : les Italiens avec le Tchèque ; Otabek avec Yurio ; JJ avec lui-même ou ses proches. Leur position détonne aussi. Assis par terre, mais quelle drôle d'idée ! Passée la première surprise, Yuuri et Victor se concentrent sur la même personne, JJ. Ce ne sont pas les mêmes détails qui, pour autant, leur sautent aux yeux. Là où le premier est plus frappé par les coups et blessures affichées par le Canadien... Victor est davantage attiré par les larmes.
Les larmes le mettent si mal à l'aise !
« Qu'est-ce qui s'est passé ? » Ils demandent en chœur. Otabek trouve que c'est une bonne chose que Yuri ne soit pas là, ou il aurait pesté comme un beau diable après le couple qui le débecte.
En quelques mots, l'explication est donnée. Les deux les plus âgés affichent la même grimace concernée à l'idée que JJ ait pu patiner sur un pied blessé la veille ; et ne pas d'office déclasser ses nombreux quadruples et encore les tenter. Ils sont également blessés que le plus jeune n'ait pas osé venir leur demander de l'aide. Cette fois, pas comme avec Otabek, JJ a l'air de les considérer comme une éventualité manquée et oubliée.
Lorsque l'appel pour les patineurs est lancé, Victor sait ce que Yuuri voudrait qu'il fasse. Il relève, l'air de rien, le Canadien et l'amène avec lui en direction des tribunes où il compte bien s'installer avec les autres. Emil et Sara suivent en courant et assurent à Micky, qui reste en arrière avec le Kazakh et le Japonais, qu'ils ne vont pas le lâcher d'une semelle, cette fois.
Emil s'en veut bien assez. S'il était resté avec JJ, comme s'y attendaient les jumeaux, JJ n'aurait pas de nouveau.été ciblé.
« Je pensais pas qu'il avait été visé délibérément. » Soupire Michele.
« Merci d'avoir été là pour lui. » Remercie, quant à lui, Otabek.
L'aîné lui jette un regard noir. « Et qui d'autre, hein ? Mila et Georgi ont refusé net et Chris demandait, exigeait même, une explication. »
« Je crois que ça va pas recommencer. »
« Encore heureux putain ! » Cri Micky mais le Kazakh ne bronche pas d'un pouce. « Ça aurait même pas dû commencer tout court ! »
« Je sais... »
« Nan. Nan, tu sais pas. »
Sur la piste pour la période d'échauffement, l'esprit ailleurs et loin de son patin, Michele cherche sa sœur, quelque part dans les gradins. Les grands gestes d'Emil et de JJ devraient l'aider à les trouver, normalement. L'énergie du Tchèque a au moins cet avantage. Il les trouve.. près des cheveux argentés de Victor, qui n'ira près de la piste qu'à la fin de l'échauffement pour récupérer son Yuuri. Une fois n'est pas coutume, il va le laisser gérer cette période.
JJ est entre Sara et Victor. Michele sourit. Le gosse est entre de bonnes mains.
Se concentrer sur les gradins n'empêche pas Michele de tendre l'oreille pour écouter ce que deux autres se disent juste derrière. Ça a l'air de concerner Leroy. Il veut savoir ce qu'ils se disent.
« Georgi est encore là-bas, avec les flics. » Quelqu'un arrive près du Kazakh, s'arrête à côté de lui et prend soin de le rassurer. « Ils ont été arrêté pour l'agression de JJ. J'ai parlé de la tentative d'agression qu'on vient aussi de stopper. Et un gars aurait apparemment vu JJ se faire emmerder juste avant, déjà. »
Otabek prend soin de remercier Yuri pour ces dernières (bonnes ? Pas trop mauvaises en tout cas) nouvelles. Micky ferme les yeux et jure tout bas. Au moins JJ ne risque plus rien.
« Merci de l'avoir aidé, Plisetsky. » Marmonne l'Italien en reprenant. « Même s'il en est arrivé là par ta putain de faute. »
« Comment ça ma fau- » Commence à s'insurger le Russe.
Cette réaction amuse et rassure Otabek plus qu'elle le dérange. Ça l'étonnait, que Yuri soit venu à lui exprès pour lui dire ça, et le rassurer sur le sort des agresseurs de JJ. Cette délicatesse de la part de son meilleur ami l'étonnait fortement. Sa dernière réaction, face au pic (pas immérité) de Crispino, ressemble beaucoup plus au Yuri habituel ! Le plus jeune grogne. Il doit avoir compris ce que son ami est en train de penser..
