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Le Pari

Summary:

Imaginez un affrontement entre un dragon et Dame Séli : l’un est une créature sanguinaire susceptible de vous glacer le sang d’un regard avant de vous rompre le cou, et qui n’hésitera pas à utiliser ses crocs pour défendre son or ; l’autre est un reptile.

Dame Séli veut prouver quelque chose à son bourrin de mari.

Chapter Text

Séli avait attendu son mari jusqu’à deux heures du matin. Au moment où elle allait enfin se résoudre à souffler sa bougie, à se blottir sous les couvertures et à essayer de trouver le sommeil, la porte de la chambre s’ouvrit sur un Léodagan ensanglanté.

- Mais qu’est-ce que vous avez encore foutu espèce de taré ?!

- Ouais, nan mais là on a un tout petit peu merdé.

Une estafilade s’étendait le long de la tempe de Léodagan jusqu’à sa pommette, et du sang seulement à moitié séché collait les boucles de ses cheveux contre sa joue. La coupure avait toutefois l’air peu profonde, et l’homme plus ronchon qu’affaibli, alors Séli ne retint pas sa langue :

- Non mais est-ce que vous vous rendez bien compte, à quel point on se brise le pétard, à faire attention à ce que vous alliez bien, que vous mangiez bien, on vous attend dans la cagna jusqu’au petit matin, à se demander quelle connerie vous êtes encore en train de fomenter pour faire vos cakes entre mâles, et quand enfin vous laissez tomber vos soi-disant "missions" c’est dans cet état là qu’on vous retrouve !

Léodagan, sans même essayer de répondre, n’écoutant sa femme que d’une oreille, s’était assis sur le lit et avait commencé à se déshabiller avec la ferme intention de s’allonger et d’aligner au moins douze heures de sommeil en enfilade. Il était aussi légèrement blessé à la cuisse, et le tissu était imbibé de sang.

- Ah non ! C’est hors de question que vous dégueulassiez les draps comme ça ! Vous allez aller vous nettoyer et ensuite vous pourrez penser à vous coucher mon petit père !

Il s’allongea quand même, et Séli croisa les bras sur sa poitrine. Elle lui accorda mentalement qu’après trois jours passés en forêt à se battre contre elle ne savait quoi, le nettoyage et les points de suture pourraient attendre jusqu’au lendemain matin. Mais elle ne laissa rien paraître de cette concession sur son visage ; elle n’avait pas fini.

- En plus, d’après votre mine de chien battu et votre œil de poisson frit j’en déduis que ça s’est pas bien passé ? C’est pas que je considère ça comme capital, mais enfin, vous auriez quand même pu faire un effort pour vous distinguer, une fois de temps en temps je vous jure que ça ferait de mal ni à vous ni à moi.

- Oui ben disons que ça s’est pas passé comme prévu. Et c’est pas faute d’en avoir zigouillé, simplement ils étaient plus nombreux que ce qu’on pensait, ces cons.

- Et le pognon ?

- M’en parlez pas, Calogrenant s’est presque fait ouvrir le bide en deux, on a dû rentrer à Kaamelott avant d’avoir pu récupérer quoi que ce soit.

- Vous voulez dire que vous ramenez même pas de pognon ?

Elle avait du mal à en croire ses oreilles. La gloire, les honneurs, passaient encore, mais revenir sans pognon ?

- Franchement si j’avais su que ça serait pour ça, je vous aurais même pas laissé partir. Nan mais faut arrêter les conneries deux minutes, là !

- Nan mais moi ça me fait pas plus plaisir qu’à vous, ces missions à deux ronds là, seulement notre bon roi, quand il s’est mis en tête qu’il fallait ramener du prestige en plus du blé, ya plus moyen de l’arrêter ! Non parce que pour faire son cake, comme vous dites, avec des machins magiques, je vous assure que c’est pas le dernier celui-là !

- Eh ben notre bon roi, il faudrait peut-être qu’il se rende compte que vous n’êtes rien d’autre qu’une bande de pignoufs tout juste capables d’empêcher une guerre civile, et qu’aller se colleter avec des créatures de la forêt ou je ne sais quelles autres conneries de ce goût là c’est peut-être pas adapté aux besoins ni aux compétences de l’équipée !

Léodagan n’avait plus l’air si pressé de dormir que ça, et il se tourna vers sa femme pour rétorquer :

- Les compétences de l’équipée… Vous m’excuserez, mais c’est peut-être quand même nous qui sommes les moins mal pourvus pour ce genre de mission ! La table ronde, j’ai peut-être pas une foi absolue dans le projet mais enfin, c’est quand même pas une bande de gonzesses excusez-moi !

Séli pouffa et haussa les épaules :

- Du baratin ! Ce que vous faites, années après années, c’est de prouver à tout le monde que vous êtes des bras cassés ! C’est peut-être justement une bande de gonzesses qu’il faudrait pour remettre un peu d’ordre là-dedans…

- Ooh nan mais vous, avec vos idées, je vous jure… Vous avez rien trouvé de mieux ?

- C’est surtout vous et votre équipe de soi-disant héros qui avez rien trouvé de mieux que de vous prendre peignée sur peignée dans des missions dont tout le monde se tamponne le coquillard…

Le ton avait monté, mais Séli était désormais moins exaspérée par son lourdaud de mari, qu’excitée par le tour que prenait la conversation.

- D’ailleurs je vais vous dire, continua-t-elle, je peux vous garantir que si je montais une petite expédition avec les femmes de Kaamelott, on ferait largement plus de profit que vous et vos canards boiteux.

Léodagan ne retint pas un exclamation moqueuse.

- Les femmes de Kaamelott ! Vous voulez parler de notre gourdasse de fille ? Ou de la femme de Bohort, que personne a jamais vue ? Ou la Dame du lac, si vous voulez continuer dans le thème de l’existence douteuse ! Oh nan mais laissez-moi rire…

Séli ne répondit rien, mais tendit la main vers son mari d’un air décidé. Elle gardait le visage fermé comme à son habitude, mais elle s’amusait immensément. Léodagan sembla hésiter, ébranlé par la détermination de sa femme, mais il serra sa main, scellant ainsi leur pari, en ajoutant d’un air désinvolte :

- Comme si quatre greluches qui ont jamais rien fait de leurs dix doigts pouvaient survivre plus de trente secondes en dehors de l’enceinte du château…

Il secoua la tête en ricanant, l’air de ne pas en croire ses oreilles. Il avait clairement raté quelques informations cruciales à propos de Séli et de son passé, et celle-ci ne doutait pas une seule seconde de sa capacité à se surpasser, rien que pour voir la tête déconfite de Léodagan en la voyant rentrer avec des sacs pleins d’or. Elle se retourna sur sa gauche, et s’endormit avec un sourire aux lèvres.