Work Text:
Comme avec toute chose pour V, la réalisation lui est tombée dessus quand il s'y attendait le moins.
Il était là, dans la cuisine cherchant la gamelle de Nibbles dans un cartons, désespérant de nourrir le petit gouffre sur patte avant que son Rockerboy ne l'entende miauler et qu'il ne se mette à regretter d'avoir accepté d'emménager avec V dans cette nouvelle maison.
Cette maison, ils l'avaient choisie ensemble. Elle n'était pas encore équipée de toutes les sécurités que voulait installer V, chose qui le faisait grincer des dents, mais elle avait beaucoup moins d'accès et de fenêtres que l'ancienne villa de Kerry mais surtout, cette maison était à eux. À eux et à un chat qui ne cessait jamais de miauler. V ne croyait pas vraiment que Kerry pourrait regretter qu'ils emménage ensemble bien sûr. Ils étaient solides. À travers les aventures vécu ensemble, les amis perdus, l'idée que les enfants de l'homme qu'il aimait avaient son âge et oui, à travers Nibbles qui ne cessait jamais de miauler. Cela dit, V n'était presque jamais à la maison quand il l'avait adopté et pour Kerry c'était probablement pour ça qu'il n'arrêtait pas de miauler. Quand V était là, Nibbles était désireux d'avoir un peu de son attention. Kerry avait ajouté qu'il le comprenait avec un un clin d'œil aguicheur, un sourire entendu et un regard langoureux qui avait parcouru V de la tête au pied.
Aussi insensé que cela pût paraître après tout ce qu'ils avaient vécu, ils étaient là, ensemble et V était heureux. Puis Kerry était entré dans la cuisine en s'exclamant quelque chose comme :
"Hey Bébé, j'ai beau me retourner la tête, je ne crois pas que cette petite beauté soit à moi."
V s'était retourné vers son amant et fut tout aussi ébloui et époustouflé de voir son amant qu'il l'avait été la première fois qu'il l'avait vu, pencher sur lui. Tout comme il l'était toujours chaque fois qu'il voyait Kerry passer le pas de la porte. Un sourire avait lentement commencé à faire son chemin sur le visage de V, puis il avait vu la guitare dans la main de Kerry et son sourire s'était figé. V eut le souffle coupé pour une toute autre raison que la vue bienheureuse de l'homme qu'il aimait. Une boule énorme lui serra la gorge et un tsunami d'émotion le heurta de plein fouet le laissant pantelant. La pure agonie que ressenti V à cet instant le laissa complètement paralysé, se noyant sous la réalisation. Ca n'avait duré qu'une seconde. Ca aurait pu être des heures pour V.
-Elle était à Johnny, avait-il fini par sortir dans un souffle étrangler.
Cette maudite guitare. V se souvenait encore parfaitement de la première fois où il l'avait vu. Un jour ou Johnny était particulièrement agaçant réclamant de la nicotine à corps perdu, ils s'étaient retrouvés chez un prêteur sur gage/magasin de petite électronique. V avait fait un tour dans la boutique, attendant que le vendeur revienne avec les caisses de matériel qu'il voulait quand il avait vu la guitare accrochée dans le fond. Sur un coup de tête, il était allé la voir de plus près, attirant l'attention d'un Johnny en manque de tabac dessus.
La rare vue du visage nostalgique de Johnny parcourant la guitare l'avait poussé à se laisser aller à un geste rare de sollicitude et à acheter la guitare une petite fortune.
Les choses n'avaient pas été simples entre eux et Johnny l'agaçait plus souvent qu’autre chose sans compter que même s’il ne le faisait pas consciemment, il le tuait, mais V avait fini par l'apprécier et d'après le sourire qu'il lui avait fait alors qu'ils repartaient la guitare sur le dos, V voulait croire qu'une part de Johnny avait fini par l'apprécier aussi. Et ce même malgré le fait qu'il couchait avec son meilleur ami et que Johnny était aux premières loges pour assister aux fantasmes qu'il pouvait avoir sur Kerry dans ses rêves. Que ce soit à cause du temps qu'ils avaient passé ensemble ou par la force des choses Johnny était en cours de route devenu une partie de lui.
Et V l'avait perdu.
La réalisation s'installa comme une couverture glaciale sur lui le laissant pétrifié, frissonnant de la tête au pied. Johnny était mort, encore certes, mais presque certainement définitivement et V l'avait perdu.
Johnny était parti, et bien sur V le savait. Mais il avait pris la guitare avec lui lors de son déménagement, comme toutes ses affaires, presque instinctivement, sans vraiment y penser. Sans réaliser qu'il n'y avait plus Johnny pour en jouer.
V ne savait pas jouer une seule note, mais il avait ramené la guitare avec lui. Pour Johnny. Oubliant qu'au besoin Kerry pourrait sûrement prêter à Johnny l'une de ses guitares, qui devait en plus être de bien meilleure qualité que celle que V lui avait achetée. Et oubliant le fait que Johnny ne jouerait plus d'aucune guitare.
Une fois la réalisation passé, un million d’idées lui vinrent à l’esprit se bousculant les unes aux autres, la vendre, la casser, l’enterrer, l’exposer sur un autel dédier à Johnny à l’Afterlife, la laisser à Kerry, la garder quelque part dans la maison, vestige intouchable d’une amitié qui n’aurait pas dû être, d’une amitié qui aurait pu être. Mais cette guitare avait été à Johnny. S’en débarrasser était inenvisageable et elle méritait mieux que de rester dans un coin à prendre la poussière.
Et autant V aimait Kerry, autant, ça, c’était à lui. À lui et à Johnny. Alors il prit la seule décision qui avait un sens. Parce que Johnny s’était sacrifié pour lui, alors V allait faire en sorte qu'on se souvienne de Johnny Silverhand et parce qu’il était hors de question que son héritage ne meurt, V leva les yeux vers Kerry qui attendait patiemment et d’une voix brisée par la perte d’un autre ami lui demanda :
-Tu veux bien m’apprendre à en jouer ?