« J'aime pas JJ mais c'est pas pour autant que je veux voir mes fans l'agresser. Au contraire ! » Il grince. « Ils me privent du plaisir de le battre à la loyale. »
« Merci de l'avoir aidé. »
Yuri soupire. « Et c'est pas ma putain de faute ! » Il s'éloigne pour ne pas gaspiller davantage de leur temps d'échauffement. Ça lui fait tout drôle, en plus, d'avoir Otabek qui le remercie d'avoir empêché JJ de se faire plus blesser qu'il l'est déjà. Il ne réalise pas encore très bien d'avoir dû aider ce stupide Canadien. Ni que ce soit vraiment pour des raisons de blessures que l'autre a abandonné avant les Libres.
En tout cas... heureusement que Georgi était avec lui ! Il n'aurait pas pu faire ça tout seul. Et ça lui fait un deuxième trou du cul de l'admettre.
Le patineur Suisse patine vers Michele, à la fin de leur temps réglementaire, quand il leur faut quitter la glace. Il attend que le regard de l'Italien croise le sien pour le héler et lui faire de grands signes. Crispino se fait tout de suite plus sévère. C'est son air habituel avec qui n'est pas sa très chère sœur. Même Nekola y a très (trop) souvent droit.
Le Tchèque fait tout pour, après...
« Comment va JJ ? J'ai entendu que tu l'avais aidé hier et... »
« Et j'ai entendu que tu ne l'as pas aidé hier. »
Christophe grimace. Il s'apprête à expliquer son point de vu. Il peut les donner, les raisons qui l'ont poussé à renvoyer le Canadien sans le moindre coup de main de sa part. Ça n'y changera rien. Michele s'est déjà fait sa propre opinion... et lui a déjà échappé. Génial. Il aurait pourtant vraiment aimé lui dire qu'il ne pouvait pas efficacement aider JJ s'il ne savait pas ce qui l'avait mis dans cet état... mais même lui n'est plus sûr d'y croire.
JJ était vraiment blessé. Ce n'était pas que quelques bleus malheureux.
« Michele ! » Il est cette fois alpagué par Victor. « Sara et Emil me chargent de te dire qu'ils vont rester dans les gradins avec JJ. Sa cheville lui fait mal, donc... »
« Sa cheville lui fait... »
La légende vivante du patinage artistique, encore aujourd'hui, sourit et attrape Michele par les épaules. L'Italien, et le Suisse toujours pas loin pareil, est surpris par ce brusque changement dans le comportement du Russe.
« Zen. C'est normal, OK ? C'est bien qu'il le dise, qu'il a mal, et qu'il s'écoute. Tu n'as pas à paniquer pour si peu, OK ? »
« Pour si peu ? » Crispino reste Crispino. Comme Yuri, il est très prompt à s'énerver et exploser. « J'ai dû l'obliger à aller à l'hôpital, hier. J'ai dû être celui qui parlait de certaines blessures car il allait pas le faire. J'ai été le seul à l'écouter. LE. SEUL. Alors si... si je vais m'en faire pour lui. Parce que c'est qu'un gosse que vous avez tous abandonné. »
« Tu sais qu'il est marié, ton gosse ? » S'amuse Victor.
« Ça n'empêche rien. Entre Chris qui exige de savoir ce qui s'est passé en échange de son aide. Mila qui ne veut pas pour pas énerver Yuri. Et Georgi qu en a juste rien à foutre... vous l'avez tous planté. Il a déjà pas confiance et vous enfoncez encore le clou. »
Nikiforov lève les yeux. « Tu deviens irrationnel. »
« Je deviens irrationnel ? Je suis le seul à me rappeler de Barcelone ? Il a fait comme Katsuki l'année juste avant. Sauf que ça a pas dérangé un seul d'entre nous. »
« Il a eu le bronze à Barcelone. C'est loin d'être comme mon Yuuri et tu le sais. »
Michele roule des yeux, cette fois. « Ça fait combien de temps que tu n'as pas regardé le patinage de quelqu'un d'autre que tes Yuuri ? Ça fait des mois qu'il manque de JJ Style. Côté perf on est bons mais à part ça... y a pas le pep's qui le caractérise. Et personne a rien voulu faire pour lui, pour l'aider. Donc si aujourd'hui je dois me retirer pour m'occuper de lui : je vais le faire. »
« Ça sera pas la peine. On va le faire. » Assure Victor.
« Ouais ? Sauf que je ne suis pas sûr de pouvoir te faire confiance pour te le confier. À part Katsuki et le Yuri teigneux, qui est-ce que tu vois ? » Michele claque des doigts. « Et Chris. À part ces trois-là, qui compte pour toi ? »
